Bandes dessinées

Alors, année avec ou sans Astérix ? En tête des meilleures ventes annuelles à chaque nouveauté, capable d'impacter à lui seul la croissance du marché du livre, le petit Gaulois s'impose comme le best-seller par excellence. Et cela fait soixante ans que ça dure ! S'il a réussi comme aucun autre héros de bande dessinée à traverser les générations, le personnage créé en 1959 par Albert Uderzo et René Goscinny inscrit aussi son succès dans un contexte réjouissant pour la BD. Le marché affiche une croissance constante depuis cinq ans (+11 % en 2019), et a encore fourni en 2020 quelques-uns des plus gros cartons de librairie. « Astérix illustre parfaitement l'esprit français, quant à Lucky Luke, le scénariste Jul a réussi à renouveler le lectorat. Ce sont des madeleines que l'on se transmet, mais il n'y a pas pour autant d'accélération du phénomène de best-sellerisation, analyse Moïse Kissous, P-DG du groupe Steinkis et président du groupe BD du SNE. Notre dernière étude a montré qu'entre 2008 et 2018, la répartition des ventes était quasiment identique. » Ce que les listes des meilleures ventes ne montrent pas, insiste l'éditeur, c'est que le fonds se maintient très bien. Ainsi de Petit traité d'écologie sauvage, d'Alessandro Pignocchi, un roman graphique s'inspirant de la cosmogonie animiste mis en place à 2 000 exemplaires par Steinkis en 2017 et atteignant les 30 000 ventes. 

Si la BD patrimoniale tient encore le haut de l'affiche, c'est en réalité le manga qui montre le plus fort dynamisme, avec des blockbusters mondiaux comme Naruto ou One Piece déclinés sur petit écran. Tandis que le roman graphique attire toujours plus de lecteurs, notamment grâce à l'aura de L'Arabe du futur (Allary). Vingt ans après Persépolis, de Marjane Satrapi, « qui a un peu ouvert la voie du roman graphique » selon Moïse Kissous, la série autobiographique de Riad Sattouf brasse bien au-delà des amateurs de bande dessinée, jusqu'à s'imposer comme le parfait cadeau de Noël. Paru début novembre, le tome V est immédiatement entré dans les meilleures ventes. La logique de série, plutôt rare pour ce segment, marche à plein puisque chaque nouveau volume, très médiatisé, relance les ventes des précédents.

La montée en puissance de Mortelle Adèle

Mais pour trouver le phénomène BD le plus prometteur du moment, il faut se rendre au rayon jeunesse, où une fillette rousse imaginée en 2012 par Mr. Tan tend à écraser toute la concurrence. Après l'ère Titeuf, est-on entré dans l'ère Mortelle Adèle (Tourbillon) ? Certes, les ventes de la teigneuse écolière (130 000 ventes par album environ) n'égalent pas encore celles de son aîné à mèche, mais les chiffres cumulés ont de quoi donner le tournis. Entre les 17 albums et les hors-séries, Mortelle Adèle dépasse les 5 millions d'exemplaires, dont 2,6 millions sur la seule année 2020. « Nous ne la traitons pas comme une licence vouée à disparaître, mais avec une coordination à 360°. Elle est entrée dans le magazine J'aime Lire Max, par exemple », détaille Florence Lotthé, directrice générale de Bayard, groupe qui a pris le contrôle de Tourbillon en 2017. Pour l'éditrice, qui a vu son label « BD Kids » croître de 32 % cette année, ce succès exponentiel s'explique en grande partie par le caractère drôle et attachant de la petite héroïne, mais aussi par un changement progressif des mentalités à l'égard de la bande dessinée, « aussi mal vue que les écrans il y a trente ans, ce qui n'est plus du tout le cas aujourd'hui ». À l'initiative du groupe BD du SNE, qui met au point depuis deux ans des outils pour l'Éducation nationale, le genre fait progressivement son entrée à l'école. Le phénomène Adèle n'a pas fini de grandir.

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