Bonnes feuilles

Miroir d’un pays qui fonde ses espoirs dans une économie libertarienne, Amazon est devenu en une poignée d’année l’une des entreprises les plus puissantes au monde. Afin d’en comprendre les rouages Alec Macgillis puise dans l’histoire avec une grand « h » et dans celle plus individuelle de ces travailleurs fantômes qui bracelet électronique autour du poignet, enferme dans des boites des milliards de commandes. Le système Amazon, une histoire de notre futur est en librairie le 3 juin chez Le Seuil.
 
  • Amazon, reflet de l’Amérique 
"Cette firme offre le cadre idéal pour comprendre les États-Unis et ce qu’ils sont en train de devenir. […] Il y a, en premier lieu, la flagrante inégalité financière résumée par le contraste entre l’abracadabrante fortune personnelle de son fondateur et les salaires modestes de la grande majorité de ses employés. Il y a aussi la nature du travail effectué par la plupart d’entre eux : rudimentaire et désociabilisant, à la périphérie des villes, souvent avec des horaires et des emplois du temps instables. Il y a encore l’immense influence que l’entreprise a accumulée au fil des années sur les élus du pays . […] Il y a le détricotage du tissu social auquel elle contribue en sapant l’activité commerciale en face à face et l’assiette fiscale d’un nombre incalculable de populations." 
 
  • Pas de TVA et beaucoup de subvention 
"Il fallait avoir un sacré culot, en tant qu’entreprise, pour demander une exonération fiscale auprès d’un État dont on s’employait à vider méthodiquement les caisses par le biais d’une activité d’e-commerce précisément conçue pour contourner la TVA... mais du culot, on en avait à revendre chez Amazon. En 2015, le mastodonte présenta son projet d’implantation de deux entrepôts sur le territoire de l’État, […] dans l’optique de promouvoir la création d’emplois grâce à des dispositifs incitatifs, et qui, d’après un calcul, ne tarda pas à verser 3 milliards de dollars de subventions par an." 
 
  • 12 milliards de mètres carrés de carton 
"Entre 2011 et 2016, le chiffre d’affaires généré par l’e-commerce avait doublé pour atteindre 350 milliards de dollars. […] Le besoin en cartons d’emballage était donc considérablement accru – la vente en ligne et par correspondance utilisait environ sept fois plus de carton par dollar dépensé que les magasins physiques et consommait environ la moitié de toutes les boîtes en carton ondulé fabriquées à l’usage des détaillants, tous types de marchandises confondus, soit 12 milliards de mètres carrés de matériau." 
 
  • Disparition des médias 
"Les organes de presse déclinaient à vue d’œil dans les villes […] leur business model réduit en charpie par un triple coup dur : tout d’abord, une entreprise (Craigslist) se mit à offrir sans contrepartie un de leurs produits les plus rentables (les petites annonces), puis une autre (Amazon) se mit à dépecer les grands magasins, gros consommateurs de ces encarts publicitaires qui finançaient les journaux, et, enfin, deux autres encore (Google et Facebook) se mirent à détourner les revenus générés par la publicité en ligne. […] Entre 2005 et 2015, un poste de journaliste sur quatre disparut aux États-Unis, 12 000 emplois au total." 
 
  • Pause pipi 
"Il n’avait droit qu’à vingt minutes de “temps hors mission” par tranche horaire de dix heures, en plus de sa pause-déjeuner, et la traversée des 4 000 mètres carrés de l’entrepôt pouvait en prendre la moitié. Si on mettait plus que les vingt minutes autorisées, on récoltait des points de pénalité et risquait des retenues sur salaire, voire un licenciement." 
 
  • Performance
"L’entreprise avait un système automatisé de suivi des performances – productivité, temps hors mission – et le système signalait si on était à la traîne. Autrement dit, on pouvait être viré par un algorithme. Environ 300 personnes furent remerciées pour inefficacité dans l’entrepôt de Broening Highway pendant une période de treize mois entre 2017 et 2018."
 
  • Le Cloud d’Amazon 
"L’entreprise lança en 2003 Amazon Web Services, une branche dédiée à l’informatique en nuage, et se mit à proposer son premier service de stockage informatique en 2006. En 2017, AWS offrait ses services à, notamment, General Electric, Capital One, News Corp, Verizon, Airbnb, Slack, Coca-Cola, et même à des concurrents directs comme Apple et Netflix, tout en générant plus de 17 milliards de revenus pour l’année – un dixième du total des revenus d’Amazon." 
 
  • Philanthropie
"Bezos n’avait, c’était notable, donné que très peu de sa fortune, localement ou pas. Il avait fait des cadeaux à son alma mater, Princeton, au centre local de recherche contre le cancer et au Musée de l’industrie et pas grand-chose de plus. Pour tout dire, lui et sa famille avaient donné quelque 100 millions – un dixième de sa fortune. En avril 2018, il ferait la une des journaux en proclamant qu’il considérait son entre- prise d’exploration spatiale, Blue Origin, comme plus valable que tout ce qu’il pourrait faire d’autre avec son argent." 
 
  • Combat à mort 
"L’entreprise fit part de son intention d’ouvrir un deuxième quartier général […] Afin de choisir l’heureuse ville élue, Amazon ouvrirait la sélection à tous les prétendants, un grand reality show national, où les villes se disputeraient l’affection d’une entreprise. […] Les élus locaux répondirent avec un empressement qui frôlait le désespoir servile. Tucson transporta en camion jusqu’à Seattle un cactus saguaro de 6 mètres de haut. Le maire de Kansas City rédigea des évaluations en ligne notées cinq étoiles sur un millier de produits Amazon. Dallas, qui savait qu’on aimait les chiens chez Amazon, proposa d’exonérer les employés des taxes sur l’adoption d’animaux de compagnie. […] Stonecrest, dans la banlieue d’Atlanta, proposa de changer son nom pour Amazon." 
 

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