Destinations littéraires

Décollage pour le Los Angeles sombre de Michael Connelly

Michael Connelly - Photo BRIAN MINKOFF/CC-BY-SA-3.0

Décollage pour le Los Angeles sombre de Michael Connelly

(Re)découvrir une librairie atypique, une bibliothèque historique ou l’histoire littéraire et culturelle d’une ville ou d’un pays ? Chaque samedi, Livres Hebdo vous emmène dans une destination, loin des radieuses calanques ou des rouleaux de l’Atlantique, en compagnie d’un de ses auteurs ou artistes emblématiques.

J’achète l’article 1.50 €

Par Thomas Faidherbe,
Créé le 31.07.2021 à 10h00,
Mis à jour le 31.07.2021 à 10h00

Après avoir découvert la capitale argentine, puis le Cameroun et le Liban, notre série estivale fait une escale sur la côte ouest des États-Unis, à Los Angeles. Cette semaine, nous vous offrons l’un des maîtres du polar américain : Michael Connelly. Sous sa plume, la ville de Californie n’a rien d’une usine à rêves. Elle se transforme en mégalopole où se côtoient tueurs en série et meurtriers.

Depuis son arrivée à Los Angeles, en tant que chroniqueur judiciaire pour le Los Angeles Times, Michael Connelly s’est épris pour la Cité des anges. "À l’âge de 30 ans, j’ai estimé qu’il était temps d’opérer un grand changement. J’ai précisément choisi d’emménager là où mon inspiration en matière de livres et de films était la plus féconde", raconte le romancier dans une interview au Monde des livres, en juillet 2020. Il est en effet âgé d’une trentaine d’années quand il écrit Les égouts de Los Angeles (Le Seuil, 1993), son premier roman ayant comme toile de fond la ville californienne.

Face au crime et aux violences de la ville de l’Ouest américain, l’auteur décide de créer l’un de ses personnages emblématiques, l’inspecteur Hieronymus Bosch, dit "Harry Bosch", du LAPD (Los Angeles Police Department). L’homme, qui vit dans "sa petite maison à deux niveaux qui s’accroche au flanc de la colline comme un personnage de dessin animé se cramponne au bord de la falaise" (Le verdict du plomb, Le Seuil, 2009), sillonne à la fois l’œuvre de Connelly et la vallée de Los Angeles. Le policier "voyait jusqu’à Burbank et Glendale. Il apercevait les montagnes teintées de mauve au-delà de Pasadena et d’Altadena. Parfois, il distinguait les colonnes de fumée et le flamboiement orange des feux de broussaille dans les collines. La nuit, le ronflement de l’autoroute s’atténuait et les projecteurs d’Universal City balayaient le ciel" (Les égouts de Los Angeles). Depuis la parution des Égouts de Los Angeles, le policier a été le héros de vingt-cinq polars, comme Ceux qui tombent, Le verdict du plomb, ou Le dernier coyote.
 
Photo AMAZON
La Cité des anges, une mine d’or éditoriale

Loin des paillettes d’Hollywood et des quartiers huppés de la ville, l’écrivain dépeint le quotidien d’enquêteurs ou d’avocats face à la criminalité. Son univers est celui des prostituées, des hôtels minables et des crimes non élucidés. Né à Philadelphie, dans l’État de Pennsylvanie, en 1956, Michael Connelly s’est très vite fondu dans la masse californienne. "Une fois sur place, vous vous rendez compte que c’est un territoire immense qui change tout le temps. Vous commencez à sentir que vous pouvez trouver votre propre chemin, inventer des histoires et des personnages qui se distinguent de héros emblématiques du genre et des romans antérieurs sur Los Angeles", explique-t-il au Monde des livres.
Les couchers de soleil avaient ce pouvoir, à L.A. Ils vous faisaient oublier que leurs couleurs étincelantes étaient dues au smog, que derrière chaque jolie carte postale pouvait se cacher une histoire peu ragoûtante. Michael Connelly, Les égouts de Los Angeles, Le Seuil, 1993

Une ville aux multiples visages

Depuis la parution de son premier roman, The Black Echo, en 1992, devenu Les égouts de Los Angeles l’année suivante, l’univers de Michael Connelly ne quitte que rarement "The Big Orange", exception faite avec Le poète (1996), qui se déroule dans le Colorado. Dans la quatorzième aventure d’Harry Bosch, intitulée Le verdict du plomb, Michael Connelly passe au crible les aspects les plus sombres d’Hollywood, "la destination finale de tous les monstres et autres perdants de la société". Dans son roman, il évoque le racisme, la corruption, et la brutalité de la ville californienne.
Los Angeles est un lieu où tout le monde vient d'ailleurs et où personne ne jette jamais vraiment l'ancre. Un lieu de passage. Plein de gens attirés par le rêve, de gens qui fuient le cauchemar en courant. Ils sont douze millions et tous sont prêts à dégager si nécessaire. Michael Connelly, Le verdict du plomb, Le Seuil, 2009
À la manière de Dennis Lehane avec Boston ou de George Pelecanos avec Washington, Michael Connelly transpose la ville californienne mieux que quiconque. Tous les travers de Los Angeles sont passés au peigne fin. Ses héros traversent les hauteurs de la ville avec le Belvédère, les quartiers ouvriers de Fernando Valley ou encore Century City. Harry Bosch navigue même entre Parker Center, le siège de la police, et le Bradbury Building, qui abrite le service des affaires internes de la police de Los Angeles. Ce dernier a été déclaré monument historique en 1977. Non loin, les lecteurs, qui souhaitent parcourir Los Angeles, peuvent découvrir un lieu unique : The Last Bookstore. Située dans l’ancien bâtiment de la Citizen’s national Bank, elle est l’une des plus importantes librairies indépendantes de Californie.
 
Photo PHOTO DR
Une année 1986 en demi-teinte

En 1986, Michael Connelly, tout juste âgé de 30 ans, figure parmi les finalistes du prestigieux prix Pulitzer pour un article sur les survivants du vol Delta Air Lines 191, pour le quotidien floridien Sun-Sentinel. L’article explore le sujet de la culpabilité des survivants. La même année, le journaliste doit faire face à une catastrophe pour le monde du livre. Le 29 avril 1986, près de 500 000 livres se sont consumés dans l’incendie criminel qui a ravagé la Bibliothèque centrale de Los Angeles.
 
Photo GARY FRIEDMAN/LOS ANGELES TIMES
À la suite de ce drame, l’emblématique bibliothèque, qui fut construite en 1926, a été restaurée pendant sept ans. Aujourd’hui, située dans le centre-ville, entre Grand Avenue et Hope Street, l’établissement mêle l’architecture égyptienne antique et méditerranéenne. Au fil des couloirs, les visiteurs peuvent découvrir une institution, avec des peintures murales de Dean Cornwell qui relatent l’histoire de la Californie.
 
Photo RICHARD SILVER
Après son dernier roman, Séquences mortelles (Calmann-Lévy), la Cité des anges n’a pas fini d’inspirer le romancier. Deux polars paraissent chez Calmann-Lévy à ce sujet à la rentrée : L’innocence et la loi, qui réunit l’avocat Mickey Haller avec son demi-frère, le policier Harry Bosch, et L’épouvantail : une enquête de Jack McEvoy.

Commentaires (0)

Espace réservé aux abonnés

Livres Hebdo a besoin de votre voix. Nous apprécions vos commentaires sur le sujet, vos critiques et votre expertise. Les commentaires sont modérés pour la courtoisie.

Connectez-vous Pas encore abonné ? Abonnez-vous

On vous
RECOMMANDE

Les dernières
actualités