Autobiographie

John Waters, « M. Je-sais-tout » (Actes Sud) : M. J'ose-tout

John Waters - Photo © GREG GORMAN

John Waters, « M. Je-sais-tout » (Actes Sud) : M. J'ose-tout

Le cinéaste culte John Waters, longtemps underground, se livre enfin dans des Mémoires hilarants et insolents, bien sûr. Tirage à 6000 exemplaires.

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Par Olivier Mony,
Créé le 05.03.2021 à 10h30,
Mis à jour le 08.03.2021 à 19h17

Comment ne pas avoir envie de poursuivre sa lecture après les quelques lignes qui ouvrent M. Je-sais-tout, le livre de mémoires du cinéaste culte et trash John Waters : « Bizarrement, je suis devenu quelqu'un de respectable. Je me demande bien comment. Le dernier film que j'ai réalisé s'est fait descendre par la critique et a été interdit aux moins de 17 ans. Six de mes contacts personnels ont été condamnés à la réclusion à perpétuité. Et puis j'ai produit une œuvre d'art intitulée Douze trous de balle et un pied sale, composée de gros plans de films porno, et un musée l'a acquise pour sa collection permanente sans que personne se fâche. Qu'est-ce qui a bien pu se passer, bordel ? »

Tout le livre sera donc la réponse à cette question. John Waters donc, sa vie, son œuvre, icône absolue du cinéma underground, gay, punk, volontairement outrageant, d'abord expérimental puis adopté par les studios sans perdre jamais de son insolence ontologique, et en même temps provincial puisque ses films comme son existence prennent toujours pour cadre sa ville natale de Baltimore. En réalité, M. Je-sais-tout s'attache à la période où Waters sort de son seul statut de cinéaste culte, né avec des films comme Pink Flamingos ou Female Trouble, pour gagner avec Polyester (premier film en odorama) un public plus large. C'est aussi le moment où il perd son égérie et ami(e) d'enfance, le travesti Divine. Bientôt les studios s'intéressent à lui tout au long d'une série d'œuvres demeurées indépassables, au moins en matière de mauvais goût merveilleusement assumé. Il y aura Cry-Baby, premier rôle sur grand écran de Johnny Depp, Serial Mother, avec une Kathleen Turner en mère tueuse, ou l'indispensable comédie musicale Hairspray, adaptée de nombreuses fois pour la scène et devenue ironiquement un classique de la culture populaire américaine... Depuis près de vingt ans maintenant, Waters ne tourne plus, mais il entretient sa notoriété notamment par d'incessantes tournées de stand up jusque dans les contrées les plus reculées du pays où les rednecks font un triomphe à cet incessant promoteur de toutes les séditions, de toutes les minorités...

Se présentant comme un manuel de conseils à un apprenti cinéaste pour accéder à la gloire et au succès, M. Je-sais-tout ne se départ jamais d'un humour coruscant dont l'auteur lui-même est la première victime. Et ce qui domine en fin de compte, c'est l'immense tendresse que voue John Waters à sa bande d'acteurs et au-delà à tout son public.

John Waters
M. Je-sais-tout. Conseils impurs d'un vieux dégueulasse Traduit de l'anglais (États-Unis) par Laure Manceau
Actes Sud
Tirage: 6 000 ex.
Prix: 23 € ; 368 p.
ISBN: 9782330148805

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