Marseillaise installée en Allemagne, Niki Théron a construit en 22 ans à la Foire du livre de Francfort l'un des principaux points de passage entre édition et audiovisuel mondial, sans délaisser ses relations avec les éditeurs français auxquels elle continue de prodiguer ses talents reconnus de « matchmaker ». Portrait d'une professionnelle qui a fait du réseau son métier.
Le 28 août 2004, Niki Théron débarque à Francfort pour un contrat de dix mois chez « IPro », la cellule des relations internationales de la foire. Vingt-deux ans plus tard, elle est toujours là. Entre-temps, cette Marseillaise passée par une hypokhâgne, des études d'allemand à Aix et Strasbourg, le Théâtre national de Strasbourg, Arte et la traduction, a participé à son premier salon à Paris en 2006, avant d'étendre son terrain à la Grèce, dont sa famille est originaire, puis à l'Europe centrale et orientale. Un « focus » consolidé depuis dix ans, entre l'Ukraine et, depuis peu, la Tchéquie, invitée d’honneur cette année sur les bords du Main et la Roumanie, qui le sera en 2028.
Vingt ans de coopération avec la Berlinale
En 2021, elle effectue un grand virage. Le directeur de la foire, Juergen Boos, lui confie le volet Film, alors qu'elle affiche « un réseau zéro » dans le cinéma. Cinq ans plus tard, Niki Théron a fait de Francfort avec son équipe une plateforme reconnue du « book-to-screen » : partenariats noués avec les trois principaux réseaux de producteurs européens (ACE Producers, EAVE-European Audiovisual Entrepreneurs, European Producers Club), lancement cette année d'un nouveau format avec le festival international du film de Karlovy Vary, KVIFF — plus de 70 candidatures venues de 15 pays dès la première édition —, et 20 ans de coopération avec le Co-Production Market de la Berlinale, dont Books at Berlinale reste la vitrine en février. « On est actuellement en négociation pour l'année prochaine », glisse-t-elle, Berlinale Pro souhaitant muscler son volet IP dès 2027.
Si vendre des droits de traduction devient plus difficile, observe-t-elle, avec une front list toujours plus dominante et une backlist qui souffre côté édition, côté production, cette dernière reste « pleine de trésors » : options moins coûteuses, potentiel d'adaptation intact.
Autre signal qu'elle juge réjouissant : la montée en puissance, portée par les communautés de fans en ligne, de genres longtemps relégués — romance, horreur — qui irriguent à la fois les ventes de livres, les salles et les festivals, quitte à inquiéter quand la tendance verse dans le gore.
Un vendredi à la Foire de Francfort
Cette année, le vendredi 9 octobre sera en partie dédié pendant la Foire aux rencontres avec les producteurs, de plus en plus nombreux à venir chaque année sur les bords du Main rencontrer les éditeurs et agents internationaux dans le cadre du « Book-to-Screen Day ».
Un des programmes qu’elle a menés et auquel elle tient le plus est ce fellowship pour éditeurs ukrainiens et d'Europe centrale nommé VOLIA, financé par le ministère allemand des Affaires étrangères, qui fête ses cinq ans avec un marché de droits inédit réservé à ses 75 anciens participants, cette année à Francfort.
Pour résumer cette membre de l’Académie européenne du cinéma, Niki, c’est « connecting people », assure-t-elle en souriant sur son rôle actuel, plus relationnel qu'opérationnel, mais qui est au cœur du développement de la Foire du Livre de Francfort.
