Quartier latin : l'avenir des librairies en question | Livres Hebdo

Par Marine Durand, le 30.05.2015 à 13h17 (mis à jour le 05.06.2015 à 11h08) Table ronde

Quartier latin : l'avenir des librairies en question

Librairie L'Arbre à Lettres rue Mouffetard à Paris

Dans le cadre du festival Quartier du livre, la Mairie du 5e arrondissement de Paris accueillait vendredi 29 mai une table ronde sur l'avenir de l'édition et du commerce du livre dans le Quartier latin. L'occasion de pointer les difficultés actuelles du commerce du livre, et de présenter des initiatives innovantes.

Quel avenir pour les librairies du Quartier latin ? La problématique, si elle n'est pas nouvelle, était au coeur de la table ronde organisée vendredi 29 mai à 17h30 à la Mairie du 5e arrondissement de Paris, dans le cadre du festival Quartier du livre. Dans la salle des mariages de la mairie, une quarantaine de personnes, professionnels du livre ou simples habitants des 5e et 6e arrondissements, s'étaient réunis pour assister à ce débat inité par le Comité Quartier latin, oeuvrant à la sauvegarde et à l'essor des entreprises culturelles du quartier.

Accueillis par la maire du 5e arrondissement, Florence Berthout, présentés par le président du Comité quartier latin, Robert Lévy, quatre librairies ont pris place aux côtés de Laurence Goldgrab, élue du 3e et conseillère déléguée chargée des questions relatives aux entreprises culturelles, afin d'évoquer pendant près de 2 heures les difficultés du secteur.

Loyers, fiscalité et vieillissement de la clientèle

D'un libraire à l'autre, les mêmes problématiques sont revenues régulièrement au cours de la discussion, autour d'un quartier peinant à enrayer la disparition de ses commerces culturels. "Ce qui me préoccupe c'est le non renouvellement de la clientèle", a mis en avant Antoine Fron, directeur de la librairie L'Arbres à lettres de la rue Mouffetard, tandis que Jean-Paul Collet, des librairies La Boucherie et La Petite Boucherie, abondait, évoquant l'évolution du lectorat et la difficulté pour les jeunes lecteurs de passer le seuil d'une librairie.

Comme l'ensemble des commerces du quartier, les librairies ont souligné qu'ils souffraient des prix prohibitifs de l'immobilier : "Dans le 6e, les éditeurs partent, les librairies ferment, remplacés par des boutiques de luxe, les seules à pouvoir payer des loyers exorbitants", a expliqué Loïc Ducroquet, directeur de la librairie L'Ecume des pages, qui a aussi rappelé, comme sa collègue Pascale de La Loge, de la librairie Picard, le choc vécu par tout le quartier au moment de l'annonce de la fermeture de La Hune, librairie historique du boulevard Saint-Germain : "Je trouve sidérant qu'aucun éditeur ne se soit mobilisé !" Les interlocuteurs présents ont d'ailleurs, à plusieurs reprises, pointé du doigt le manque d'implication des éditeurs dans le soutien de la librairie indépendante, évoquant surtout leurs réticences à accorder des remises. Mais la question de la fiscalité pesant sur la trésorie des petites librairies a également largement monopolisé le débat, Jean-Paul Collet s'interrogeant : "Est-ce normal que proportionnellement une librairie paye plus d'impôts que Total ou Amazon ?"

Invitée elle aussi à se prononcer sur le sort des librairies du quartier, Laurence Goldgrab a rappelé l'implication de la Ville auprès des librairies, notamment via les actions de la Semaest (Société d'économie mixte d'aménagement de l'Est parisien) et de l'opération Vital'Quartier 2 (2008-2021), visant à maintenir les commerces de proximité : "Dans le quartier latin, nous avons acquis une vingtaine de locaux destinés à être cédé ensuite à des librairies, ou loués à des prix inférieurs à ceux du marché". L'initiative n'est pas nouvelle, mais efficace et appréciée par les libraires du quartier, comme l'a indiqué Jean-Paul Collet : "C'est grâce à la Semaest que j'ai pu ouvrir La Petite Boucherie, annexe de ma première librairie." L'élue du 3e arrondissement a par la suite mis en avant la dernière initiative de la ville de Paris, la fête de la librairie organisée le 2 juillet dans la capitale en concertation avec l'association Paris Librairies (notre article "Paris parie sur la librairie le 2 juillet", LH n° 1044) et qui compte déjà plus de 80 participants.

Le numérique, avenir des librairies ?

Après une première partie consacrée aux difficultés du secteur (mais apportant, malheureusement, assez peu de solutions), Charlotte Allibert et Claire Jeantet ont été invitées à rejoindre l'estrade, afin de présenter Librinova, fondée en mars 2014. Spécialisées dans l'auto-édition numérique, la fondatrice de l'entreprise et sa collaboratrice ont eu à cœur de démontrer que les ebooks avaient, tout autant que le papier, leur place en librairie. "Nous commercialions nos livres, qui peuvent être ensuite édités en papier s'ils rencontrent le succès, sur de nombreux sites de ventes de libraires, et pas uniquement sur Amazon", a fait valoir Charlotte Allibert, alors que Claire Jeantet présentait l'une des nouveautés développée par les éditions l'Apprimerie, Carte à lire, un ebook à offrir ayant déjà fait l'objet d'une séance de dédicace en librairie par ses auteurs.

Tandis que les discussions dérivaient sur l'évolution du marché du livre ("évidemment, nous allons devoir nous adapter, et cohabiter avec le livre numérique", analysait Loïc Ducroquet), Charlotte Allibert a conclu la table ronde en soulignant la nécessité de baisser le prix du livre numérique, "pour ne pas reproduire les erreurs du marché de la musique, qui s'est effondré à cause du piratage", tandis que Robert Lévy, président du Comité Quartier latin, s'interrogeait en souriant : "Le livre papier sera-t-il le nouveau vinyle ?"

Sur les mêmes thèmes (1 article)

close

S’abonner à #La Lettre