Ils sont six à figurer au classement mondial, dont cinq en progression. Dans un palmarès international plutôt orienté à la baisse, avec près des deux tiers des éditeurs qui voient leur chiffre d'affaires reculer, les grands éditeurs tricolores font bonne figure. Tel est le premier enseignement du dernier classement Global 50 Publishing Ranking établi à partir des données financières 2025 par le cabinet Ruediger Wischenbart Content and Consulting en collaboration avec Digital Publishing Report et parrainé par Bookwire et Rakuten Kobo.
La couverture du livre de Gisèle Pélicot en version anglaise publié chez Penguin Random House. Foire de Francfort 2025.- Photo OLIVIER DIONPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Hachette Livre (6e) franchit pour la première fois la barre des 3 milliards d'euros, et signe, avec +4,5 %, la plus forte progression du top 10 mondial. Editis (24e, +1 place) croît de 10 % et Madrigall (30e, +2 places) de 8,5 %. Derrière, Lefebvre-Sarrut (33e) prend une place et Huyghens de Participations, la holding d'Albin Michel, revient dans le classement au 45e rang. Seul Média-Participations (32e, -4 places) décroche avec un chiffre d'affaires éditorial en recul de 11,5 %.
Une résistance qui tranche avec le tableau d'ensemble, nettement plus timoré. Sur les 36 groupes mondiaux dont l'évolution est mesurable d'un exercice à l'autre, 23 voient leur chiffre d'affaires reculer. Onze d'entre eux perdent plus de 10 % en un an, quand aucun ne progresse de plus de 11 %.
À noter que les chutes les plus spectaculaires sont d'abord chinoises et japonaises : China Publishing Group (35e) perd 35 %, Kadokawa (26e) 17 %, Phoenix (14e) 15 %, Kodansha (23e) 10 %. Les neuf groupes asiatiques du classement reculent tous par rapport à 2024, même si une part de ces baisses relève de la dépréciation du yen et du yuan face à l'euro. Cela n'empêche pas certains grands groupes américains de souffrir également : Wiley (13e), par exemple, voit ses revenus décroître de 21 % et est le seul à sortir du top 10.
Chaises musicales au sommet
Dans ce top 10 des plus grands éditeurs de la planète, l'ordre est bouleversé. Si depuis plus de dix ans les leaders restent à peu de chose près identiques (les six premiers groupes du classement sont les mêmes depuis 2015), cette année voit leur ordre complètement chamboulé. À commencer par le podium. L'allemand Bertelsmann s'empare de la première place pour la première fois de son histoire.
Classement des éditeurs mondiaux du rang 1 au rang 17- Photo RÜDIGER WISCHENBART CONTENT AND CONSULTINGPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Si son chiffre d'affaires reste relativement stable, à 5,9 milliards d'euros (+1,5 %), le groupe propriétaire du premier éditeur grand public mondial, Penguin Random House, profite surtout de la baisse des revenus des deux précédents leaders. À savoir RELX (2e), qui voit son chiffre d'affaires chuter de 5,6 % à 5,6 milliards d'euros et, dans un mouchoir de poche de 6 millions d'euros, l'ancien numéro un mondial Thomson Reuters qui voit son chiffre d'affaires éditorial se replier de 9 %.
Autres évolutions marquantes à retenir du haut du classement : le groupe britannique Pearson, numéro un mondial en 2018, est aujourd'hui cinquième, derrière le hollandais Wolters Kluwer. Si Hachette conserve sa 6e place, derrière, le jeu de chaises musicales se poursuit, avec deux entrants à noter : Hitotsubashi (8e), maison mère japonaise des spécialistes du manga Shueisha et Shogakukan, et Springer Nature (7e), autre groupe allemand spécialisé dans l'édition scientifique, universitaire et technologique.
Classement des éditeurs mondiaux du rang 18 au rang 31- Photo RÜDIGER WISCHENBART CONTENT AND CONSULTINGPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Le professionnel domine mais...
Comme les années précédentes, ces groupes d'édition STM (scientifique, technique et médicale) et professionnelle représentent sans surprise la moitié des revenus du Top 10, soit 17,4 milliards d'euros sur 35,9. Quatre des dix premiers éditeurs mondiaux - RELX, Thomson Reuters, Wolters Kluwer et Springer Nature - ne publient pas un seul ouvrage grand public.
Si, comme nous l'écrivions il y a un an, ces opérateurs ont saisi la balle de l'intelligence artificielle au bond et ont investi massivement en ce sens, leur principale difficulté aujourd'hui tient dans la concurrence des plateformes d'IA généralistes. À l'instar de l'outil gratuit OpenEvidence, qui concurrence désormais frontalement UpToDate, produit phare d'aide à la décision médicale de Wolters Kluwer. Autre exemple frappant : le 3 février 2026, Anthropic lançait un module juridique pour son assistant conversationnel Claude. Dans la même journée, l'action Thomson Reuters a perdu 16 %, celle de RELX 14 %, Wolters Kluwer 13 %.
Classement des éditeurs mondiaux du rang 32 au rang 48- Photo RÜDIGER WISCHENBART CONTENT AND CONSULTINGPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Vue d'ensemble
Le Global 50 Publishing Ranking 2025 recense 48 groupes d'édition réalisant chacun plus de 150 millions d'euros de revenus issus de l'édition et de la distribution. Ensemble, ils cumulent sur leurs exercices 2025 64,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires. La concentration reste massive : les dix premiers groupes mondiaux captent 56 % des revenus (55 % l'an dernier). Les rangs 11 à 20 pèsent 20 % du total, les 28 suivants 24 %. Cette année, le seuil d'entrée dans le classement a été abaissé de 500 à 150 millions d'euros de chiffre d'affaires, faisant passer le nombre de sociétés classées de 35 à 48. Sur les 36 groupes présents en 2024 et en 2025, les chiffres d'affaires cumulés reculent de 4,4 %, de 66,5 à 63,6 milliards d'euros. Une partie de ces baisses s'explique par la dépréciation du yen, du yuan et du dollar face à l'euro, les données étant converties aux taux de change de fin 2025. À noter enfin que, sur une longue période, le cumul du top 10 est passé de 29,1 milliards d'euros en 2014 à 35,9 en 2025, soit environ 2 % de croissance annuelle moyenne.
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Et, sur un an (à mi-septembre 2026), ces mêmes actions ont respectivement perdu 44 %, 27 % et 38 % de leur valeur. La question qui inquiète les marchés est simple : si une intelligence artificielle généraliste sait faire de la recherche juridique ou médicale, que vaut encore une base de données propriétaire vendue par abonnement ?
À noter enfin un paradoxe concernant ce secteur : les chiffres d'affaires globaux (incluant les activités hors édition) de ces groupes sont en croissance (+9,5 % par exemple pour Thomson Reuters avec des marges en hausse de 30 %), à l'inverse de leurs résultats sur les périmètres relevant purement de l'édition qui nous intéressent ici. En somme : l'édition recule, le reste progresse.
L'éducatif en pleine révolution
Si l'édition grand public semble relativement bien résister, représentant une part stable de 32 % des revenus totaux du top mondial, le secteur éducatif, qui en représente lui moins de 20 %, est de son côté plus mal orienté. Pearson (5e) perd 4,3 %, Cengage (16e) 9,4 % et le chinois China South Publishing (20e) 11,4 %. Même les pionniers coréens de l'EdTech Kyowon (36e) et Woogjin ThinkBig (37e) voient leurs chiffres d'affaires éditoriaux reculer respectivement de 14,7 et de 17 %. Certains groupes limitent cependant la casse, à l'instar de l'allemand Klett (17e) ou du finlandais Sanoma (28e) grâce à des réorientations de leurs activités hors de l'édition classique de manuels scolaires.
Car, là encore, ce qui recule chez ces géants de l'éducation est bien leur part liée à l'édition traditionnelle. Ce qui progresse n'en fait plus rigoureusement partie. Exemple : si les activités éditoriales du groupe britannique Pearson reculent de 4 %, sa croissance totale s'établit à +4 %. Ses activités de formation et d'enseignement virtuel ont bondi de 19 % au premier semestre 2026, et le groupe exploitera 46 écoles dans 32 États américains à la rentrée. L'abonnement numérique facturé à l'établissement, plutôt que le manuel vendu à l'étudiant, représente désormais la moitié de ses activités aux États-Unis.
Un phénomène qui pose, chaque année un peu plus, la question des nouvelles frontières des grands groupes éditoriaux mondiaux. Car quand un éditeur historique gère désormais aussi des parcs d'attraction, produit films et séries, fabrique ses produits dérivés, développe ses propres intelligences artificielles ou encore achète des écoles, est-il encore vraiment éditeur ?
Signe des temps, l'invité du Global 50 CEO Talk, qui se tiendra le 7 octobre à midi sur la scène Dialogue de la Foire de Francfort, sera Tobias Wann, P-DG de Tonies... un fabricant d'enceintes audio pour enfants dont le chiffre d'affaires explose. Que les observateurs de l'édition mondiale l'aient choisi, à la place des plus traditionnels CEO des maisons d'édition grand public, en dit beaucoup sur la transformation du marché mondial.
Les groupes leaders de l'édition mondiale
Bertelsmann (N° 1). Un chiffre d'affaires en hausse de 1,5 % à 5,9 milliards d'euros qui suffit au groupe allemand propriétaire de Penguin Random House (PRH) pour devenir le premier groupe de l'édition mondiale. Ceci d'abord grâce aux performances de ses branches professionnelles et de Bertelsmann Education Group, lancée en 2015 et en net progrès en 2025. Mais aussi par les bons résultats de PRH, plus grande maison d'édition grand public au monde, qui voit ses revenus frôler les 5 milliards d'euros, à +1,3 % l'an passé et +48 % depuis 2019. La maison d'édition américaine revendique 320 labels différents sur six continents, 15 000 nouveautés et 600 millions d'exemplaires écoulés par an. Sur 2026, plusieurs titres locomotives ont déjà dépassé le million et demi de ventes sur plusieurs marchés, comme For the Fans ! (KPop Demon Hunters) d'Angela Song ou The Correspondent de Virginia Evans. À noter que le chiffre d'affaires total du groupe Bertelsmann, qui au-delà de ses activités éditoriales est positionné sur l'audiovisuel, la musique, et les services aux entreprises, devrait dépasser cette année les 20 milliards d'euros, notamment grâce à l'acquisition de la chaîne Sky Deutschland.
RELX (N° 2) et Thomson Reuters (N° 3). Six millions d'euros : c'est tout ce qui sépare désormais RELX, deuxième avec 5, 635 milliards d'euros (−5,6 %), de Thomson Reuters, qui recule à la troisième place avec 5,629 milliards (−9 %) après un an seulement en tête du classement. Sur leurs périmètres complets, les deux groupes continuent pourtant d'accélérer. RELX a publié un premier semestre 2026 à 4,87 milliards de livres sterling, en hausse de 7 % en croissance sous-jacente, avec une division scientifique, technique et médicale à +6 % - sa meilleure performance jamais enregistrée - et une division juridique à +10 %, après +9 % sur l'ensemble de 2025. Thomson Reuters vise de son côté 7 à 7,5 % de croissance organique en 2026, et dispose d'une enveloppe de 8 milliards de dollars pour racheter des entreprises spécialisées dans l'intelligence artificielle, après les acquisitions de SafeSend, Pagero et World Business Media. Sur leurs activités plus purement éditoriales, les deux misent sur l'intégration de l'IA à leurs bases de données propriétaires : l'assistant CoCounsel chez Thomson Reuters, Lexis+ AI chez RELX. En France, LexisNexis, filiale du groupe britannique et septième éditeur national dans le dernier classement Livres Hebdo, progresse de près de 5 % et avait déployé son propre outil génératif dès la fin 2023. À noter finalement que RELX réalise aujourd'hui plus de 90 % de son activité dans le numérique, et à peine 10 % dans l'imprimé.
Hachette Livre (Lagardère Publishing) (N° 6). Le groupe français reste solidement accroché à sa sixième place mondiale (et deuxième de l'édition grand public) et franchit pour la première fois la barre des 3 milliards d'euros (+4,5 %, la plus forte progression du top 10 mondial). Sur des marchés du livre globalement en recul, les entités locales du groupe sont parvenues à performer en 2025 : +2 % en France, +3 % au Royaume-Uni, +3 % aux États-Unis, marché où Hachette Book Group est devenu le troisième éditeur, doublant Simon & Schuster. Des performances qui doivent beaucoup à une politique d'acquisitions qui n'a pas faibli avec un effet de périmètre de +100 millions d'euros : intégration de Sterling Publishing (racheté à Barnes & Noble), de 999 Games, des éditions du Routard (après 50 ans de partenariat), de Ducasse Édition et, début 2026, des éditions de bande dessinée Petit à Petit. La diversification hors du livre porte aussi ses fruits : les jeux de société progressent de 10 %, portés par le lancement de Flip 7, et les fascicules de 8 %. À l'occasion de son bicentenaire, le groupe a confirmé vouloir poursuivre les acquisitions, principalement à l'étranger - sa dette ayant été ramenée de 2,2 à 1,6 milliard d'euros. Ceci malgré les remous internes en France, dans le sillage de la reprise du groupe par Vivendi en 2024.
HarperCollins (n° 9). Très présent sur le segment grand public mondial, l'éditeur anglo-américain est, malgré un recul d'une place dans le classement, l'un des leaders qui « se développe le plus vigoureusement à l'international depuis sa base américaine », d'après le cabinet Wischenbart. En 2025, a ainsi été annoncée la reprise des activités d'édition manga de Crunchyroll en France et en Allemagne. Un rachat qui lui permettra notamment de lancer sur le marché américain le label Kazé US, ressuscitant la marque française pionnière du manga. « Chez HarperCollins International, nous sommes jeunes -seulement dix ans d'existence - mais présents partout, du Japon au Brésil », résumait Chantal Restivo-Alessi, sa CEO, l'an passé à Francfort. Le tout avec des méthodes parfois radicales : fin 2025, la filiale Harlequin a annoncé cesser de collaborer avec ses traducteurs et traductrices, privilégiant désormais la traduction automatique par IA.
Phoenix Publishing and Media Company (n° 14). Une chute de trois places et de 15 % de chiffre d'affaires pour le premier groupe chinois de l'édition. Handicapés par le recul du yuan face à l'euro, quatre groupes chinois présents dans le classement sur cinq reculent lourdement, le cinquième étant un nouvel entrant. Dans la presse, le vice-président de Phoenix, Xu Hai, évoque aussi le ralentissement de la consommation et le changement des pratiques de lecture et d'achats.
Editis SAS (n° 24). Le numéro deux français, pour sa deuxième année de hausse consécutive sous le contrôle d'International Media Invest de Daniel Křetínský, gagne une place au classement mondial, principalement par effet de périmètre après l'acquisition du groupe Delcourt qui muscle la présence du groupe sur la bande dessinée. Ceci dans un climat de remaniement opérationnel : Denis Olivennes et Dalila Zein à la tête d'une gouvernance réorganisée, cessions des Arènes, de l'Iconoclaste ou des éditions Télémaque, déménagement, projet de création d'une nouvelle maison d'édition par Olivier Nora après son départ de chez Grasset (Hachette)...
Groupe Madrigall (n° 30). Une autre belle progression française : Madrigall gagne deux places avec une croissance de son chiffre d'affaires de 8,5 % en 2025. Plusieurs moteurs sont identifiés en 2025 : Freida McFadden chez J'ai lu, le Goncourt de Laurent Mauvignier chez Minuit, ou encore Emmanuel Carrère chez P.O.L. À noter aussi les acquisitions récentes de Christian Bourgois Éditeur et des Éditions Globe, et un accord de diffusion/distribution avec Les Nouveaux Éditeurs d'Arnaud Nourry.
Les autres Français. Seul groupe français en recul, Média-Participations enregistre une chute nette de quatre places, avec un chiffre d'affaires éditorial en recul de 11,5 % (rattrapé au global par les autres métiers du groupe). En cause principale : la contraction des marchés de la BD et du manga, sur lesquels le groupe est leader : Dargaud et Le Lombard sont en baisse sur cette période. Une place de plus ensuite pour les éditions Lefebvre-Sarrut, qui a, dans un secteur juridique sous pression, opéré des changements de noms et de direction. Enfin, Huyghens de Participations a progressé de 14,7 % en 2025 grâce notamment à l'arrivée dans son giron du groupe Humensis (PUF, Belin).
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