29 octobre 2025 : Rencontre avec le nouveau président du Tribunal judiciaire de Paris, Peimane Ghaleh-Marzban. Depuis huit jours, Nicolas Sarkozy est incarcéré à la prison de la Santé et depuis sa condamnation le 25 septembre 2025, il crie à la justice politique et se pose en nouveau Dreyfus. Ce n’est plus au karcher, mais c’est à la sulfateuse qu’il attaque la justice française.
Peimane Ghaleh-Marzban semble encore sonné de cette charge contre l’institution judiciaire. Pourtant, il avait été préparé avec son passage comme témoin devant la Cour de Justice de la République avec dans son dos un garde des Sceaux en fonction et en accusation qui n’hésitait pas à bousculer les magistrats dans une situation aussi irréelle que profondément choquante au regard des principes les plus élémentaires d’un État de droit. Car, en réalité, c’est bien l’État de droit qui est attaqué, et non tel ou tel magistrat qui ne semble être que des dommages collatéraux d’une guerre où tous les coups sont permis.
Les magistrats sont-ils politisés, voire pire, de dangereux gauchistes ? Il faut bien mal connaître les magistrats français pour les aborder par cette grille de lecture qui leur est, en réalité, étrangère. Peimane Ghaleh-Marzban évoque le travail de Jacques Krynen sur l’idéologie judiciaire, qui retrace en deux volumes l’histoire de la magistrature française depuis le XIIIe siècle qui a toujours été en opposition avec le pouvoir monarchique puis républicain non pour des raisons politiques, mais pour des raisons juridiques. Il leur revenait d’appliquer et d’interpréter la loi et à personne d’autres. Le dicton populaire « raide comme la justice » est la vraie grille de lecture des magistrats. Car, quand il s’agit de justice, les magistrats redeviennent sérieux et leur boussole reste leurs exigences professionnelles et éthiques. Alors que les avocats, habitués à défendre des positions juridiques parfois différentes ou opposées, ont une relation plus distancée et critique avec la justice. À eux les injustices. Aux magistrats la justice. Et selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements des magistrats vous traiteront avec la même dureté. Ils ne font pas de différence et ne sont jamais plus insupportés devant des coupables qui nient.
Peimane Ghaleh-Marzban, président du tribunal judiciaire de Paris- Photo OLIVIER DIONPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
La nécessité de toujours justifier la privation de liberté
Peimane Ghaleh-Marzban est un magistrat apprécié de ses collègues. Pas un magistrat froid et insensible, mais un homme de caractère comme de sensibilités. Pas un petit pois. Né en France, d’origine iranienne sans s’y attarder pour mieux vanter la méritocratie républicaine, sa vocation de magistrat est née dès l'adolescence. La lecture de Zola a forgé sa pensée sociale. À l'âge de quinze ans, assistant à une audience de comparution immédiate dans un tribunal parisien, l’humanité dans le prétoire l’a captivé. Il a choisi la magistrature pour l’utilité sociale qu’elle procure, et par le souci d’entendre les parties afin de « dire ce que peut être une vérité judiciaire ». Sa carrière est profondément marquée par la conscience de la responsabilité des juges face à la liberté individuelle. Il a en tête ceux qui ont été ses modèles et ses mentors : Pierre Truche, pour sa vision d'une justice humaine et sociale, transmise par Jean-Louis Nadal, Claude Nocquet, pour sa manière de présider et son mentor, Pierre Drai, pour son exigence déontologique.
Peimane Ghaleh-Marzban a confié avoir été traumatisé au début de sa carrière, en 1999, par le suicide en garde à vue de deux personnes poursuivies pour viols sur mineurs (qui avaient reconnu les faits), ce qui l'a ancré dans la nécessité de toujours justifier la privation de liberté. Son livre de chevet est d'ailleurs le roman Un coupable de Jean-Denis Bredin (Gallimard, Folio, 1987), qui relate une erreur judiciaire tragique.
Après avoir géré les services judiciaires et le tribunal judiciaire de Bobigny, Peimane Ghaleh-Marzban pensait peut-être couler des jours tranquilles à la tête de la prestigieuse juridiction parisienne. Mais, en ces temps incertains, il n’a pas d’autre choix que de porter le costume de général d’une armée mal préparée au combat. Comme si l’État de droit était un fait acquis telle la ligne Maginot. En réalité, la justice reste un combat. Il est mené par des magistrats, des avocats, des citoyens. Car juger, c’est inévitablement décevoir. Au moins pour une des parties. Mais défendre, c’est, tel Don Quichotte ou Cyrano de Bergerac, se battre contre les vents contraires et vivre avec panache. Et ce panache, Peimane Ghaleh-Marzban le possède sans aucun doute comme nouvel avocat d’une institution judiciaire attaquée.

