Entretien

Céline Mas : "La bibliothérapie aide les gens à prendre du recul"

Séance de bibliothérapie - Photo Love for livres

Céline Mas : "La bibliothérapie aide les gens à prendre du recul"

En juin, le réseau Loves for Livres lancera le projet “Erasmus +” : des séances de bibliothérapie à destination des femmes et des jeunes victimes de violences. A la tête du projet, Céline Mas, détaille ses objectifs.

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Par Dahlia Girgis ,
Créé le 04.05.2022 à 17h29 ,
Mis à jour le 05.05.2022 à 12h41

Le réseau Loves for Livres initie dès juin un nouveau projet “Erasmus +” : des séances de bibliothérapie à destination "des femmes et des jeunes victimes de toutes formes de violences". L’organisation vient de terminer son programme Europe créative qui s'est déroulé en France et dans plusieurs pays européens, notamment dans quatre bibliothèques pilotes en Belgique, Lituanie, Slovénie et Pologne.

L’écrivaine Céline Mas, co-fondatrice de Love for Livres, détaille ces initiatives qui invitent à se reconstruire par la lecture.

Qu'attendez-vous du nouveau programme “Erasmus +” ?

L'objectif est d’accompagner des femmes et jeunes victimes de violences ou de précarité sociale à l’aide de sessions de bibliothérapie en France, Italie et Espagne. Nous avons ciblé une population particulièrement impactée par la pandémie de Covid-19. Des personnes qui ont subi des pertes d’emploi, des problèmes de santé mentale ou des difficultés sociales… L’idée est de leur donner des clés pour le développement professionnel ainsi que des mécanismes d'agilité et de créativité. Nous avons ajouté une plateforme en ligne pour compléter les séances en présentiel.

Céline Mas
Céline Mas- Photo DR

Sur quel corpus de livres s’appuie les séances ?

Pour les sessions sur le développement personnel, nous utilisons Lettre à ma fille de Maya Angelou ou encore La servante écarlate de Margaret Atwood… La constitution du corpus nous prend énormément de temps. Il représente près de 50% de la qualité de la session. Nous avons mis en place une méthode de six points pour sélectionner les ouvrages. Parmi les critères, la variété des genres littéraires ou encore la diversité des auteurs. Le récit doit être émotionnellement fort. Pour chaque session, nous retravaillons le corpus pour s'adapter au public. Au sein de notre équipe, nous sommes aidés par un spécialiste en littérature, mais également par nos réseaux externes comme des libraires ou notre communauté en ligne. Nous avons 4000 références répertoriés sur notre site et près de 300 dans notre base personnelle.

Quelle formation est dispensée aux animateurs ?

Les sessions sont animées par des “bibliothérapeutes” qui comprennent des bibliothécaires mais aussi des psychologues. Nous leur dispensons une formation sur ce qu’est la bibliothérapie. Par exemple, en quoi les sciences cognitives nous aident à comprendre nos fonctionnements, en quoi la littérature est un outil pour faire progresser les gens dans leur vie professionnelle et personnelle. La formation passe également par beaucoup de pratique. En compagnie de personnes “vulnérables”, tout se joue dans la synergie du groupe. L’approche de nos formations est fondée sur la théorie, mais la pratique est nécessaire pour avoir plus de pertinence.

Atelier de bibliothérapie
Atelier de bibliothérapie- Photo LOVE FOR LIVRES

Quels sont les thèmes privilégiés au sein des ateliers ?

Le climat, la diversité et l'inclusion nous intéressent particulièrement. Et la littérature est un excellent canal pour discuter de sujets de société compliqués. Autour d'un livre, les gens ne se sentent pas jugés. Les thèmes que nous choisissons nous permettent de beaucoup travailler sur la peur. Car la souffrance mentale est notamment liée aux angoisses que l’on se forge. Nous voulons aider les personnes à prendre du recul.

Dans votre précédent programme Europe Créative, les participants sont majoritairement des femmes : elles sont 74% sur 256 participants...

C'est logique, car il y a plus de femmes que d’hommes lisent. C'est le "gender gap reading”. On l'explique par des raisons variées, comme l’éducation ou l’environnement familial.

Comment attirer davantage d'hommes à ces sessions ?

En organisant des réunions autour de thèmes qui les intéressent a priori. Le changement climatique par exemple. C'est un des sujets d’actualité mobilisateur dans l’ensemble de la société. Une approche individuelle peut également aider. Les hommes sont généralement peu encouragés à parler de leur vulnérabilité. Le groupe peut avoir une fonction inhibitrice au début mais cela ne dure pas longtemps. Une des grandes vertus des sessions est de se retrouver en résonance avec les témoignages d’autrui.

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