Le Centre de transcription et d’édition en braille (CTEB) lance une opération unique : pendant un mois, du 1er au 30 avril, imprimera des livres en braille à la demande. Une première dans le monde de l’édition braille.
« On croise le livre partout, mais il n’est pas pour tout le monde »
Denis Guérin, responsable de la communication du CTEB, explique que pour les personnes malvoyantes, pouvoir accéder à n’importe quel livre reste encore une idée largement perçue comme irréaliste. À tel point que beaucoup ont du mal à croire que le centre proposera réellement ce service. « L’opération Livre en braille à la demande est là pour montrer qu’il y a parfois des évidences qu’on ne voit pas. On croise le livre partout : sur un bureau, chez le médecin, en magasin, mais il n’est pas pour tout le monde. »
Un projet test
Cette opération, Dénis Guérin la décrit comme un saut dans le vide : ça n'a jamais été fait. La petite structure, qui compte 11 salariés, assurer qu'elle honorera les 100 premières commandes, mais n'a aucune visibilité sur le nombre d'intéressés potentiels : « Cela pourrait être 500 en une journée, en un mois, beaucoup plus ou beaucoup moins… » Elle se laisse également une marge de quelques mois pour livrer les acheteurs.
Habituellement, les personnes déficientes visuelles doivent choisir leurs lectures dans un catalogue limité, établi par le comité de lecture du centre, car adapter tous les livres coûterait trop cher. En 2025, quelque 63 815 nouveaux ouvrages ont été publiés, mais le CTEB ne peut en transcrire qu’environ 200 en braille chaque année.
Ce nouveau système, basé sur la demande, implique encore plus de moyens. Le CTEB tient malgré tout à maintenir le prix unique du livre. Depuis 2023, le centre finance en partie cet effort grâce à des revenus issus d’autres activités, comme la transcription de relevés bancaires, afin de faciliter l’accès à la lecture.
Une opération qui s'appuie sur les bénévoles
Pour rendre possible cette initiative, le CTEB s’appuie à la fois sur ces financements et sur l’implication de bénévoles. Toute l’équipe est mobilisée, et certaines personnes ont même été formées à la traduction braille. La structure rappelle que la relecture et l'adaptation nécessitent deux à trois semaines de travail : « Sans les bénévoles, on n’y arriverait pas ».
Un marché très contraint
L’édition adaptée reste en effet un secteur restreint, coûteux et peu soutenu par les pouvoirs publics. Produire un livre en braille coûte environ 700 euros, en raison notamment de la transcription, des machines embosseuses, de l’énergie et du papier, plus épais et plus volumineux. À titre d’exemple, un tome de Harry Potter représente jusqu’à huit volumes A4 en braille.
« On ne cesse d'interpeller les parlementaires »
Au-delà de l’expérimentation, l’opération vise aussi à « ouvrir le débat » et récolter des chiffres. Denis Guérin rappelle que la lecture pour tous est une « grande cause nationale » et que cette initiative pourrait mettre en lumière un déséquilibre : une demande forte, mais insuffisamment satisfaite. Récemment deux députés de Haute-Garonne se sont emparés du dossier en commission parlementaire : Arnaud Simion et Hadrien Clouet.
Bernard Minier, parrain de l’association, avait même alerté l’ancienne ministre de la Culture, Rachida Dati. L’association déplore toutefois une situation qui reste, selon elle, sans évolution.
Le CTEB mène depuis longtemps un travail de sensibilisation auprès des pouvoirs publics. Aujourd’hui, l’État subventionne la structure à hauteur de 20 000 euros, alors que ses besoins sont estimés à 400 000 euros. « L’édition adaptée repose encore largement sur le secteur associatif », souligne Denis Guérin.
Partant de ce constat, l’association propose également une solution : instaurer une taxe solidaire de 8 centimes d'euro sur les livres en édition classique. Ce dispositif permettrait de financer les structures d’édition braille et de favoriser un accès élargi à la lecture pour tous. Elle espère que cette opération exceptionnelle pourra porter la lumière sur la situation.
