Traduction

Dominique Vitalyos, à la rencontre de l'autre et de l'ailleurs

Dominique Vitalyos durant son intervention - Photo Pauline Gabinari

Dominique Vitalyos, à la rencontre de l'autre et de l'ailleurs

A l'occasion du festival VOVF à Gif-sur-Yvette, rencontre avec la traductrice Dominique Vitalyos pour parler d'aletérité et de rencontre avec l'ailleurs. 

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Par Pauline Gabinari ,
Créé le 08.10.2021 à 13h30

Durant le week-end du 1er octobre, la 9e édition du festival VOVF avait pour thème "Traduire le monde". Sur trois jours, traducteurs et écrivains ont échangé pour partager avec le public leur vision de la traduction. Entre rendez-vous avec l'autre et abolition de la hiérarchie entre les langues, chacun a changé de point de vue pour se mettre à la place de celui qui nous est étranger. En tant que traductrice à l'honneur, Dominique Vitalyos a exploré la rencontre avec l'ailleurs. Une notion qu'elle met au cœur de sa pratique.

Apprendre l'ailleurs

Traductrice du malayalam - langue parlée en Inde - et de l'indonésien, Dominique Vitalyos se retrouve souvent confrontée à des problèmes d'ordre sémentique, car certains mots n'ont aucun comparatif avec les langues européennes. "Il y a ce mot en malayalam qui peut se comprendre comme la fluidité, mais aussi l'amour, sans pour autant correspondre à l'amour au sens où on l'entend", explique celle qui partage son temps entre la France et le Kerala, en Inde. Pour elle, être confronté à ce type de problème est une chance, car cela permet de déconstruire complètement notre schéma mental. "On est obligé de déstructurer sa langue initiale pour pouvoir traduire", insiste-t-elle.

Dominique Vitalyos se rappelle d'ailleurs une traduction de tamoul, une autre langue parlée en Inde, qu'elle avait dû réaliser pour Zulma. N'étant pas spécialiste de ce langage, elle avait demandé à un familier de la langue de lui traduire le texte mot à mot. Grace à cette version totalement littérale, elle avait pu s'impregner précisément de l'idée du livre et en retranscrive le sens ensuite. De cette "vraie" rencontre avec l'autre qui se situe au stade primaire du langage, elle retient un apprentissage profond de l'étranger. Il est ainsi plus facile pour elle de vivre autrement et de se mettre à la place de l'autre. "Je ne dis pas que c'était mieux là-bas, mais, ça m'a appris l'ailleurs", dit-elle, songeuse.

Traduire le monde du vivant

Cette rencontre, la traductrice l'envisage aussi plus largement avec l'ensemble du monde du vivant. Selon elle, c'est un univers qui a besoin d'être traduit : "Quand on ne traduit pas les animaux, ils deviennent sujets à l'oubli, aux préjugés et surtout, à la destruction", argumente-t-elle. Afin d'expliquer l'enrichissement possible des langages entre eux, elle nous conte les origines des lamentations d'un peuple du nord de l'Inde, les Khasis. Un jour, ils entendent un cri déchirant. C'était celui d'une biche qui, après avoir perdu son enfant pleurait de douleur. Les habitants du village en ont fait un symbole de tristesse. "Pour moi, c'est un superbe exemple de traduction, car il montre à quel point nous pouvons comprendre les autres sans avoir le même langage", conclut Dominique Vitalyos. 

 

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