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Dossier Scolaire : petite relance sur un marché incertain

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Dossier Scolaire : petite relance sur un marché incertain

Les éditeurs scolaires publient de nouvelles versions de leurs manuels, surtout en sixième et en seconde. Dans l’attente d’une réforme reportée à 2015, ils comptent sur un renouvellement des ouvrages usés dans les établissements.

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Par Hervé Hugueny,
Créé le 18.04.2014 à 00h00,
Mis à jour le 18.04.2014 à 10h07

Annoncé début février, le report à 2015 de la réforme des programmes au primaire et au collège n’est évidemment pas une bonne nouvelle pour les éditeurs. 2013 a déjà vu une chute importante de l’activité, à - 18 % au collège et - 56 % au lycée, soit une moyenne de - 37 % pour le secondaire, indique Odile Mardon, directrice du secondaire chez Hachette Livre. "Nos titres du fonds ont néanmoins fait l’objet de renouvellements, et nous ne nous sommes pas trop mal sortis de cette année périlleuse", assure-t-elle. En valeur absolue, le marché du collège a reculé de 103 à 84 millions d’euros, et celui du lycée de 97 à 43 millions d’euros, précise Mahin Bailly, nouvelle directrice générale de Magnard, à partir des estimations du groupe éducation du Syndicat national de l’édition (SNE). Cette chute était anticipée : la quasi-totalité des livres ont été remplacés au cours des dernières années en raison de l’entrée en vigueur de nouveaux programmes. Une partie importante du parc est encore en bon état. Les éditeurs se sont adaptés et ont réduit leur production d’environ 35 %, avec 400 manuels au total en 2013, contre 640 en 2012.

"La période est calme, nous en profitons pour reprendre notre site et améliorer son ergonomie, la navigation, l’interactivité entre les utilisateurs, professeurs et élèves." Raphaël Taïeb, Lelivrescolaire.fr - Photo OLIVIER DION

La production devrait reprendre un peu cette année. "Notre organisation est souple, avec des équipes polyvalentes capables d’intervenir sur le scolaire et le parascolaire. La période est difficile, mais nous oblige à nous renouveler", positive Françoise Fougeron, directrice générale de Nathan Education. Le scolaire reste un marché très cyclique, dépendant des budgets publics, et donc à risque en période d’austérité. Mais ces contraintes protègent aussi les maisons les plus solides, empêchent des nouveaux venus de s’installer et laminent les plus faibles. Bréal a ainsi disparu, avalé en 2013 par le groupe Studyrama. Depuis dix ans, seules trois maisons se sont créées : Maison des langues, filiale de l’allemand Klett, ainsi que Sésamath.net et Lelivrescolaire.fr, en numérique mais qui vivent en réalité des manuels papier et n’échappent pas à ce reflux. "La période est calme, nous en profitons pour reprendre notre site et améliorer son ergonomie, la navigation, l’interactivité entre les utilisateurs, professeurs et élèves", explique Raphaël Taïeb, cofondateur de Lelivrescolaire.fr.

"Nous sommes attentifs à nos prix. Des enseignants nous indiquent que des élèves achètent un manuel pour deux, ou ne consomment pas les cahiers, pour les revendre ensuite." Olivier Jaoui, Foucher - Photo OLIVIER DION

La rentrée 2014 est pleine d’incertitudes. Lors de son déjeuner au SNE, Vincent Peillon, alors ministre de l’Education nationale du gouvernement Ayrault, se serait montré réceptif à la nécessité de prévoir un budget spécifique pour l’achat de contenus numériques, prolongeant les crédits alloués dans le cadre du chèque ressources numériques du précédent gouvernement Fillon. L’importance et le rôle de l’édition scolaire ont aussi été rappelés lors du déjeuner des éditeurs du bureau du SNE à l’Elysée, le 21 mars. Mais, dans sa chasse aux économies, le gouvernement avait drastiquement réduit la ligne budgétaire affectée à l’achat de manuels dans les collèges : "Elle est passée à 26 millions d’euros pour 2014, contre 50 millions d’euros l’an dernier, 56 millions en 2012 et 60 millions en 2010", détaille Mahin Bailly. Le marché réel va certes au-delà de ce chiffre, car les départements peuvent abonder cette subvention, tandis que les parents achètent aussi, mais cette baisse aura un impact. Les éditeurs espèrent toutefois une petite reprise par rapport à l’an dernier, et publient un peu plus qu’en 2013, surtout dans le secondaire.

Collège

Au collège, ils proposent des nouveautés un peu en 3e et surtout en 6e. Les manuels pour ces niveaux datent en effet de 2005 et de 2009, années d’entrée en vigueur des programmes en deux vagues successives. "On peut espérer que des enseignants jugent nécessaire de les remplacer par des éditions plus à jour, d’autant que la future réforme n’arrivera qu’en 2017 en 6e" (voir encadré ci-contre), remarque Sylvie Marcé, P-DG de Belin et présidente du groupe éducation du SNE. Les éditeurs publient dans les matières principales (français, histoire-géographie, maths, sciences) et s’en tiennent à un "programme de rééditions prudent en raison de l’incertitude du marché", prévient Odile Mardon. Bordas revient en grammaire (de même que Nathan), en SVT (de même que Magnard), une discipline dans laquelle Bordas revendique 20 % de part de marché selon Raphaëlle Ros, sa nouvelle directrice, et publie des cahiers en physique-chimie. Les éditeurs sont nombreux aussi à produire en langues, disciplines dans lesquelles les établissements avaient moins investi les années précédentes, et sur lesquelles est espéré un rattrapage. Didier, dont c’est la spécialité, publie ainsi en anglais en 4e et 3e, "avec des compléments en tournages vidéo spécifiques", insiste Isabelle Louviot, directrice générale. Maison des langues, autre spécialiste, propose des ouvrages dans les quatre principales langues étrangères européennes : anglais, allemand, espagnol, italien.

Lycée

Au lycée, les éditeurs publient surtout en 2de, où les manuels en circulation datent de 2010 et ont été conçus sans connaître les programmes du bac, dans une certaine urgence "qui justifie une mise à jour en fonction de ce que nous connaissons aujourd’hui de l’examen, et des remontées des enseignants", expliquent en chœur les dirigeantes des maisons scolaires, désormais presque toutes pilotées par des femmes, sauf Foucher et Nathan Technique dans l’enseignement professionnel. Elles renouvellent donc les manuels en maths (Bordas, Didier, Hachette, Hatier, Nathan), physique-chimie (Belin, Bordas, Hachette, Hatier, Nathan), histoire, géographie, etc. (voir tableau p. 65). Belin, Hatier, Magnard, Nathan publient aussi pour les terminales S en histoire, cette discipline ayant été remise au programme de la filière après la polémique engendrée par son abandon. Les éditeurs reviennent en SES, pour adapter leurs manuels au programme allégé. Didier s’appuie de son côté sur une activité importante en français langue étrangère (FLE), déconnectée du marché scolaire et de ses réformes.

Primaire

"Le primaire est toujours moins sensible que le collège au rythme des réformes, mais nous attendions néanmoins beaucoup de celle-ci", explique Stéphanie Saïsse, responsable de ce niveau chez Hachette Education, qui termine les collections en cours. "A l’école, la dépense par élève est toujours aussi faible, parmi les plus basses d’Europe", déplore Françoise Fougeron chez Nathan, qui renouvelle ses méthodes de lecture et publie aussi en maths et en anglais, notamment des cahiers consommables. Comme dans l’enseignement professionnel, ces cahiers sont moins chers que des manuels, mais ils sont à racheter chaque année. Hatier termine aussi ses collections phares en français et en maths (Ribambelle et Cap maths). Belin poursuit en CE1 la méthode J’aime les maths lancée au CP, publie en anglais pour le cycle 3 (Pop up !), ainsi que des ouvrages documentaires (collection "Tout en doc"). "Le primaire est insensible au cycle des réformes. En regardant les précédentes de 2002 et de 2008, on voit qu’il n’y a pas de creux avant, ni d’effet cloche dans la courbe des ventes des achats l’année de leur mise en œuvre", ajoute Mahin Bailly. Plusieurs éditeurs publient de nouvelles méthodes de lecture, dont le développement demande beaucoup de temps. Bordas lance Litournelle, basée sur de vrais textes de littérature jeunesse, insiste Raphaëlle Ros. La Sedrap vient aussi d’expédier les spécimens de sa méthode Tu vois, je lis !, sur laquelle l’éditeur compte beaucoup pour étendre sa part de marché, indique son directeur général, Gilles Brochen. Sed poursuit sa série de manuels de lecture Interlignes en CE2 et CM1. Retz renouvelle J’apprends les maths en CE1 et CE2.

Enseignement technique et professionnel

Le cycle des grandes réformes est aussi terminé dans les filières techniques et professionnelles, mais l’économie de l’édition y est moins dépendante des renouvellements de programmes grâce à une production importante de cahiers d’activité, dits "consommables" et renouvelables chaque année. "Ils représentent environ 70 % du marché", estime Charles Bimbenet, directeur de Nathan Technique, qui fait partie des trois principaux éditeurs spécialisés avec Hachette Technique et Foucher. Tous publient en histoire, niveau terminale, "pour s’adapter au petit changement de programme du bac pro", explique Caroline Boulassier, responsable d’Hachette Technique, qui publie près d’une quarantaine de nouveautés, dont beaucoup en CAP, avec notamment les mises à jour des manuels publiés depuis la réforme de 2009. "Nos nouvelles éditions intègrent les remontées des enseignants sur ces premières séries. Notre production en lycée professionnel reste assez importante, et nous avons fait aussi un gros effort de mise à jour dans les ouvrages tertiaires, notamment en incluant les nouveaux taux de TVA", ajoute Charles Bimbenet, qui propose 100 à 120 nouveautés ou nouvelles éditions.

L’autre caractéristique du secteur, c’est l’émiettement entre de très nombreuses spécialités, qui ne comptent, pour certaines d’entre elles, que quelques milliers d’élèves. "Nous publions pour la filière "maintenance des véhicules automobiles" qui compte environ 3 500 élèves", indique ainsi Olivier Jaoui, directeur général de Foucher. Dans les disciplines générales communes à toutes les sections (français, histoire-géographie, maths, anglais), les effectifs atteignent environ 200 000 élèves, ce qui attire parfois des éditeurs généralistes (Belin, en anglais 1re et terminale, en histoire-géographie 1re, en français 2de). Des éditeurs indépendants y ont encore leur place, tels Bertrand Lacoste, BPI, Eyrolles, Fontaine Picard, même si la concentration les rattrape : Magnard a repris l’an dernier Casteilla.

Mais l’effet des fragilités sociales qui touchent les familles des élèves du secteur professionnel est perceptible : "L’achat des consommables subsiste dans les matières techniques, mais se réduit dans les matières générales", note Caroline Boulassier. "Nous sommes attentifs à nos prix. Des enseignants nous indiquent que des élèves achètent un manuel pour deux, ou ne consomment pas les cahiers, pour les revendre ensuite, complète Olivier Jaoui. Dans certains établissements, pour la moitié des élèves, au moins un parent est au chômage."

Le calendrier retardé de la réforme

La loi de refondation de l’école définit "une réforme qui va largement au-delà de la seule question des programmes, observe Sylvie Marcé, présidente du groupe Enseignement du Syndicat national de l’édition. C’est une refonte ambitieuse, poursuit-elle. Il n’est pas surprenant que le Conseil supérieur des programmes ait besoin d’une année supplémentaire." L’articulation des classes est modifiée pour améliorer la liaison entre primaire et collège. Elles sont réparties en trois cycles de trois niveaux chacun : apprentissages fondamentaux (CP, CE1, CE2) ; consolidation (CM1, CM2, 6e) ; approfondissements (5e, 4e, 3e).

La mise en œuvre de cette réforme prendra trois ans, en commençant par la première année de chaque cycle. Les nouveaux contenus, qui restent à définir, s’appliqueront donc en septembre 2015 au CP, au CM1 et en 5e. "Avec la réorganisation actuelle, la 6e n’est plus la première année du collège, mais la troisième année du cycle 3 du primaire/collège", explique Sylvie Marcé. Ses nouveaux contenus ne s’appliqueront ainsi qu’en 2017. D’où le choix de la plupart des éditeurs de refondre leurs manuels de 6e cette année, pour encourager les enseignants à changer les volumes actuels, qui datent pour la plupart de 2005 ou de 2009. <

Les libraires en campagne pour l’aide aux familles

"Dans le scolaire, c’est le système de subvention choisi par la Région - versement aux établissements ou aide aux familles - qui structure le marché pour la librairie", rappelle Matthieu de Montchalin, président du Syndicat de la librairie française (SLF) et P-DG de L’Armitière à Rouen, à propos de la vente de manuels aux lycéens. Dans le premier cas, les établissements lancent des appels d’offres et sélectionnent le libraire accordant la meilleure remise, autour de 25 %, à ponctionner sur les 31,5 % du taux accordé par les éditeurs scolaires. Le bénéfice se fait sur le volume cumulé, ce qui réserve ce marché à quelques revendeurs spécialisés (EMLS, LDE, Sadel) ou à de grandes librairies disposant d’un service dédié. De même, dans le primaire et au collège, "une fois le transport déduit, il reste 3,5 % de marge pour couvrir les frais fixes et la masse salariale. Dans les librairies moyennes, personne ne gagne d’argent. Mais elles répondent pour avoir le marché du CDI, et rester l’interlocuteur d’un établissement ou d’une ville", explique Matthieu de Montchalin.

Dans les régions qui ont choisi l’aide aux familles, la vente de manuels scolaires reste mieux répartie, entre les librairies comme dans le temps : lorsqu’il n’y a pas de réforme, le marché de l’occasion prend le relais. Le libraire y a aussi sa place. "Le chiffre d’affaires est moindre pour plus de manipulations, mais on s’adapte", précise le président du SLF, dont la librairie, en Haute-Normandie, se trouve dans une région ayant opté pour l’aide aux familles. "Les élections régionales auront lieu l’an prochain : elles supposeront un travail de tous pour expliquer aux candidats les bienfaits de ce système, et rappeler à ceux qui ont choisi l’autre solution qu’elle fragilise considérablement le tissu des librairies, comme on le constate en Ile-de-France", anticipe-t-il.

La bascule numérique inquiète moins le président du SLF : "Les deux grands groupes ont reconnu le rôle du libraire, alors qu’ils ne l’acceptaient pas dans ce circuit il y a quelques années", se rassure-t-il. Pour lui, "le but, c’est qu’il n’y ait pas que trois intervenants en France capables de participer à ce marché", même si ce dernier demeure pour l’instant "de l’ordre du fantasme".

Toutes les nouveautés 2014

Voici la liste des nouveaux manuels par disciplines, éditeurs et niveaux. Dans l’enseignement professionnel et technologique, seules les matières générales sont indiquées.

Primaire

Anglais : Belin (CE2), Hachette (CE2 au CM2). Français : Bordas (CE1 au CM2), Hachette (CE1, CE2), Hatier (CE2), Magnard (CE1), Nathan (CE2, CM1). Histoire-géographie : Hatier (CE2 au CM2) ; Magnard (CM1 et CM2), Nathan (histoire des arts, CE2 au CM2). Lecture : Bordas, Hachette, Hatier, Istra (CM), Magnard, Nathan (CE1, CM2), SED (CE2, CM1), SEDRAP (CE2, CM1, CM2). Maths : Belin (CE1), Hachette (CP, CE1), Hatier (CE1, CE2 au CM2), Istra (CM1), Magnard (CE1, CE2), Nathan (CP-CE1), Nathan (CM1, CM2), Retz (CE1, CE2). Sciences : Belin (CM), Bordas (CM), Hatier (CE au CM2), Magnard (CE2 au CM2).

Collège

Education civique : Hachette (cahier 5e), Magnard (3e), Nathan (6e, 5e, 3e). Français : Bordas (cahiers 6e, et 3e), Hachette (6e, 3e), Hatier (6e). Grammaire : Bordas (cahiers 6e-3e), Nathan (6e, 3e). Histoire-géographie : Belin (3e, avec éducation civique), Hachette (3e), Hatier (manuel 6e, fichier 3e), Magnard (3e), Nathan (3e). Langues : Bordas (anglais 4e, allemand 3e), Didier (allemand, anglais 4e, 3e), Hachette (anglais 6e, 3e ; allemand 1, italien 2), Hatier (anglais 3e, espagnol 5e), Maison des langues (allemand, anglais, espagnol, italien), Nathan (espagnol, italien). Latin : Magnard (cahiers 5e-3e), Nathan (5e). Maths : Bordas (6e), Hachette (6e, 3e), Hatier (6e), Nathan (5e, cahiers 5e-3e). Physique-chimie : Bordas (cahiers 5e-3e). SVT : Bordas (6e), Magnard (3e). Technologie : Hachette (5e).

Lycée

Français : Magnard (2de). Histoire : Belin (2de, terminale S), Hachette (2de), Hatier (2de, terminales, et histoire-géographie terminale S), Magnard (terminales), Nathan (2de, deux manuels, histoire-géographie terminale S, deux manuels). Géographie : Belin (2de, terminale S), Hachette (2de), Hatier (2de, terminales), Magnard (terminales), Nathan (2de). Langues : Bordas (anglais, allemand 2de) ; Hachette (anglais, espagnol 2de), Hatier (anglais, espagnol 2de), Nathan (anglais, espagnol, 2de). Maths : Bordas (2de), Didier (2de), Hachette (2de, deux collections), Hatier ( 2de), Nathan (2de, deux manuels). Philosophie : Magnard. Physique-chimie : Belin (2de), Bordas (2de) ; Hachette (2de) ; Hatier (2de), Nathan ( 2de). SES : Belin (2de), Bordas (1re), Hachette (2de) ; Hatier (manuel 2de, cahier 1re), Nathan (2de). SVT : Belin (2de), Nathan (2de).

Lycée technique et professionnel

Droit : Betrand-Lacoste (1re STMG), Delagrave (1re STMG), Foucher (1re STMG), Nathan technique (1re STMG). Economie : Betrand-Lacoste (1re STMG), Delagrave (1re STMG), Foucher (1re STMG), Nathan technique (1re STMG). Economie-gestion, droit : Betrand-Lacoste (1re pro, terminale pro), Delagrave (2de, 1re, terminale pro), Eyrolles-Gep (1re pro), Foucher (2de), Hachette technique (2de), Nathan technique (2de, 1re, terminale pro). Géopolitique : Nathan technique (filières technologiques). Gestion-administration : Eyrolles-Gep (terminale pro), Foucher (1re, terminale pro), Nathan technique (2de, 1re, terminale pro). Français : Belin (2de pro), Hachette technique (2de, 1re pro), Nathan Technique (CAP). Histoire-géographie : Belin (1re pro), Delagrave (1re, terminale pro), Foucher (1re, terminale pro), Hachette Technique (1re, terminale pro, manuel et consommable), Nathan Technique (CAP, Bac pro). Langues : Belin (anglais 1re, terminale pro), Delagrave (anglais, 1re, terminale pro), Foucher (anglais, espagnol 2de pro), Hachette Technique (anglais, espagnol 2de pro), Nathan Technique (anglais filières technologiques, CAP, espagnol Bac pro). Management des organisations : Delagrave (1re STMG), Nathan Technique (1re STMG). Mathématiques : Betrand-Lacoste (terminale pro, CAP), Delagrave (1re pro, industriel, tertiaire), Hachette Technique (1re pro, industriel, tertiaire). Physique-chimie : Betrand-Lacoste (2de pro), Eyrolles-Gep (2de pro), Hachette Technique (2de pro). Sciences de gestion : Hachette Technique (terminale STMG), Delagrave (1re STMG), Nathan (1re STMG).

Numérique : plateformes d’e-learning et vente aux familles

Alors que la part du numérique n’est pas plus importante dans le scolaire que dans le reste de l’édition, les éditeurs se tournent vers les familles pour tenter de rentabiliser les importants investissements qu’ils lui consacrent, notamment en produisant des versions de leurs manuels pour les tablettes.

"Aux Etats-Unis, la part du numérique scolaire atteint 20 %." François-Xavier Hussherr, Gutenberg Technology - Photo DR

Dans son dernier livre publié chez Stock, Emmanuel Davidenkoff annonce un "tsunami numérique" dans les écoles et les universités, parti de la Silicon Valley aux Etats-Unis, dont l’écosystème technologique va "réinventer l’éducation". Pour le moment, en ce qui concerne l’édition scolaire, il ne s’agit que d’un clapotis. En 2013, selon Odile Mardon, directrice du secondaire chez Hachette Education, le numérique représente toujours 1,2 % du chiffre d’affaires du secteur, lequel a chuté de 37 % par rapport à 2012. En valeur absolue, les ventes de licence ont donc aussi baissé, à environ 1,6 million d’euros. "Pour l’essentiel, il s’agit de licences pour les enseignants, pour de la vidéoprojection en classe, mais encore peu d’accès individuel pour les élèves", remarque Sylvie Marcé, P-DG de Belin. Ces achats étaient soutenus par le système de "chèques ressource", un budget maximal de 2 500 euros par établissement affecté à l’achat de contenus numériques, pas forcément des manuels, qui a pris fin en 2013. "S’il n’y a pas de budget d’acquisition, on ne pourra pas investir", ajoute-t-elle, ce que regrettent tous les éditeurs. "Les budgets affectés à la recherche et développement devraient être réorientés vers les acquisitions. Nous saurons faire la recherche nécessaire, s’il y a un marché", juge Mahin Bailly, directrice générale de Magnard. Les élèves semblent prêts à cette évolution : "Il n’y a pas d’attachement au papier chez eux, et le numérique améliore leur apprentissage", assure Charles Bimbenet, directeur de Nathan Technique.

"Le numérique est un changement important, les enseignants ont besoin de temps pour appréhender ces nouveaux outils." Isabelle Louviot, Didier - Photo OLIVIER DION

Le papier finance le numérique

Ce potentiel séduit les investisseurs. Gutenberg Technology, la plateforme de création de manuels numériques, est sans doute une des start-up de l’édition les mieux dotées : sa dernière augmentation de capital la valorise à 22 millions d’euros, confirme François-Xavier Hussherr, son président et fondateur. C’est dire si le secteur de l’éducation est considéré comme prometteur. "Aux Etats-Unis, la part du numérique scolaire atteint 20 %", affirme-t-il. Gutenberg Technology a d’ailleurs ouvert un bureau commercial à New York pour prospecter ce marché, plus porteur que l’Europe. La plateforme organise les contenus des manuels, divisés en "granules" pour être composés à la demande, individuellement et en fonction du niveau des élèves si nécessaire, avec des exercices, de l’interactivité, pilotée par les enseignants en classe ou à distance au domicile des élèves.

Pourtant, Lelivrescolaire.com, la filiale et la vitrine d’édition de Gutenberg, doit se plier à la loi du marché actuel : "L’économie s’appuie toujours sur le papier, qui finance le numérique", note Isabelle Louviot, directrice générale de Didier. Editeur nativement numérique, Lelivrescolaire. com effectue 95 % de son chiffre d’affaires avec la vente de manuels papier, "à la réalisation desquels nous avons consacré beaucoup de temps", reconnaît Raphaël Taïeb, cofondateur et directeur de la maison. Sur un autre modèle, dominé par la gratuité d’accès à ses contenus dématérialisés, Sésamath tire aussi ses seuls revenus de licences sur la vente des versions livre de ses manuels. Nathan Technique a trouvé une solution simple : "Cette année, la licence numérique est incluse dans tous nos manuels papier avec une clé d’activation, alors qu’auparavant nous proposions encore deux versions. Et de cette façon, le libraire participe pleinement à la diffusion du numérique", insiste Charles Bimbenet, directeur du département. Dans cette offre devenue bimédia, le prix de cette licence généralisée est d’environ 2 euros par manuel, contre 4 euros en option les années précédentes.

La période pourrait pourtant être favorable : "Le numérique est un changement important, les enseignants ont besoin de temps pour appréhender ces nouveaux outils. La réforme étant reportée à 2015, profitons du fait qu’il n’y a pas de nouveaux programmes à acquérir pour travailler sur les pratiques et la pédagogie de ce nouvel outil", suggère Isabelle Louviot. Dans sa loi de refondation de l’école, le ministre de l’Education nationale a accordé une place particulière aux compétences numériques, indispensables à la future valeur professionnelle des élèves d’aujourd’hui, comme le lire-écrire-compter l’était à ceux de la fin du XIXe siècle en pleine industrialisation.

Ces besoins ont aussi été identifiés comme une source d’emplois pour la France. Un rapport commandé par pas moins de quatre ministères, sur La structuration de la filière du numérique éducatif discrètement déposé sur le site de l’Education nationale fin septembre, liste 10 préconisations et 27 propositions, dont presque aucune n’a été concrétisée. La création d’une Direction du numérique pour l’éducation, confiée à Catherine Becchetti-Bizot, est le premier élément tangible.

Cette direction devra mettre "en synergie tous les acteurs du numérique éducatif avec les systèmes d’information du ministère". Elle est dotée d’un "Numérilab", qui "vise à mutualiser les initiatives autour de grands projets innovants". Il rassemble quelques services déjà créés, dont "English for schools, une offre d’exercices et de vidéos pédagogiques pour les 8-11 ans, accessible en ligne pour un apprentissage ludique et facilité de l’anglais en classe et à la maison". Elle inquiète Sylvie Marcé, qui la juge directement concurrente de l’offre des éditeurs. Le ministère du Redressement productif, commanditaire du premier rapport, a confié à Deborah Elalouf, présidente de Tralalère (production de programmes numériques éducatifs) et à Jean-Yves Hepp, président de Unowhy, fabricant de la tablette Qooq, une mission de réflexion sur la production de contenus et d’une tablette dédiés à l’éducation. Attendu pour le début de l’année, leur rapport devrait être bouclé en avril.

Concurrence du secteur public

Cet intérêt prononcé des pouvoirs publics est perçu de façon ambivalente par les éditeurs, rassurés s’il s’agit de contenir les ambitions de prédateurs des nouvelles technologies, déroutés si c’est pour la remplacer par la concurrence de la puissance publique. Les éditeurs ont "des inquiétudes fortes sur la place que veut prendre l’offre publique dans le numérique", déclare la présidente du groupe Enseignement du Syndicat national de l’édition. "Il y a une contradiction entre la volonté de créer une filière d’ingénierie française pour résister à la concurrence mondiale de grands groupes, et en même temps la création d’une offre publique qui concurrence le privé. Nous avons besoin d’être rassurés sur les débouchés de nos investissements", insiste Sylvie Marcé.

"Nous ne faisons pas de manuels", insiste Jean-Marc Merriaux, directeur général du Centre national de documentation pédagogique (CNDP). "Notre rôle est de fournir de l’ingénierie pédagogique aux enseignants. Dans ce cadre, le CNDP pourrait passer à l’identification et l’indexation de la ressource pédagogique à destination des enseignants, à une échelle granulaire très fine, un chapitre de manuel au lieu d’un ouvrage entier, par exemple. Aujourd’hui, le seul outil est la recherche plein texte de Google, ce qui est très insuffisant. Le CNDP pourrait être l’acteur de la recherche et développement, pour en offrir ensuite le résultat à l’ensemble de la communauté", explique-t-il.

Un besoin qui pourrait devenir indispensable, étant donné l’offre que développent les éditeurs. Plusieurs d’entre eux se sont lancés dans la création de plateformes d’enseignement à distance, à l’image de ce qui existe déjà dans la formation professionnelle. Didier propose ainsi un laboratoire de langue associé au manuel Premium, qui permet à un enseignant de préparer des exercices pour ses élèves, avec des ressources audio ou vidéo. Ils y ont accès depuis leur ordinateur ou tablette. L’enseignant dispose aussi de leurs réponses à distance avant l’arrivée en classe "pour évaluer leur progression, les faire travailler à l’oral individuellement, à leur rythme", explique Isabelle Louviot. "Nous avons commencé doucement, il y a trois ans, nous mettons en service la V2."

Hachette Education prépare une plateforme qui ouvrira à la rentrée, d’où les enseignants pourront gérer leur manuel, les accès aux versions des élèves, les exercices à faire, etc., explique Odile Mardon. Belin lance également à la rentrée une plateforme numérique baptisée PEPS (parcours d’exercices personnalisés), qui "proposera aux enseignants des ressources, des exercices pour travailler en maths et en français, des parcours individualisés à destination des 15 à 20 % d’élèves en difficulté. Nous avons réalisé cet outil dans le cadre des appels à projets éducatifs soutenus par le grand emprunt", précise Sylvie Marcé.

La tablette familiale

Autre innovation, initiée par Nathan et Bordas en 2013 : la vente directe aux familles des manuels numériques multisupports, consultables aussi bien sur ordinateurs que sur tablettes. "L’an dernier, c’était un démarrage. 2014 sera déterminante. Nous communiquons beaucoup sur cette offre, en complément des manuels, mais il faudra être patient. Nous comptons sur la sensibilité des parents à la question du poids des cartables", explique Françoise Fougeron, directrice générale de Nathan Education. Les modes de vie d’enfants partagés entre deux familles encouragent aussi cette solution. "Hatier proposera ce service à la rentrée", annonce également Celia Rosentraub. Hachette Education y réfléchit, mentionne Odile Mardon. Les éditeurs ont adapté leurs propositions commerciales, en généralisant la licence annuelle, au lieu de quatre ans jusqu’à maintenant. Nathan et Bordas proposent le manuel numérique en achat direct à 2 ou 4 euros, suivant que l’élève possède ou non la version papier. Chez Didier, il est à 3 et 6 euros. Chez Belin, la licence avec le manuel est aussi à 2 euros pour un an, et à 8 euros sans. Chez Hachette Livre, celle de l’enseignant est valable pendant dix ans.

La quasi-totalité des manuels numériques sont en effet maintenant compatibles avec les tablettes, au moins sur les deux principaux systèmes d’exploitation (IOS et Android), parfois aussi sur Windows 8, chez Hachette notamment. Les expérimentations se multiplient dans les établissements, mais l’équipement fourni aux élèves est encore rare, en raison du coût du matériel, et des frais de maintenance qu’il peut entraîner ensuite. Anne Lechêne, responsable des tablettes Bic, spécialement conçues pour les classes de primaire, se dit néanmoins très satisfaite des résultats obtenus en dix mois depuis le lancement de cette ardoise électronique : "Nous estimons notre part de marché à 25 %, sur un nombre de classes équipées certes très modeste." En revanche, l’équipement individuel des familles se généralise (7 millions de tablettes devraient être vendues cette année).

Les deux principaux prestataires pour la transformation des manuels en application sont Jouve, qui travaille pour Editis (Nathan et Bordas) et Hatier, et EduLib, filiale de Belin et Magnard, qui sont aussi ses deux clients. Outil de conversion des manuels papier en numérique, créé à l’origine par Belin et filialisé à parts égales avec Magnard, une version 3.2 avec des fonctions de partage sort pour la rentrée. "Tout le contenu du manuel passe en base de données. Les enseignants peuvent ajouter leurs contenus, transformer à leur convenance les pages, qu’ils peuvent retrouver chez eux ou dans leur établissement. C’est une rupture pour les éditeurs pour qui une œuvre était fixe. Maintenant, elle est transformable, l’utilisateur participe à l’enrichissement", explique Julien Llanas, directeur des opérations. Entre Belin, Magnard et BPI, éditeur pour l’enseignement professionnel, environ 220 manuels sont disponibles sous cette technologie. Quelque 150 000 comptes utilisateurs ont été ouverts. "Les éditeurs sont crispés sur la transition numérique. La valeur ajoutée par rapport au papier, c’est de pouvoir valoriser au-delà du format du manuel scolaire l’apport didactique et pédagogique des auteurs et éditeurs scolaires par le biais de jeux de métadonnées et d’une indexation fine", ajoute-t-il.


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