Patrimoine

"Les 120 jours de Sodome" deviennent une propriété de l’État

Photo STUDIO SEBERT

"Les 120 jours de Sodome" deviennent une propriété de l’État

Après des siècles de péripéties et de changements de propriétaire, l’ouvrage du marquis de Sade est désormais conservé à la BnF.

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Par Pauline Gabinari,
avec AFP,
Créé le 12.07.2021 à 14h21,
Mis à jour le 12.07.2021 à 15h00

Les 120 jours de Sodome ont été rachetés vendredi dernier 4,55 millions d’euros par l’État grâce au mécénat d’Emmanuel Boussard, un ancien banquier d’affaires. Noirci par la petite écriture quasi illisible du marquis de Sade, le rouleau de plus de douze mètres de long sera conservé à la Bibliothèque nationale de France (BnF). "Ce manuscrit sera présenté lors d’un colloque en 2022, regroupant des spécialistes et intellectuels, visant à questionner la figure de Sade, la réception de son œuvre au cours des siècles et sa lecture aujourd'hui", a précisé le ministère de la Culture dans un communiqué.

Un long voyage

Rédigé en prison par Sade en 1785, le roman Les 120 jours de Sodome est passé de main en main avant de trouver sa place dans les archives de la BnF. Il est sauvé in extremis lors de la prise de la Bastille, par Arnoux de Saint-Maximin, qui le vend au marquis de Villeneuve-Trans. En 1904, il est racheté et publié pour la première fois par Iwan Bloch, un psychiatre allemand. Il est ensuite volé plusieurs fois et racheté par des collectionneurs avant de devenir la propriété de Gérard Lhéritier en 2014.

Cette acquisition ne marque pas pour autant la fin du voyage pour Les 120 jours de Sodome. Gérard Lhéritier est visé par une enquête pour escroquerie, son entreprise est liquidée et ses biens saisis. L’ancienne ministre de la Culture Françoise Nyssen classe alors l’ouvrage en tant "trésor national" pour empêcher toute vente et lance un appel à mécénat en février.

Le roman décrit, sous la forme d’un récit, les sévices sexuels qu’imposent quatre aristocrates libertins fortunés à quarante-deux victimes soumises à leur pouvoir. Longtemps considéré comme cruel et provoquant, le texte est abordé sous l’angle philosophique à partir du XXe siècle. Georges Bataille en fera notamment l’un des chapitres de La littérature et le mal (Gallimard), un essai dans lequel il explique comment la littérature ébranle le lecteur et illustre sa prédisposition pour le mal.


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