Mort de Gérard Genette, critique et théoricien de la littérature | Livres Hebdo

Par Sophie Gindensperger, le 13.05.2018 à 11h20 (mis à jour le 14.05.2018 à 15h33) Disparition

Mort de Gérard Genette, critique et théoricien de la littérature

"Je ne pleurerai pas sur le papier s’il disparaît. Peu importe, si le texte, lui, est toujours là." Gérard Genette. - Photo © ULF ANDERSEN

L'auteur des Figures et créateur de la revue Poétique s'est éteint vendredi 11 mai à 87 ans.

"Tout a une fin, même les suites"confiait Gérard Genette à Livres Hebdo en 2014, à l'occasion de la publication d'Epilogue (Seuil), conclusion de son tryptique autobiographique commencé avec Bardadrac, poursuivi avec Codicille et achevé avec Apostille, mais qu'il complétera encore avec Postscript, en 2016. Le critique et grand théoricien de la littérature, dont les travaux et outils ont nourri l'étude des lettres, est mort le 11 mai.

Gérard Genette est né à Paris en 1930. Son père était ouvrier qualifié en textile. Lui devient condisciple de Jacques Derrida à l'Ecole normale supérieure à partir de 1951. Agrégé de lettres, il se tourne vers l'enseignement et devient en 1967, soutenu par Roland Barthes, maître de conférences à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, puis directeur d'études jusqu'à sa retraite, en 1994.

Narratologie 

Son premier livre, Figures I, paraît en 1966 aux éditions du Seuil.  A travers des sujets aussi divers que Proust et Robbe-Grillet, Borges et L'Astrée, Flaubert et Valéry, le structuralisme moderne et la poétique baroque, il pose la question de la nature et l'usage de cette étrange parole qu'est la littérature. Il en publiera quatre autres volumes, chez ce même éditeur. En 1970, il crée avec Tzvetan Todorov la revue Poétique et la collection du même nom, toujours au Seuil. C'est dans cette collection que paraîtront notamment ses ouvrages Mimologiques (1976), ou encore Palimpsestes (1982), qui évoque la transtextualité, soit les relations de textes entre eux. 

"Sa rigueur, son style, son ironie, son travail sur la matière des textes, comme sur une trace pariétale, une peau de cuir vouée au palimpseste ou dans le filon d’une mine, mais avec toute la tenue, l’orgueil, la puissance et le raffinement quasi précieux d’un noble du Grand Siècle, a influencé sous le nom de narratologie quelques générations d’étudiants, et donc de lecteurs et de professeurs, bien au-delà de sa propre matière littéraire (qu’il avait lui-même étendue au champ de l’art)", écrit de lui Philippe Lançon, qui lui rend hommage dans Libération.

"Rien n’est moins académique ou balisé que cette réflexion qui, sans jamais se départir d’une grande rigueur, notamment terminologique, s’autorise bien des détours et l’exploration ludique de la littérature et de ses marges. Et pas seulement de la littérature, mais aussi des autres arts"
,  écrit de son côté Patrick Kéchichian dans Le Monde.

 
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