Théâtre

Carton plein à Broadway, pour "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur"

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur à Broadway

Carton plein à Broadway, pour "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur"

La pièce adaptée du roman de Harper Lee par Aaron Sorkin a été lancée hier à New York après deux ans de tensions avec les ayant-droits.

J’achète l’article 1.50 €

Par Vincy Thomas,
avec afp,
Créé le 18.12.2018 à 16h40,
Mis à jour le 18.12.2018 à 21h05

Classique de la littérature américaine et lecture obligatoire pour les écoliers, la pièce Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, adaptée du roman de Harper Lee publié en 1960 sur la ségrégation raciale dans le Sud américain, a officiellement été lancée hier soir au théâtre Shubert sur Broadway.

Ces sept premières dates en avant-première ont affiché complet et encaissé 1,26 million de dollars de recettes. Lorsqu’un extrait a été diffusé dans l’émission télévisée 60 minutes le 25 novembre, un million de dollars de tickets ont été vendus en moins de 12 heures.

Cette adaptation est signée Aaron Sorkin, auteur des séries télévisées A la Maison Blanche et The Newsroom, de films comme Des hommes d’honneur, The Social Network ou Le grand jeu. Auteur de théâtre réputé dans les années 1980, il n’avait pas écrit pour la scène depuis 11 ans.

Bartlett Sher met en scène Jeff Daniels (La rose pourpre du Caire, The Hours, Seuls sur Mars) dans le rôle d’Atticus Finch, incarné par Grégory Peck dans la version cinématographique réalisée en 1962.

Adaptation trop libre

Après plus de deux ans de litige juridique, Aaron Sorkin est parvenu à monter ce projet, en bousculant le roman au risque de se fâcher avec les héritiers de Harper Lee, morte en 2016. Ceux-ci avaient attaqué en justice les auteurs de l'adaptation, jugeant l'adaptation trop libre. Le producteur avait contre-attaqué en avril en accusant les ayants droit de rupture de contrat, demandant 10M$. Finalement l'affaire a été réglée à l'amiable en mai entre les deux parties.

Monument littéraire national, le Prix Pultizer 1961 a été sacré en octobre « roman le plus aimé en Amérique ». Grasset l’avait réédité en 2015. Il vient d’être adapté en bande dessinée par Fred Fordham. Et le Livre de poche le rédite avec un livret pédagogique en janvier.

Dans le roman, le procès de Tom Robinson (ici interprété par Gbenga Akinnagbe), père de famille noir injustement accusé de viol lui aussi, arrive tardivement. Sur les planches, c’est devenu le fil conducteur de la pièce, ce qui donne à ce personnage une épaisseur nouvelle.

Résonnance contemporaine

L’auteur en a aussi profité pour remettre en question la vision optimiste du monde présentée par Atticus Finch. Dans le livre, l’avocat répète volontiers à ses enfants qu'on ne peut pas juger les gens sans se mettre à leur place, et qu'il y a "du bon" chez tout le monde, y compris chez les suprémacistes blancs qui veulent lyncher Robinson. Or ces suprémacistes sont revenus sur la scène politique américaine avec les violences de Charlottesville en août 2017, et l'augmentation des crimes racistes et antisémites.  Dans la pièce, cette vision est très contestée, notamment par la gouvernante noire des enfants, Calpurnia.

Personnage discret dans le roman, elle prend sur les planches une importance inédite, en exposant crûment à son très (trop) magnanime patron, les souffrances et injustices imposées par la ségrégation.

Un livre menacé

Au-delà des extrémismes et du racisme, la pièce trouve un autre écho, plus inattendu, avec l'actualité américaine. Lorsque la jeune Blanche, visiblement torturée, accuse à la barre Tom Robinson de l'avoir violée, alors que c'est en fait son père qui abuse d'elle, on ne peut s'empêcher de penser au mouvement #MeToo, qui a vu des centaines de femmes accuser des hommes d'agressions sexuelles, dont certains se sont dits injustement condamnés, sans recours en justice possible. 

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur est encore aujourd’hui l’objet d’attaques de la part de groupes religieux, civiques et familiaux, qui exigent son retrait des bibliothèques scolaires et des listes de livres à lire au cours des études. Plusieurs contestent le fait que l’écrivaine utilise le mot « nègre ». L’adaptateur a conservé cette vision de l’époque.
 





Commentaires (0)

Espace réservé aux abonnés

Livres Hebdo a besoin de votre voix. Nous apprécions vos commentaires sur le sujet, vos critiques et votre expertise. Les commentaires sont modérés pour la courtoisie.

Connectez-vous Pas encore abonné ? Abonnez-vous

On vous
RECOMMANDE

Les dernières
actualités