Avec Le temps d’une décision, qui paraît ce 23 avril chez Gallimard, Bruno Le Maire n’échappe aux recettes de son succès. Il nous entraîne aux quatre coins de la planète, dans les lieux dont on connaît la façade, mais pas l’intérieur. Intérieurs souvent décevants et simplement tristement ennuyeux. À travers des petites scènes des grands de ce monde, il décrit une personnalité, une atmosphère ou un détail révélateur. Bruno Le Maire nous fait ainsi rencontrer Donald Trump et son talent de déstabiliser ses interlocuteurs comme dans cette scène savoureuse avec Emmanuel Macron sur le « chlorinated chicken ».
Sur Vladimir Poutine, il rappelle que « les mots du pouvoir russe ne sont pas des balles, mais des missiles ». Sur Xi Jinping, il raconte le désarroi d’un entourage tétanisé quand en pleine conférence de presse à l’Élysée, il n’arrive pas à ouvrir le couvercle d’une thermos. C’est « un homme du silence quand la plupart de ses homologues sont des hommes du bruit. »
Bruno Le Maire a cet avantage d’avoir vu évoluer ce monde dont il a occupé depuis plus de 20 ans les meilleurs postes d’observateur, comme conseiller de ministre ou ministre. À côté de ce panthéon noir des grands de ce monde, ses fonctions de ministre des Finances lui ont permis d’approcher les grands argentiers et les tycoons de la Tech et de mieux comprendre les enjeux pour la France, l’Europe et le monde.
Il nous fait assister à des échanges martiens avec Elon Musk, nous transporte dans les cercles secrets de la finance à Davos ou au comité Bilderberg ou, plus surprenant, au Vatican. Pour mieux nous alerter : « Ce n’est pas une humiliation qui nous attend, mais une vassalisation. »
L’Europe dominatrice est devenue la proie du monde
Depuis les illusions perdues de 1989 à la fin de la grande paix, Bruno Le Maire reprend l’histoire de cette période en repartant des philosophes avec Francis Fukuyama, Samuel Huntington et Emmanuel Kant, dont la seule à en parler est Angela Merkel pour mieux s’en distancer. La même qui se moque du magnifique bureau de l’ambassadeur de France en Italie au Palais Farnese : « C’est typiquement le genre de bureau où on croit qu’on décide alors qu’on ne décide rien. »
L’Europe dominatrice est devenue la proie du monde. Comme le rappelle le philosophe Julien Freund : « C’est l’ennemi qui vous désigne. » Et l’ennemi, c’est désormais l’Europe. Pour la Russie, pour la Chine et pour les États-Unis. Une proie à démanteler, à dépecer et à réduire. Face à cette situation, Bruno Le Maire détaille les raisons de notre impuissance et la nécessité de faire des choix avec cette alternative toute simple : « Il faut décider, ou disparaître. »
La dernière partie est consacrée à la France dont Bruno Le Maire avoue subir la même attraction que pour les fesses de Brigitte Bardot dans Le Mépris : « Je t’aime totalement, tendrement, tragiquement ». Car, en vieux routier de la politique, il sait que : « Le pouvoir est un vide. La victoire politique occupe ce vide. » Mais il a une conviction chevillée au corps : « La France reste la France, son avenir dépend de sa volonté. Son esprit, sa culture, sa beauté, sa légende et la force intérieure de son peuple comptent plus que tout. Il nous suffit de les retrouver. »
Après avoir relaté les derniers temps de la politique française, la dissolution, sa nomination avortée comme ministre des Armées et la question de la dette qui lui colle injustement à la peau comme le scotch du capitaine Haddock, il pointe les faiblesses de la France : ses manies gouvernementale, administrative et législative, la monarchie républicaine et technocratique, mais surtout l’absence de décision. Or, Bruno Le Maire le rappelle : « La décision est l’essence de la politique. Elle est devenue le talon d’Achille des démocraties. » Car, il ne suffit plus de parler, discuter ou éructer. Mais d’agir : « Le verbe en politique doit se faire chair. Pour avoir du poids, il doit être nourri de succès économiques, de crédibilité militaire, d’influence financière et technologiques, de relais, d’alliés. »
En refermant le livre, le lecteur se pose inévitablement la question : quand viendra le temps de la décision de Bruno Le Maire, dont nul ne conteste les qualités d’homme d’État et d’écrivain. À lui désormais de nous prouver qu’il est aussi l’homme d’une décision.
Alexandre Duval-Stalla
Olivier Dion - Alexandre Duval-Stalla
Alexandre Duval-Stalla est avocat au barreau de Paris et écrivain. Ancien secrétaire de la Conférence du barreau de Paris (2005) et ancien membre de la commission nationale consultative des droits de l’homme, il est le président fondateur de l’association Lire pour en sortir, qui promeut la réinsertion par la lecture des personnes détenues, et du prix littéraire André Malraux.
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