Portrait

Benoît Falque : le bibliothécaire volant

Benoît Falque. - Photo OLIVIER DION

Benoît Falque : le bibliothécaire volant

Coordinateur dans le réseau des bibliothèques de la vallée de l'Ubaye, Benoît Falque perpétue d'un village à l'autre la tradition des colporteurs pour initier les usagers à l'informatique et au numérique.

J’achète l’article 1.50 €

Par Véronique Heurtematte,
Créé le 23.08.2019 à 00h00,
Mis à jour le 23.08.2019 à 14h13

Bien qu'il y ait vécu pendant quinze ans, Benoît Falque est maintenant rapidement incommodé par le bruit et la pollution de la capitale, où on le rencontre dans un café, à deux pas du cimetière du Père-Lachaise. S'il aime passer quelques jours à Paris pour faire du tourisme, ce quinquagénaire discret à la haute silhouette et aux manières affables confesse en souriant avoir hâte de retrouver le calme de Barcelonnette, où il est installé depuis une dizaine d'années. Dans cette petite ville des Alpes-de-Haute-Provence perchée à 1 100 mètres d'altitude, et dont il a tout de suite aimé le côté « bout du monde », il occupe depuis un peu plus d'un an la fonction originale de bibliothécaire « volant » dans le réseau des médiathèques de la vallée de l'Ubaye.

Rocker et webmaster

Joliment appelé Colporteurs en Ubaye, en référence aux vendeurs ambulants qui ont longtemps arpenté la région, ce réseau rassemble six établissements, la bibliothèque de Barcelonnette et cinq antennes. L'équipement de Barcelonnette bénéficie d'une équipe de professionnels, mais les antennes, implantées dans des communes de parfois quelques centaines d'habitants seulement, fonctionnent uniquement grâce à des bénévoles. Recruté à mi-temps comme bibliothécaire dans le cadre du projet d'extension des horaires d'ouverture dans le réseau, Benoît Falque est le seul professionnel à y intervenir, partageant son temps à raison de deux heures de permanence hebdomadaire dans chaque antenne. « Je privilégie les horaires de fin de journée, de 17 heures à 19 heures, et le samedi, quand les personnes sont les plus disponibles, détaille Benoît Falque. Nous avons un public assez âgé, qui vient pour les documents mais surtout pour le lien social. Alors que les bureaux de poste disparaissent les uns après les autres et que les administrations ferment tôt, les bibliothèques constituent des piliers dans les villages. Elles sont en train de devenir des lieux de référence où vont se concentrer tous les services. »

Musicien à Paris dans les années 1990 à la grande époque du rock indépendant français, après une jeunesse passée à Grenoble, puis successivement ingénieur du son à Chambéry, autoentrepreneur dans le domaine de la maintenance informatique et webmaster à Barcelonnette, rien ne prédestinait Benoît Falque à devenir bibliothécaire. Il découvre cet univers à la faveur d'une mission pour gérer le parc informatique de la ville de Barcelonnette, dont celui des bibliothèques. Il effectue ensuite un remplacement de six mois à la bibliothèque de Barcelonnette en tant qu'animateur multimédia, puis un autre comme chargé de communication. « Le monde des bibliothèques que je découvrais du point de vue professionnel m'a tout de suite plu, se souvient-il. Je ne suis pas un grand lecteur, mais j'ai toujours fréquenté les bibliothèques en tant qu'usager, surtout pour emprunter des disques. »

Aujourd'hui, Benoît Falque a trouvé sa place dans un poste où il peut mettre à profit ses compétences informatiques et multimédias qu'il aime partager avec le plus grand nombre. « J'aime faire le lien entre le public et l'informatique, désacraliser ce domaine que les gens sont parfois complexés de ne pas connaître, explique-t-il. Je leur dis que c'est très vaste et qu'il y a forcément un aspect qui va les intéresser. De nos jours, cette sensibilisation est indispensable, en particulier avec le développement de l'e-administration. » Le bibliothécaire volant, qui propose déjà une foire aux questions numériques et des animations autour du jeu, fourmille d'idées. Il souhaiterait en particulier toucher les jeunes qui vivent dans les villages mais viennent peu en bibliothèque. « Avec eux, analyse-t-il, les animations ponctuelles ne fonctionnent pas, il faut les impliquer dans un projet de création sur le long terme. »

Commentaires (0)

Espace réservé aux abonnés

Livres Hebdo a besoin de votre voix. Nous apprécions vos commentaires sur le sujet, vos critiques et votre expertise. Les commentaires sont modérés pour la courtoisie.

Connectez-vous Pas encore abonné ? Abonnez-vous

On vous
RECOMMANDE

Les dernières
actualités