Québec: les écrivains et les écrivaines ne sont (vraiment) pas égaux | Livres Hebdo

Par Vincy Thomas, le 23.11.2019 à 13h30 (mis à jour le 23.11.2019 à 14h38) Etude

Québec: les écrivains et les écrivaines ne sont (vraiment) pas égaux

Publications, bourses, prix littéraires, critiques médias: il y a encore du chemin pour l'égalité des sexes entre les écrivains et les écrivaines.

L’Union des écrivaines et des écrivains québécois, dans le cadre des journées professionnelles du Salon du livre de Montréal le 22 octobre, a publié une étude, « Littérature québécoise : où en est l’égalité hommes-femmes ? »

Sur 805 manuscrits reçus par neufs éditeurs québécois en 2018, près de la moitié (48,9 %) ont été soumis par des femmes, mais ces mêmes éditeurs n’ont publié que 37% de manuscrits signés par des femmes en 2017-2018.

Les données proviennent d’une recherche inédite menée pour le Comité Égalité hommes-femmes de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ), créé en 2016, avec l’appui financier du Réseau québécois en études féministes (RéQEF).

« Ces inégalités étant le produit de rapports sociaux dans un secteur d’activité historiquement dominé par les hommes, elles ont forgé, sur un long terme, un biais de perception avantageant les hommes et ce qui est considéré masculin par la culture, tout en dévaluant les femmes et ce qui est considéré comme féminin. On peut alors parler de la perpétuation d’un boy’s club au sein duquel les femmes doivent se tailler une place » rappelle le Comité.

L’étude montre, que ce soit pour les bourses à la création ou les prix littéraires, que l’égalité est entre les deux sexes est présente sur la ligne de départ, mais qu’à l’arrivée les femmes sont défavorisées. Si les femmes soumettent environ la moitié des manuscrits (en phase avec leur poids proportionnel dans la population), la publication, après sélection des manuscrits, « brise cette égalité ». Tous genres confondus, une proportion plus grande de textes soumis par des hommes sera retenue pour publication.

Outre la discrimination subie par les femmes à l’étape de la sélection éditoriale, celles-ci sont largement perdantes lorsqu’il s’agit du montant des bourses ou de l’octroi des prix littéraires et surtout du traitement médiatique et critique.
 
Photo UNEQ
Publications majoritairement masculines
En analysant les catalogues de 40 maisons d’édition, l’étude démontre que sur 880 publications éditées en 2017-2018, 450 sont signées par des hommes, 351 par des femmes, 60 sont mixtes et 19 sont collectives. Par genre, les écrivaines sont plus importantes en jeunesse, alors que les écrivains dominent tous les autres segments.

Bourses à la création moins généreuses
Les écrivaines ont obtenu 57% des bourses à la création des conseils des arts du Canada et du Québec en 2017-2018, mais celles-ci ont dû se contenter de montants moins élevés : 6627 CAN$ pour les femmes contre 9419 CAN$ pour les hommes en moyenne au Conseil des arts et des lettres du Québec, 13163 CAN$ pour les femmes contre 17 005CAN$ pour les hommes en moyenne au Conseil des arts du Canada.

Prix littéraires : honneurs aux mâles
A priori, il y a égalité puisque les hommes ont reçu 30 prix littéraires et les femmes 29 (2 vont à des collectifs). Mais dès qu’il s’agit de dotation et de prestige, les écrivains l’emportent largement avec une moyenne de 10966 CAN$ quand les écrivaines ne reçoivent que 4691 CAN$.

Critiques de la presse sexistes ?
À partir des critiques littéraires publiées entre septembre 2017 et mai 2018 dans Le Devoir, La Presse+ ainsi que les revues Lettres québécoises et Nuit blanche, on constate que les femmes voient leurs ouvrages recensés dans une proportion 20 % moins élevée que les hommes. « Une analyse qualitative démontre également que les hommes sont nettement favorisés : par exemple, pour commenter leurs œuvres, les critiques utilisent encore souvent un lexique stéréotypé du féminin (« sensible », « juste », « délicat ») » explique l’Uneq. Ainsi, il semblerait que les hommes écriraient des livres davantage « riches », « puissants », « grands », « brillants ».

De plus, les livres écrits par des femmes ne représentent que 39% des 224 articles ayant reçu 4 étoiles.

Pire, le sexisme s’affirme jusque dans la signature des critiques : alors que les hommes critiques (60%) offrent une visibilité plus importante aux œuvres de leurs pairs (63,8 % des articles écrits par un homme), les femmes critiques sont beaucoup plus équitables (46,2 % des articles concernent des œuvres écrites par des femmes, et 47,9 % des œuvres écrites par des hommes).

Reste que le nombre d’articles portant exclusivement sur des œuvres de femmes ne représente que 37% de la masse éditoriale contre 57,5% pour des œuvres d’hommes. Les critiques de romans sont dans la même proportion. En revanche pour les essais et la bande dessinée, les publications d’auteurs masculins sont largement favorisées (respectivement 73% et 64%). Et dans le secteur jeunesse, où les auteures sont pourtant plus importantes en nombre, la presse a consacré autant d’articles à des œuvres de femmes qu’à celles des hommes.
 
close

S’abonner à #La Lettre