Le coronavirus envoie le dessinateur argentin Juan Giménez dans les étoiles | Livres Hebdo

Par Nicolas Turcev, le 03.04.2020 à 14h57 (mis à jour le 03.04.2020 à 15h36) Bande dessinée

Le coronavirus envoie le dessinateur argentin Juan Giménez dans les étoiles

Juan Giménez - Photo S/D - DIARIO CLARÍN - DOMAINE PUBLIC.

Le mastodonte de la science-fiction, auteur de La caste des Méta-Barons, est décédé à l'âge de 76 ans, le 3 avril, des suites du Covid-19.

Le dessinateur et illustrateur argentin Juan Giménez, géant de la science-fiction, est décédé le 3 avril à l'âge de 76 ans, des suites du Covid-19. Il est principalement connu pour avoir réalisé, en collaboration avec Ajeandro Jodorowsky, la série La caste des Méta-Barons (Les Humanoïdes associés, 1992), une oeuvre majeure de l'anticipation.

Né en 1943 dans la province argentine de Mendoza, Juan Giménez se forme d'abord au dessin industriel, avant que son coup de crayon ne soit repéré par l'illlustrateur Victor Hugo Arias, qui l'engage comme son assistant. A la fin des années 1970, poussé par son amour pour le dessin de Moebius, il suit son collègue scénariste Ricardo Barreiro pour tenter sa chance en Europe. Ensemble, ils publient le thriller spatial L'étoile noire, chez Glénat. La même année, Giménez collabore au film d'animation Métal Hurlant, de Gerald Potterton, pour lequel il réalise le storyboard, le concept-art et la mise en scène de la séquence Harry Canyon.

Méta-Baron

En 1992, il entame son chef d'œuvre, La caste des Méta-Barons, accompagné du scénariste Alejandro Jodorowsky. Dans un futur gouverné par une famille d'empereurs, une lignée d'hommes, les Méta-Barons, sont considérés comme les guerriers les plus puissants. Génération après génération, ce space-opera retrace les conflits sanglants qui ont animé la galaxie. Conclue en 2004 par le huitième volume, Sans-Nom le dernier Méta-Baron, la série a connu une suite en 2015, Méta-Baron, avec un scénario de Jerry Frissen et le dessin de Valentin Sécher.

Le succès de La caste des Méta-Barons assurera à Juan Giménez une reconnaissance internationale, scellée par une exposition au Centre Georges-Pompidou à Paris, en 1997. Moins actif dans les années 2010, il publiera tout de même quelques albums au Lombard, dont l'intime Moi, dragon et La dernière vie. Sa dernière bande dessinée, Segments (Glénat, 2011, scénario de Richard Malka), s'est achevée en 2019 avec la publication d'une version intégrale apportant une conclusion inédite au troisième tome, paru en 2014.

Métal et Pilote

"Juan était un génie qui a marqué plusieurs générations de dessinateurs, écrit le galeriste Daniel Maghen dans un courriel en hommage au dessinateur. C’était un passionné, qui n’aimait rien tant que de dessiner dans son atelier de Sitges. Il était face à la mer, mais le plus souvent les stores étaient tirés pour qu’il puisse créer à l’abri de la lumière. Il était entouré de ses maquettes de chars, d’avions comme un éternel adolescent. Il vous regardait d’un regard espiègle et vous n’étiez jamais à l’abri d’une bonne blague ou d’une phrase qui vous désarçonnait. Sa vie était dédiée au dessin. Il me racontait comment, en Argentine il avait découvert Métal Hurlant et Pilote et à quel point cela avait changé sa vie. Il était honoré des prix qu’il avait reçus et qu’on pouvait apercevoir au-dessus de sa table à dessin. Il me disait encore il y a quelques mois sa fierté de dessiner les dernières couvertures de Star Wars. Il était toujours plein de projets."
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