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Le poète Frédéric Jacques Temple est mort

Frédéric Jacques Temple - Photo © HAROLD CHAPMAN

Le poète Frédéric Jacques Temple est mort

L'auteur, lauréat du prix Apollinaire, ami de Cendrars, Miller et Durrell, est décédé le 5 août à l'âge de 98 ans.
 

Par Nicolas Turcev,
avec AFP,
Créé le 06.08.2020 à 11h47,
Mis à jour le 13.08.2020 à 09h10

"J'écris quand ça me chante, et ça me chante souvent", confiait à l'AFP Frédéric Jacques Temple, fin 2018, un verre de whisky à la main. Le poète, décédé le 5 août à l'âge de 98 ans, laisse une œuvre nourrie de solides amitiés avec d'autres artistes. Les éditions Bruno Doucey publieront le 20 août son dernier ouvrage, Par le sextant du soleil. En janvier, est également paru chez Gallimard La chasse infinie et autres poèmes (« Poésie »), un recueil de ce poète resté indifférent aux modes et aux avant-gardes.

Défini par sa femme Brigitte Portal comme une "machine à vivre", Temple avait gardé jusque dans le grand âge un regard vif, un physique solide comme un roc, une précision du verbe, une délicatesse, et un humour mordant avant que sa santé ne décline en début d'année 2020.   

En 2013, "FJT", comme le surnomme ses amis, avait reçu le prix Apollinaire pour son œuvre poétique qui, comme ses romans Les eaux mortes (Albin Michel, 1975), Un cimetière indien (Albin Michel, 1981), L'enclos (Actes Sud, 1991), La route de San Romano (Actes Sud, 1996) ou Le chant des limules (Actes Sud, 2003), mêle enfance languedocienne, cassure de la guerre, élan vers l'ailleurs, rencontres émerveillées avec les artistes, les oiseaux, les plantes ou les Amérindiens.  

"Mon écriture de base, c'est la poésie. Le reste, c'est selon les circonstances de la vie. Ecrire pour moi, ce n'est pas une carrière, c'est simplement le résultat de ma vie", avait-il expliqué à l'AFP en octobre 2018.

Les vibrations de la nature

Né le 18 août 1921 à Montpellier, Frédéric Jacques Temple est dès son plus jeune âge attentif aux vibrations de la nature. Aussi bien lors de ses jeux au Jardin des Plantes de Montpellier que dans la propriété familiale au bord de la mer, qui sera selon ses termes "enterrée sous le béton" par les promoteurs de La Grande Motte (Hérault).  

De 7 à 18 ans, Frédéric Jacques Temple est scolarisé au pensionnat de l'Enclos Saint-François, à Montpellier, un établissement "religieux mais très ouvert, dans lequel on enseignait non seulement les humanités, mais aussi la musique et les beaux arts". Les livres d'aventure de Jules Verne, Fenimore Cooper ou Jack London lui "ouvrent la porte du monde".

En 1942, il part pour Alger avec sa famille et découvre l'Afrique avec fascination. Il fréquente alors la librairie d'Edmont Charlot, le premier éditeur d'Albert Camus, qui sera aussi le sien pour son premier recueil de poésie. Mais de 1943 à 1946, survient pour le jeune homme "une fracture" - l'expérience de la guerre comme conducteur de char, et de ces "journées passées à l'ombre de la mort", notamment lors de la campagne d'Italie, lors de la bataille de Monte Cassino, puis en Provence, en Alsace et jusqu'en Autriche.

Romancier, traducteur, journaliste

Cependant, le désir de vivre l'emporte. Temple se lance dans le journalisme, publie des poèmes, des romans, des traductions (Thomas Hardy, Henry Miller, Lawrence Durrell), des essais sur D.H.  Lawrence et Henry Miller. Il noue souvent "au culot" des amitiés avec de grands noms de la littérature, de la peinture, de la musique : Blaise Cendrars, Henry Miller, Lawrence Durrell, Joseph Delteil, Richard Arlington, Mohammed Dib, Jean Giono, Pierre Soulages ou encore Georges Brassens.

En 1954, le poète est nommé à la direction de la radiodiffusion télévision française pour le Languedoc-Roussillon, où il restera jusqu'en 1986. La radio est alors pour lui une manière de "promouvoir la poésie et la littérature".

Ayant élevé cinq enfants et traversé près d'un siècle, Temple se définissait comme un auteur "humaniste" tout en étant "très curieux des civilisations qui sont simplement vitales comme les peuples amazoniens, les pygmées ou les aborigènes". Comme eux, il pensait que "la Terre n'appartient pas à l'homme, mais [que] c'est l'homme qui appartient à la nature".

"Quand ravagée sera la Terre par l'homme sans conscience, animal supérieur se croyant roi de l'univers, Dieu aura-t-il désir, force, courage d'imaginer encore un aussi stupide babouin ?", s'interrogeait-il dans son dernier recueil, Par le sextant du soleil (éd. Bruno Doucey).

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