Littérature policière

François Rivière, « Le secret d'Irvin » (Rivages) : Sunset Boulevard

François Rivière - Photo © DR

François Rivière, « Le secret d'Irvin » (Rivages) : Sunset Boulevard

À travers la vie d'un journaliste et chroniqueur mondain de l'âge d'or hollywoodien, François Rivière plonge dans les secrets inavouables de la capitale du cinéma.

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Par Olivier Mony,
Créé le 11.02.2021 à 11h00,
Mis à jour le 12.02.2021 à 15h30

Il y a autour de l'œuvre protéiforme et toujours fascinante de François Rivière comme un malentendu qui persiste. Qui se souvient qu'il fut à vingt-cinq ans à peine l'un des premiers auteurs enrôlés sous la bannière de la prestigieuse collection « Fiction & Cie » du Seuil dirigée par Denis Roche ou qu'en son temps, dans son Second manifeste camp, Patrick Mauriès le tenait, à l'égal d'un Jean-Jacques Schuhl, pour l'un des tenants de cette esthétique ? Près de cinquante ans ont passé et avec eux plusieurs dizaines de livres provenant de tous les horizons. François Rivière s'est révélé scénariste de bande dessinée, biographe, romancier donc, auteur jeunesse, journaliste littéraire, entre autres. Une œuvre s'il en est, mais dont l'éclectisme même a peut-être contribué à masquer la profonde cohérence, notamment quant aux obsessions profondément et presque ontologiquement littéraires de leur auteur. Qu'importe, en amoureux éternel de Cocteau (auquel il a consacré l'année dernière, avec Laureline Mattiussi au dessin, un magnifique roman graphique chez Casterman), Rivière a toujours fait sienne cette phrase du poète : « ce que le public te reproche, cultive-le, c'est toi ».

C'est bien ce à quoi il s'emploie dans Le secret d'Irvin, ce nouveau roman à la narration aussi retorse qu'à l'accoutumée, qui permettra aux lecteurs de le retrouver à son meilleur. Il y donne libre cours à l'une de ses plus anciennes marottes, sa passion pour Hollywood, celui de l'âge d'or, du muet, des secrets grandioses et des turpitudes terribles tues par un système des studios qui veillait au grain de la morale. François Rivière met ici en scène une histoire d'amitié. Celle qui lie le narrateur du livre à un journaliste et chroniqueur mondain des étoiles de l'écran, un certain Irvin Rosa-Fierce - on notera à ce propos que le roman est dédié à la mémoire du bien réel Dominick Dunne, lointaine incarnation d'Irvin, écrivain, journaliste et producteur dont François Rivière fut l'un des premiers à introduire l'œuvre en France.

Le narrateur et Irvin se rencontrent chez une star oubliée du muet et sont bientôt pris d'un fou rire inextinguible qui, mettant fin à leur entretien, leur permet néanmoins de nouer une affection qui ne se démentira plus, nourrie par d'identiques addictions. Les deux hommes ne cesseront de se voir, et Irvin, l'aîné, lui racontera ses nombreuses et méconnues incursions dans le territoire volontiers fantastique et infiniment troublant du Hollywood secret.

Tout au long du livre, Rivière s'en donne à cœur joie, marionnettiste d'un théâtre d'ombres que n'éclairent que la nuit, le crime et l'humour délicieusement old school dont font preuve ses personnages. On y retrouve sa passion de longue date pour Poe, Lovecraft, le théâtre du Grand-Guignol et surtout pour James et son éternel « motif dans le tapis ». Il flotte sur tout cela au fond - et cela n'échappera pas au lecteur averti - comme un parfum de confession cachée...

François Rivière
Le secret d'Irvin
Rivages
Tirage: 3 500 ex.
Prix: 18 € ; 198 p.
ISBN: 9782743650469

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