Festival du livre de Paris 2024

Les chiffres ne mentent pas. J'étais à Miami en 1999 cherchant à sortir du cauchemar d'un roman sur la dictature haïtienne quand j'ai appris par mon éditeur que le Québec était le pays invité au Salon du livre de Paris. Cela faisait 14 ans que j'avais publié mon premier roman et aujourd'hui, 25 ans plus tard, me voilà de nouveau invité à ce même Festival. Je souris en ayant l'impression d'avoir traversé un mur, celui de la durée. Puis j'ai eu une pensée émue pour ce vaisseau spatial, le Québec, qui me porte depuis 1985, c'est-à-dire depuis près de 40 ans. Juste avant de quitter Haïti, qui semble encore figé dans le même drame sanglant, j'ai rencontré cet ami écrivain qui venait de rentrer d'une manifestation culturelle québécoise, la Francofête (joli nom), et qui m'a raconté dans ce mélange de délire et de vérité dont parle Édouard Glissant dans Le discours antillais que la littérature québécoise était la plus originale d'Amérique, mais qu'elle avait connu un frein car ses écrivains parmi les plus importants croupissaient en prison depuis octobre 1970.

 

Je n'ai pas le temps d'expliquer ici ce qu'était octobre 1970, mais je dois dire qu'à mon arrivée en 1976 on pouvait croiser dans les rues le poète Gaston Miron, la chanteuse Pauline Julien, le romancier Michel Tremblay et l'essayiste Pierre Vallières, dont l'essai Nègres blancs d'Amérique reste encore sulfureux. Je me suis enfermé dans une étroite chambre durant l'hiver 1977 pour les lire dans une fièvre continue. Je profitai pour lire aussi Victor-Lévy Beaulieu, Marie-Claire Blais et Réjean Ducharme, le seul que je n'ai jamais croisé dans les rues de Montréal.

 

À peu près tous étaient à Paris en 1999, accompagnant des cadets comme Gaétan Soucy et Robert Lalonde. Je me souviens de ma transe à lire Monsieur Melville de Victor-Lévy Beaulieu et de mon ahurissement devant l'étrangeté des romans de Ducharme. Mais aucun incipit ne m'a impressionné autant que celui de Prochain épisode d'Hubert Aquin : « Cuba coule en flammes au milieu du lac Léman pendant que je descends au fond des choses. » J'étais si heureux de découvrir le Québec par ses écrivains et abasourdi que cette littérature ne soit pas plus connue dans le monde, bien qu'elle n'ait rien à envier à certaines littératures scandinaves. Aujourd'hui la nouvelle génération arrive avec un enthousiasme irrésistible. À part Hélène Dorion, Denise Desautels ou Dominique Fortier qui semblent dominer la délégation, on verra Kevin Lambert, Akos Verboczy, Éric Chacour, Alain Farah ou Gabrielle Filteau-Chiba. Une vague de fraîcheur.

 

Ce texte est à retrouver dans le hors-série de Livres Hebdo spécial Québec, disponible gratuitement pendant tout le Festival du livre de Paris. 

 

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