Une poésie inépuisable comme la vie. Voilà près de 10 ans que les éditions Au Diable Vauvert se sont lancées dans la publication des œuvres poétiques oubliées, dispersées, méconnues de Charles Bukowski. Le 7 mai, elles ont ajouté un nouveau jalon à ce travail d’exhumation au long cours en faisant paraître Brûler dans l’eau, se noyer dans les flammes (trad. Romain Monnery), compilation de quatre recueils de poèmes écrits entre 1955 et 1973.
Épiphanie littéraire
Les lecteurs y retrouvent tous les thèmes chers au « vieux dégueulasse » : l’alcool bien sûr, les femmes et le turf évidemment, mais aussi la paresse ou la solitude, dits avec le désespoir empreint de cette tendresse rude et cette ironie mordante si caractéristiques de la langue de celui qui figure parmi les plus grands poètes du second XXe siècle.
De cette nouvelle épiphanie littéraire, il faut avant tout rendre grâce à l’éditeur américain Abel Debritto qui s’est employé à collecter les très nombreux textes semés aux quatre vents par Charles Bukowski avant d’en assurer l’édition critique aux États-Unis. Ce travail de fourmi – Abel Debritto a fureté dans les collections d’universités ou de bibliothèques de Californie et d’Arizona et dans des revues alternatives souvent confidentielles – a permis la découverte d’une partie majeure et pourtant jusqu’alors méconnue de l’œuvre déjà considérable de « Buk ».
Charles Bukowski « parle à tout le monde ».
De ces textes inédits, Au Diable Vauvert avait jusqu’à présent fait paraître en France Sur l’écriture (2017), Tempête pour les morts et les vivants (2019), Sur l’alcool (2020), Sur l’amour (2022) et Sur les chats (2023), à chaque fois dans la traduction sensible de Romain Monnery. La maison gardoise a également réédité en 2024 Une vie, la biographie consacrée à Bukowski par son ami Neeli Cherkovski (trad. Diniz Galhos) et en 2025 le recueil mythique Les jours s’en vont comme des chevaux sauvages dans les collines (trad. Thierry Beauchamp), anciennement paru aux éditions du Rocher et chez Points, qui était épuisé. En 2020 et 2021, elle a aussi publié deux nouvelles illustrées par Crumb : There’s no business et Bring me your love.
Avec Brûler dans l’eau, se noyer dans les flammes, Au Diable Vauvert poursuit le travail engagé il y a près d’une décennie. Pour Marion Mazauric, fondatrice de la maison, Charles Bukowski « parle à tout le monde ». « Il a des lecteurs de tous les âges, il est réellement intergénérationnel », précise-t-elle avant d’insister sur son influence majeure sur la poésie contemporaine : « Il s’est éloigné de l’académisme en utilisant les mots, la vie matérielle et les idées de tout le monde. Sa poésie n’est pas élégiaque, c’est une poésie du quotidien. C’est la raison pour laquelle elle ne se répète pas ; elle est inépuisable comme la vie. »
Et l’aventure éditoriale est loin d’être terminée : plus de 30 ans après la mort de Charles Bukowski, les lecteurs français auront la chance de continuer à découvrir l’œuvre protéiforme du poète des bas-fonds pendant encore plusieurs années. « Il reste deux ou trois recueils et il y a sans doute encore des inédits à découvrir aux États-Unis », annonce Marion Mazauric. À quoi faut-il s’attendre ? Romain Monnery travaille actuellement à la traduction de Sitting through the madness for the word, the line, the way, qui devrait paraître début 2028. Le rendez-vous est pris.
Il est, « à première vue, inutile de s’en faire »
