Deuxième main

Le livre d'occasion au secours de l'environnement ?

Au comptoir des livres d'occasion de la librairie Gibert Joseph, à Paris. - Photo Olivier Dion

Le livre d'occasion au secours de l'environnement ?

À défaut de pouvoir sauver la planète, le secteur de l'occasion représenterait l'économie de marché qui s'adapte aux critiques, notamment écologiques, qu'on lui adresse.

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Par Cécilia Lacour ,
Créé le 13.12.2021 à 08h30 ,
Mis à jour le 14.12.2021 à 09h06

Vêtements, meubles, décoration, électroménager... Dans tous les secteurs ou presque, le marché de l'occasion se développe à une vitesse effrénée, grandement aidé par la multiplication des plateformes en ligne dédiées. Au point de représenter, en France, un marché estimé à 7,4 milliards d'euros en 2020, sans compter les ventes automobiles, selon une étude publiée en février dernier par le cabinet Xerfi. Cette analyse pointe également qu'à eux seuls, les livres représentent 12 % du marché français de l'occasion, derrière les meubles et les articles de décoration (27 % des ventes). Outre son attrait économique évident pour les consommateurs, le marché de la seconde main attire de plus en plus en raison de son supposé impact positif sur l'environnement. Pour autant, l'occasion peut-elle réellement soutenir le virage environnemental du monde du livre et sauver la planète ? La réponse n'est pas si simple.

Le site de vente de livres d'occasion RecycLivre, qui a vendu 1,3 million d'ouvrages et réalisé un chiffre d'affaires de 10 millions d'euros l'an passé, communique largement sur son engagement écologique. Sur son site internet, des compteurs défilent : de sa création en 2008 jusqu'au 17 novembre, RecycLivre aurait permis de sauver plus de 50 000 arbres, d'économiser 1,4 milliard de litres d'eau et d'empêcher le rejet dans l'atmosphère de 2,5 millions kilos de CO2. Son président et fondateur David Lorrain le reconnaît toutefois : « Nous avons un impact moins négatif qu'un livre neuf mais dès que nous vendons et transportons un produit, nous avons tout de même un impact. » Ce qui ne l'empêche pas de multiplier les initiatives : utilisation de camionnettes électriques depuis 2008, recours à des emballages biodégradables depuis mai dernier... L'entreprise est également certifiée B Corp, octroyée à des sociétés répondants à des exigences sociétales et environnementales, de gouvernance et de transparence, et est membre de l'organisation 1 % pour la Planète. « Nous nous engageons à reverser 1 % de notre chiffre d'affaires, soit un peu plus de 100 000 euros, à des associations qui œuvrent en faveur de l'environnement », souligne David Lorrain.

« Nouvelles valeurs de consommation »

« Des entreprises comme RecycLivre ou Better World Books, son équivalent aux États-Unis, sont en cohérence avec les nouvelles valeurs de consommation orientées vers le réemploi des matières durables, observe de son côté Vincent Chabault, maître de conférences en sociologie à l'université de Paris et membre du Centre de recherche sur les liens sociaux (CNRS) et auteur du Livre d'occasion. Sociologie d'un commerce en transition, à paraître en avril prochain aux Presses universitaires de Lyon. Elles jouissent d'une image extrêmement valorisée et font, notamment par leur communication très forte sur les réseaux sociaux, exister le client en citoyen écologique. Elles contribuent au réemploi et aux nouveaux usages du livre, elles redonnent une valeur marchande à des volumes délaissés et parfois destiné aux déchets ».

L'universitaire pointe lui aussi les limites environnementales du marché de la seconde main : il est, selon lui, « difficile de chiffrer » l'impact environnemental de l'occasion. « Une plateforme comme Vinted, qui propose à la vente des vêtements d'occasion, stimule les besoins des consommateurs et le mythe du renouvellement de sa garde-robe. Ce raisonnement peut être adapté aux livres. Le lecteur peut accélérer sa consommation parce que les livres sont moins chers mais les méthodes de recommercialisation ont toujours un coût environnemental, notamment avec la livraison individuelle ou la pollution liée à la consommation énergétique », affirme-t-il.

À défaut de pouvoir sauver la planète, le secteur de l'occasion représenterait « l'économie de marché qui s'adapte aux critiques, notamment écologiques, qu'on lui adresse », à en croire Vincent Chabault. Une adaptation indispensable, dans notre société actuelle, selon David Lorrain. « Il faut tendre vers la réutilisation et le réemploi. J'ai créé RecycLivre sur trois piliers : la solidarité, le développement durable et sur un modèle économique qui ne dépend pas des subventions. Je suis persuadé que, demain, les entreprises ne seront pérennes que si elles intègrent ces paramètres dans la création de la richesse », estime-t-il.

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