Roman historique

Jean Teulé, "Azincourt par temps de pluie" (Mialet-Barrault) : À poil et à plumes

Jean Teulé - Photo Philippe Matsas

Jean Teulé, "Azincourt par temps de pluie" (Mialet-Barrault) : À poil et à plumes

Dans un récit nerveux, Jean Teulé relate la boucherie d'Azincourt et l'anéantissement de la chevalerie française. Tirage à 100000 exemplaires.

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Par Jean-Claude Perrier,
Créé le 11.02.2022 à 13h00 ,
Mis à jour le 24.03.2022 à 17h34

Depuis Alexandre le Grand et Jules César, tous les stratèges le savent : le choix d'un locus idoneus (un terrain favorable) et les conditions matérielles (pluie ou soleil, par exemple) peuvent décider du sort d'une bataille. Napoléon et d'autres, plus tard, sauront s'en souvenir. Pas les grands seigneurs français qui, en 1415, à Azincourt, servaient d'officiers au roi Charles VI, dit Le Fol en raison de son état de démence avancé. Pourtant, moins d'un siècle auparavant et pas très loin de là, en 1346 à Crécy-en-Ponthieu, la cavalerie française de Philippe VI avait déjà été décimée par les soldats du roi d'Angleterre Édouard III, par ses redoutables archers gallois, surtout. Voilà une guerre de Cent Ans qui commençait mal pour la France, ce dont les gouvernants ne surent pas tirer les leçons. À Azincourt, donc, le 24 octobre 1415, le roi Henry V d'Angleterre se présente avec une armée de 6 000 gueux faméliques, répugnants, malades de dysenterie et légèrement armés, face à 30 000 Français, la plupart empanachés, rutilants dans leurs pesantes et ruineuses armures, fanfaronnant, pour qui la bataille qui s'annonce ne devrait être qu'une formalité. L'Anglais, qui veut juste rentrer chez lui se refaire une santé, propose en échange de céder ses villes d'Harfleur et même de Calais. Le connétable d'Albret refuse avec mépris. Et le 25, vers 10 heures, la bataille s'engage.

Le désastre commence aussitôt. Les Français, qui ont bamboché toute la nuit, ont placé leur cavalerie lourde tout devant, renvoyant à l'arrière canons, arbalétriers et fantassins, jugés inutiles. Il leur faut briller, se couvrir de gloire, à tous ces seigneurs emplumés, arrogants, mais piètres combattants. Certains, tout jeunes, viennent juste d'être armés chevaliers. Or, il pleut, les positions françaises sont en contrebas, le champ de bataille est coincé entre deux bois qui empêchent de manœuvrer, et la cavalerie fait face au soleil. Elle ne parviendra même pas à décoller de la boue où elle s'est engluée, sera massacrée par les archers ennemis, qui se sont mis à poil pour être plus agiles, et achèveront leurs victimes à la hache. Du moins ceux qui ne seront pas faits prisonniers moyennant rançon. Ce fut bref, féroce, et contraire à toutes les lois de la guerre « noble ». Mais l'Anglais n'en avait cure, seule la victoire comptait. En cela, il a inventé la guerre moderne.

Jean Teulé, revenant à ses amours historiques, s'est emparé de ce triste épisode, vu du côté français, à travers deux personnages principaux : le prince poète Charles d'Orléans, neveu de Charles VI, sauf mais fait prisonnier et qui demeurera captif durant vingt-cinq ans en Angleterre ; et Fleur de Lys, une jeune fille à soldats qui tente de prévenir et d'éviter le désastre. En vain. Ce qui surprend, ici, par rapport à ses derniers romans, notamment Crénom, Baudelaire !, où rien de sordide ne nous était épargné, c'est sa relative sobriété, son côté factuel, presque soft. À peine quelques gros mots, peu d'anachronismes (on est juste fâché avec l'héraldique), et un récit nerveux, qui se lit comme s'est déroulée la bataille, aux conséquences désastreuses pour la France. Il faudra attendre Jeanne d'Arc pour s'en remettre. Peut-être Jean Teulé s'intéressera-t-il un jour à la Pucelle.

Jean Teulé
Azincourt par temps de pluie
Mialet Barrault
Tirage: 100 000 ex.
Prix: 19 € ; 208 p.
ISBN: 9782080243447

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