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A l’heure de la biologie moléculaire et du génie génétique, on pourrait croire les travaux de Claude Bernard (1813-1878) caducs. Il n’en est rien. A l’occasion du bicentenaire de sa naissance, un volume des « Rencontres de Normale sup’ » vient nous rappeler que de nombreux aspects de sa pensée nous sont encore précieux. Ainsi le fait d’affirmer que la découverte ne tient pas à la connaissance d’un fait nouveau mais à l’idée qui s’y rattache.
Son Introduction à l’étude de la médecine expérimentale (1865) s’est imposée comme un classique de la philosophie des sciences qui fait de l’expérience « l’unique source des connaissances humaines ». Sa vie fut exclusivement consacrée à la physiologie qu’il définissait comme « la science qui a pour objet de déterminer les conditions élémentaires des phénomènes de la vie ».
Les huit contributions de cet ouvrage font le lien entre cette pensée ancrée dans le XIXe siècle, élaborée par ce fils de vigneron sensible au terroir, et nos interrogations d’aujourd’hui. Comme dans toute approche collective, chacun trouve le Claude Bernard qui lui convient. Au regard des communications, on voit combien l’homme suscite encore de l’intérêt, tant sa réflexion sur le vivant est riche d’intuitions lorsqu’il définit les trois formes de vie : latente, oscillante, constante.
Claude Bernard est resté une référence parce que le scientifique s’est toujours posé des questions sur la manière de faire ses recherches. En ce sens, il était l’épistémologue de son propre savoir. C’est bien ce que souligne cette roborative introduction à son œuvre qui dépasse les discours hagiographiques de circonstance.
Emile Zola considérait que la « force du siècle » était chez lui. C’était en tout cas un homme qui avait réussi à penser son époque au-delà de ses cadres mentaux, que Braudel qualifiait de « prisons de longue durée ». C’est pour cela que Claude Bernard continue d’être lisible. L. L.

