Rentrée littéraire 2021

Guillaume Sire, « Les contreforts » (Calmann-Lévy) : Le château fort

Guillaume Sire. - Photo ©RENAUD KONOPNICKI

Guillaume Sire, « Les contreforts » (Calmann-Lévy) : Le château fort

Guillaume Sire imagine une saga sur les contreforts des Corbières où toute une famille tente de sauver, contre vents et marées, son domaine de la ruine. Tirage à 10000 exemplaires.

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Par Sean Rose,
Créé le 29.06.2021 à 10h00,
Mis à jour le 29.06.2021 à 12h27

Le ciel se gonfle de nuages et s'obscurcit, la foudre zèbre le firmament chargé de pluie. Sur les pics des Corbières, c'est le déluge qui s'abat. Ces monts sont depuis la nuit des temps habités par de tutélaires démones aux « yeux morbides et dessillés » - les « sinagries ». Chaque pic a sa sinagrie, laquelle a sa particularité : une telle happe les chauves-souris en plein vol, telle autre hante les airs « tenant au poing un crâne de panthère que lui a offert Hannibal ». Celle de Montahut, la colline haute au flanc de laquelle est sis le château des Testasecca, s'appelle Loghauss. Alors qu'il n'était âgé que de 11 ans, Pierre de Testasecca déjà fort bon chasseur fut cependant surpris par l'orage. Lui et la puissance tellurique ont été « soudés par l'éclair », raconte-t-on dans le pays. C'était comme si le jeune Pierre eût pactisé avec la sinagrie ce jour de tempête. Le gendarme avait retrouvé le garçon sain et sauf dans les bois ; depuis, on le surnomme « le baron perché »... Il faut avouer que les Testasecca auraient bien besoin de quelque soutien surnaturel pour préserver leur domaine. Léon, le père, ne parvient pas à se faire accorder un prêt à taux zéro par la chambre d'agriculture afin de relancer sa production de vins. Diane, la mère, court après les mauvais payeurs qui n'ont pas réglé les stères de bois qu'on leur a fournis cet hiver et vend tant bien que mal leurs maigres récoltes de fraises. Quoique classé, le château tombe en ruine. Heureusement qu'il y a Clém, se rassure Pierre, Clémence, sa sœur aînée qui a 17 ans, foisonnante de ressources. Elle lui paraît insubmersible, elle est à ses yeux « un voilier en suspension » flottant à deux mètres au-dessus des vagues. Cette reine de la débrouille trouvera bien une solution pour les sortir de ce dédale d'ennuis. Avec l'aide d'un ami, elle récupère une bétonneuse d'occasion censée lui permettre de restaurer la partie supérieure du bâtiment avec ses mâchicoulis croulants. Nonobstant les efforts de Clémence, le château part en quenouille. Contre les créanciers et la loi qui menace de les expulser, Léon « le Minotaure », le gentilhomme vigneron autoproclamé « anarchiste de droit divin », se bat comme un diable, il ne laissera personne toucher à une seule douve du château. C'est la confrontation. Les Testasecca, tels des forcenés, soutiennent le siège de leur demeure...

Après une fiction sur le Cambodge et le génocide khmer, Avant la longue flamme rouge (Calmann-Lévy), qui lui valut le prix Orange du livre en 2020, Guillaume Sire, né à Toulouse, retourne grâce à ce nouveau roman, Les contreforts, à une région qui lui est familière, charnellement, et dont il est fin connaisseur de l'histoire. L'auteur des Confessions d'un funambule (La Table ronde, 2007) signe une saga familiale se déclinant en cinq actes à la manière d'une tragédie. Par l'efficiente mécanique d'un récit serti de dialogues vivaces, il confirme son talent de conteur. Et nous transporte d'autant plus loin que ce talent se double d'un art de la peinture. Paysages qu'anime la véhémence des sentiments, et états d'âme aussi vastes que des landes. Du Géricault en mots.

Guillaume Sire
Les contreforts
Calmann-Lévy
Tirage: 10 000 ex.
Prix: 19,90 € ; 352 p.
ISBN: 9782702182154

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