Festival du livre de Paris 2024

Jean-Baptiste Passé : « L’édition québécoise et l’édition française ont beaucoup de choses à se dire »

Jean-Baptiste Passé, directeur du festival du livre de Paris. - Photo Olivier Dion

Jean-Baptiste Passé : « L’édition québécoise et l’édition française ont beaucoup de choses à se dire »

Depuis le Salon du livre de Montréal, Jean-Baptiste Passé, directeur général du Festival du livre de Paris nous parle de l’invitation du Québec au Festival 2024 qui se déroulera au Grand Palais Éphémère, en avril prochain.

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Par Jacques Braunstein, à Montréal
Créé le 23.11.2023 à 19h55

Comment se décide le choix du pays invité au Festival du livre de Paris ?

Je suis en charge du Festival du livre de Paris que depuis deux ans et dans le cas de l’Inde et de l’Italie, il y avait des volontés gouvernementales, ou plus éditoriales, exprimées par ces deux partenaires et nous voulions changer de continent après l’Asie et l’Europe. Pour ce qui est du Québec, il nous semblait également intéressant de mettre en avant la francophonie. Nous avons initié une conversation, puisque le Québec était déjà présent au festival en 2022 et 2023. Les membres de l’Association des éditeurs de livres du Québec (Anel) ont plébiscité le dispositif que l’on a imaginé.

Et en avril 2023, la rencontre de Michèle Boisvert, la déléguée générale du Québec à Paris, et son enthousiasme, ont été déterminants. Cela faisait 25 ans que le Québec n’avait pas été l’invité d’honneur à Paris (1999). Ce sont les trente ans de la loi Toubon sur la défense de la langue française et la Cité internationale de la langue française vient d’ouvrir à Villers-Cotterêts. Et, dernier point, qui a achevé de nous convaincre : Hélène Dorion, écrivaine québécoise (vivante) est au programme du bac de français pour trois ans.

 

L’invité d’honneur n’est pas un pays, mais un territoire qui a la particularité d’avoir la même langue que la nôtre…

On ne dira pas « pays invité d’honneur », mais « invité d’honneur » tout court. Et c’est plutôt stimulant que nous partagions une même langue. On invite donc surtout les auteurs et les éditeurs. L'Anel et Québec édition, sa branche export, sont les maîtres d’ouvrage de ce partenariat. L’opération est financée par le gouvernement québécois via les ministères de la Culture et de la communication, le ministère des Relations internationales, et celui de la Langue française crée il y a moins de deux ans. Il y a, côté québécois, un enjeu identitaire de promotion, et de défense de la création éditoriale contemporaine.

 

Quel est le poids de l’édition québécoise par rapport à celui de l’édition française ? Et est-ce un partenaire, un concurrent ou quelque chose entre les deux ?

Nous n’avons pas encore tous les éléments statistiques et c’est un des objectifs du travail des six mois avenir que de mieux se connaitre, de se comparer, de mettre tout cela en perspective. Le contexte éditorial ici est différent du nôtre, c’est une industrie très largement soutenue par les pouvoirs publics dans cette logique identitaire volontariste. Ce qu’on sait, c'est que certains éditeurs québécois choisissent la cession de droit et d’autres de s’implanter et d’exporter leurs ouvrages de l’autre côté de l’Atlantique. Une maison comme Héliotrope, qui édite Kevin Lambert (Prix Médicis et décembre 2023 avec Que notre joie demeure, ndlr) vendait ses droits pour la France au Nouvel Attila. Mais en 2024, la maison a décidé de s’implanter sur notre marché.  On est donc dans une forme d’hybridation qui implique des maisons aux degrés de maturité très différents. Pour prendre l’exemple d’une maison de bande dessinée, La Pastèque est, elle, implanté depuis très longtemps sur le marché français. Alors que le nouveau Gaston Lagaffe, est signé Delaf, un auteur québécois, mais publié par Dupuis, maison franco-belge. Il existe de très fortes porosités entre nos marchés et nos cultures.

 

Pour la France, la francophonie est vécue comme un instrument de soft power, alors que les québécois l’envisagent plus comme un espace partagé, comment rapprocher ces points de vue ?

Les Français ont forcément une acception plus jacobine de la francophonie, alors qu’ici sur un territoire d’expression française encerclé par l’Anglais, la logique est beaucoup plus volontariste. Ils se sentent beaucoup plus exposé, d’autant que le nombre de locuteurs baisse. Ce sont des représentations que nous allons interroger pour préparer ce festival. Et nous allons également creuser la recherche de reconnaissance des littératures autochtones, avec des auteurs comme Michel Jean publié au Seuil, qui a une grosse surface médiatique au Québec. Cela représente une vraie richesse et une vraie vitalité.

Nous ferons d’ailleurs un événement hors les murs à Villers-Cotterêts avec Hélène Dorion. C’est un des seuls éléments de la programmation que je peux révéler. Nous allons travailler avec la philologue Barbara Cassin sur cette langue qui nous unit. Après Marie-Claire Blais et Dany Laferrière, Kevin Lambert est le troisième écrivain québécois à recevoir le Médicis. Marie-Claire Blais est citée en exergue de Que notre joie demeure. Dany Laferrière, est un écrivain québécois né haïtien, et aujourd’hui Académicien Français. Kevin Lambert, encore lui, parle d’un architecte haïtien dans Que notre joie demeure. Alors qu’Éric Chacour dans Ce que je sais de toi également paru à la rentrée s’attache à des émigrés égyptiens… Le Québec est une terre d’émigration et sa littérature est traversée par ces énergies-là, celle de l’inclusion et les thématiques progressistes que porte la province.

 

Et sur le plan plus professionnel ?

Nous allons également travailler sur un volet interprofessionnel à destination des libraires, notamment franciliens, pour approfondir notre proposition de service à notre invité. On va d’ailleurs complétement fusionner la programmation québécoise et la programmation française. Nous sommes dans une logique globale, en jeunesse, en littérature, en poésie, on va faire intervenir des auteurs québécois sur les scènes françaises et des auteurs français sur les scènes québécoises. Une ouverture et une mixité que permettent une langue commune.

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