Etats-Unis

"Amazon.com, le géant du commerce en ligne, a trop de pouvoir et utilise ce pouvoir d’une manière qui heurte l’Amérique", estime le prix Nobel d'économie 2008, Paul Krugman, notamment spécialiste de l’analyse des politiques commerciales, dans une tribune publiée dimanche 19 octobre par le New York Times et dans laquelle il  revient sur le conflit entre Amazon et Hachette.
 
Pour l’économiste américain le débat doit se résumer à une question, savoir "si oui ou non Amazon a trop de pouvoir, et s’il en abuse", ce à quoi il répond par l’affirmatif. "Jusqu’ici, Amazon n’a pas essayé d’exploiter les consommateurs. Il a systématiquement gardé les prix bas (…), admet Paul Krugman. Ce qu’il a fait, au contraire, c’est utiliser son pouvoir sur le marché pour exercer des pressions sur les éditeurs, en faisant baisser le prix des livres qu’il paie."
 
Le prix Nobel renverse le débat en expliquant qu’Amazon n’agit pas comme une entreprise monopolistique, où elle serait un vendeur dominant avec "le pouvoir d’augmenter les prix". Au contraire, elle agit comme un acheteur dominant, "qui le pouvoir de pousser les prix à la baisse". C’est cette caractéristique qui lui donne un pouvoir immense, selon l’économiste, et notamment celui de "tuer le buzz" quand un livre ne l’intéresse pas, alors que les ventes des livres dépendent fortement des médias et du bouche-à-oreille.
 
Paul Krugman s’interroge aussi sur la "curieuse sélectivité" dont le géant du web fait preuve dans l'application de ses sanctions contre Hachette, estimant que l’entreprise fait des choix politiques. Citant un blog du Times, il évoque le cas de deux livres d’Hachette : The way forward, de Paul Ryan, colistier de Mitt Romney, ancien candidat républicain à l’élection présidentielle américaine en 2012, et Sons of Wichita, de Daniel Schulman, un portrait des Frères Koch, milliardaires proches de la droite extrême américaine. Le premier bénéficie de la livraison gratuite en 2 jours alors que l’autre n’est livré que sous 2 ou 3 semaines.

Commentaires (3)

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g

Guilhem

il y a 5 ans à 18 h 12

Bonjour, Il s'agit tout simplement du pouvoir d'un monopsone. Qu'en pense Jean Tirole, notre dernier Prix Nobel d'économie ?


r

robert

il y a 5 ans à 23 h 41

Ben dites donc! Si c'est le maximum que peut faire un prix Nobel en terme de reflexion, ce n'est vraiment pas grand chose! Il faudrait aussi lui signaler qu'Hachette est un distributeur. Du coup pourquoi passer par Amazon pour acheter un bouquin edite par Hachette justement?


l

le libraire masqué

il y a 5 ans à 10 h 21

La "montée des périls" contre Amazon s'intensifie, mais ici il n'est question que du marché Américain, là où Amazon est déjà monopolistique et dominant mais moins "mis à l'index" par sa politique de prix "très bas" et position soi disant pro consommateurs. Certes ils y font aussi de l'optimisation fiscale en jouant sur les états (le Delaware par exemple) mais où la politique de chasse aux détournements d'impôts de l'état fédéral, beaucoup plus intransigeante que celle des Européens, ne laisse pas trop de place aux optimisations forcenées auxquelles nous sommes assujettis ici! Nous attendons tous ici des prises de position de grands auteurs européens ou Français, avec le même courage, entre autres nos deux Nobel! Le feront-ils? Il y a ici autrement matière à s'indigner avant qu'il ne soit trop tard, et que la domination de Bezos ne soit totale, surtout quant on voit que son "ami" Attali se permet de le défendre, par ses remarques déplacées contre le monde du livre il y a peu. Messieurs les auteurs, INDIGNEZ-VOUS!


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