Livres Hebdo : Pourquoi écrire une suite, presque trois décennies plus tard ?
Douglas Kennedy : Je n’aime pas revisiter mes romans - quand une histoire est finie, elle est finie. Mais il y a deux ans, par hasard, j’ai relu ce livre, et j’ai commencé à penser à son protagoniste, Andrew Tarbell. À la fin du roman traduit en 1998 en France, il arrive à la quarantaine. Ici, on le retrouve trente ans plus tard. Et quand on approche des 70 ans, comme moi, on doit faire face à l’idée que l’on entre dans le dernier acte de la vie. Je discute souvent avec des gens de ma génération, et la question des regrets est désormais constante. J’ai commencé à repenser Andrew de cette manière.
Ce retour à un univers ancien n’a-t-il pas été difficile à construire ?
Pas vraiment, parce que ce livre est autonome ; il n’est pas nécessaire d’avoir lu le premier. Je l’ai simplement ouvert à nouveau deux ou trois fois pendant l’écriture, lorsqu’il s’est avéré nécessaire d’expliquer certains détails du passé. Mais quand j’ai commencé à écrire, à l’automne 2025, j’avais simplement en tête le dilemme d’Andrew après la mort de sa femme : il a perdu l’équilibre qu’elle lui apportait. Il est aussi hanté par le fait d’avoir créé une œuvre importante sous un autre nom, alors qu’il reste un inconnu sous sa véritable identité. Il y a également la question de son fils, mais je ne veux pas en dévoiler davantage…
Qu’avez-vous pensé de L’homme qui voulait vivre sa vie en le relisant, trente ans plus tard ?
Je me suis dit que c’était « pas mal » (rires) ! Mais surtout que c’était un monde complètement différent. Je l’ai écrit entre 1994 et 1996, avant Internet, avant les téléphones portables, avant un monde connecté. J’avais 39 ans, c’était une autre vie. Aujourd’hui, mon expérience est différente : j’ai connu des moments tragiques comme extraordinaires. La vie est toujours un mélange de tout cela. Cette connaissance change forcément notre regard et L’homme qui n'avait pas assez d’une vie est écrit avec cette expérience-là.
Votre héros change d’identité mais conserve sa culpabilité. Peut-on s’en libérer ?
Je ne sais pas si l’on peut y échapper. En revanche, on peut la contextualiser, apprendre à vivre avec, essayer d’en diminuer l’ombre. La culpabilité est au cœur de la condition humaine. On avance tous avec cela.
