Sens dessus dessous est un label du groupe Delcourt, développé il y a trois ans autour de deux grands principes : « Réinventer les manières de raconter des histoires » et « favoriser une interaction forte entre le lecteur et l’objet-livre », avec pour devise « toujours faire des livres différents », explique Christophe Tranchant, directeur éditorial. C’est dans cet esprit que le label lance, à partir du 4 juin, une nouvelle collection intitulée « Boost Up », avec un tirage de 8 000 exemplaires par titre.
Rythme de parution soutenu
La collection est pensée sous la forme de séries en trois tomes. Deux sagas sont d’ores et déjà prévues, avec un rythme de publication soutenu afin de s’aligner sur celui des séries et des mangas : un engagement de trois tomes publiés en un an et demi.
La première, Ready Player Max, s’ouvrira avec le tome I, Projet Prédateur, attendu le 4 juin. Le texte est signé Christophe Lambert et les illustrations de Guillaume Cribeillet. Le tome II, Projet Titan, paraîtra en septembre, avant un troisième tome prévu en février 2027. La seconde série, Le Cycle de Cyelle, débutera également le 4 juin avec le tome I, La Mémoire fragmentée, écrit par Fabien Fernandez et illustré par Carlos Sánchez. Le tome II, Le Labyrinthe de cristal, paraîtra en septembre, tandis que le troisième tome est annoncé pour février 2027.
À la croisée de genres émergeants
« Je m’intéressais à plusieurs genres émergents », explique le directeur de collection, qui cite notamment la littérature RPG développée aux États-Unis. Ce courant reprend les codes du jeu vidéo et, plus particulièrement du jeu de rôle, mais existe essentiellement sous une forme romanesque non illustrée et destinée aux adultes.
L’éditeur évoque également son intérêt personnel pour le jeu de rôle, notamment pour son « potentiel narratif extraordinaire », en particulier dans l’évolution des personnages. Il cite aussi le succès du jeu français Clair Obscur : Expedition 33 ainsi que celui des webtoons, en prenant pour exemple Solo Leveling, qui mettent en scène des « isekai » japonais, ces mondes parallèles dans lesquels un héros doit évoluer. « Je sentais qu’il existait tout un écosystème autour du jeu de rôle qui n’avait pas encore été exploité sous forme de livre jeunesse », résume-t-il.
Lecture immersive
L’ambition de « Boost Up », rappelle l’éditeur, est de proposer des romans d’action et d’aventure enrichis d’une nouvelle dimension inspirée des jeux de rôle, du jeu vidéo et des séries. Les ouvrages, illustrés en couleur, s’adressent aux 10-13 ans. Chaque récit plonge un héros ou une héroïne dans un univers inconnu où il ou elle doit survivre.
Tout au long de la quête, le lecteur suit un récit linéaire dans lequel ont été intégrées « des mécaniques de jeu de rôle ». Les livres comportent ainsi des fiches personnages évolutives : le héros progresse par niveaux, gagne ou perd des points de vie et de fatigue, développe des compétences, résout des énigmes et voit son inventaire évoluer au fil de l’histoire. Des codes directement hérités du jeu vidéo.
Le directeur de collection insiste toutefois sur une différence majeure : il ne s’agit pas d’un livre « dont vous êtes le héros ». Ici, la narration reste linéaire afin, selon lui, de « développer un véritable univers, de caractériser plus fortement les personnages et de mieux montrer leur évolution ». Le nom « Boost Up » fait directement référence au vocabulaire du jeu vidéo, où le terme désigne l’évolution ou l’amélioration d’un personnage.
Parler au jeune public
« J’ai été marqué par la dernière étude du CNL, publiée au mois d’avril, qui montre l’évolution des modes de lecture des jeunes », poursuit-il. L’éditeur évoque des pratiques de lecture plus fragmentées, plus courtes et plus « protéiformes ». « Nous avons créé cette collection pour répondre à ces nouvelles attentes », affirme-t-il.
Selon lui, les nouvelles générations « ne lisent ni mieux ni moins bien que les précédentes, mais lisent différemment ». Il souligne notamment une volonté accrue d’être impliqué dans l’acte de lecture, davantage en interaction avec l’objet-livre, avec un besoin d’être régulièrement stimulé au fil du récit. « Il faut aussi aller leur parler de domaines qui les intéressent : le jeu vidéo, les mangas… »
Proposer des réflexions
Dans l’un des titres à paraître, Ready Player Max, un jeune garçon, Max, se retrouve plongé dans un jeu de réalité virtuelle. Il découvre rapidement qu’une intelligence artificielle a pris le contrôle du jeu et décide de tuer les joueurs afin de rendre l’expérience la plus réaliste possible. La collection entend ainsi proposer aussi des pistes de réflexion aux jeunes lecteurs : « Nous offrons également aux enfants une réflexion sur les dangers d’une intelligence artificielle débridée. »
« Une autre forme de littérature »
Pour Christophe Tranchant, il s’agit de proposer « une autre forme de littérature ». « On a tendance à enfermer ces ouvrages dans l’idée que ce seraient des livres pour les gens qui n’aiment pas lire. Ce n’est pas notre vision. Nous voulons toucher un public large, des lecteurs les plus réticents aux grands lecteurs curieux de découvrir une autre forme narrative. » Avant d’ajouter : « Il ne s’agit pas de remplacer la littérature classique, mais de proposer une autre approche du livre. »
Un objet-livre
L’éditeur insiste enfin sur la dimension visuelle des ouvrages, qui compteront plus de 100 illustrations couleur et éléments graphiques. Un positionnement qui, selon lui, distingue la collection des autres romans illustrés : « Cette génération est aussi en demande d’un bel objet physique. Ce sont de beaux livres illustrés, avec des rabats. Nous voulons proposer un véritable objet-livre. »
