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Réforme de l’éducation : les impacts pour les éditeurs scolaires

Gabriel Attal a présenté son projet à "l'ambition très forte, sans tabou" - Photo SYLVAIN THOMAS / AFP

Réforme de l’éducation : les impacts pour les éditeurs scolaires

Le ministre de l’Éducation nationale Gabriel Attal a présenté son projet de réforme scolaire tous niveaux dont plusieurs mesures entreraient en vigueur dès la rentrée 2024. Intelligence artificielle, labellisation des manuels et « méthode de Singapour »… Tous les impacts pour les éditeurs.

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Par Éric Dupuy,
Créé le 05.12.2023 à 18h03

Cinq mois après son entrée rue de Grenelle au ministère de l’Éducation nationale, Gabriel Attal a présenté, mercredi 5 décembre, son plan de « choc des savoirs » pour réformer l’enseignement scolaire à « tous niveaux ». Plusieurs mesures concernent directement les éditeurs.

Méthode de « Singapour » pour les maths en primaire

Dans une lettre adressée aux enseignants ce mardi 5 décembre, le ministre a déclaré que « la révision des programmes de l'école primaire nous permettra d'adopter progressivement la méthode de Singapour pour les mathématiques, anticipant par exemple l'apprentissage des fractions et des nombres décimaux dès la classe de CE1 ».

Dans la méthode de Singapour, l’enseignement suit une progression simple : concret, imagé, abstrait. En primaire, l’enfant mesure d’abord en manipulant des objets, tels que des cubes ou des jetons. Ces objets sont ensuite remplacés par des images ou des schémas. Ensuite, il utilise les chiffres et les symboles.

Labellisation des manuels scolaires

Pour contrer « l’hétérogénéité » des manuels scolaires, Gabriel Attal a marqué sa volonté de labelliser les ouvrages, sur la base d'une efficacité « prouvée par la science et la pratique ». Concrètement, le ministre d’Élisabeth Borne souhaite « fonder un organisme sur la base de la science » pour « savoir quelles sont les méthodes pédagogiques efficaces ». Lors d’une conférence de presse en début d’après-midi, il a précisé que l’organisme devra être « une boussole, un guide, un accompagnement pour les professeurs et les collectivités locales qui prennent en charge les manuels ».

Pas question de numerus clausus ni de manuel unique pour la labellisation à ce stade. Dans une interview accordée fin novembre à l’AEF, Célia Rosentraub, directrice générale des éditions Hatier et présidente de l’association Les Éditeurs d’Éducation, est restée mesurée sur cette annonce, en expliquant que « le manuel n’est pas un objet isolé et unique, il est mis au service de l’enseignant, l’aide à structurer et faire son cours en présentiel ». Le concept de labellisation des manuels scolaires, qui existe au Portugal, au Japon et dans une moindre mesure en Hollande avec organe consultatif, n’est pas nouveau en France. En 2008, Xavier Darcos, alors ministre du gouvernement Fillon, avait émis cette idée qui n’a finalement pas été mise en place.

Prise en charge par l’État de manuels pour le CE1 et le CE2

Alors que 60% des classes en primaires n’utilisent plus de manuels pour les maths et le français, Gabriel Attal a annoncé le financement par l’État d’un manuel pour chaque discipline.

Une mesure qui « devrait couter plusieurs dizaines de millions d’euros » et être mise en place dès la rentrée prochaine.

Revue des programmes de langues vivantes au collège

Le ministre souhaite également « la fin du collège uniforme » et entamera dès la rentrée 2025 une refonte des programmes en classe de 6ᵉ, puis celle des autres classes jusqu’au brevet en 2026.

Parmi les mesures annoncées, celle de développer des programmes spécifiques des langues vivantes. « Les programmes de langues vivantes étrangères présenteront de la 6ᵉ à la terminale des indications claires sur les domaines étudiés, les points grammaticaux et le vocabulaire à maîtriser chaque année », détaille le dossier de presse du ministère.

« Choisir plutôt que subir » l’IA

Cette réforme « tous niveaux » devra aussi introduire par ailleurs de l’intelligence artificielle (IA) dans les outils pédagogiques, avec notamment l’accès à une plateforme, Mia Seconde, pour 200 000 élèves de 2de dès février 2024 où 20 000 exercices sont disponibles pour « le travail à la maison ». « J'ai décidé de choisir plutôt que subir » en matière d'environnement numérique, a martelé Gabriel Attal en conférence de presse. 

Le prochain bureau de l’association Les éditeurs d’Education, qui selon nos informations a été auditionné par la mission lancée par le ministre pour préparer le projet de réforme, devrait se pencher sur ces mesures dont certaines vont exiger un travail éditorial très rapide. Ils devraient quoi qu’il arrive attendre la lettre de saisine du Conseil supérieur des programmes de la part du ministère de l’Éducation nationale pour avoir les axes de travail.  

Avec le retour du manuel scolaire au centre de la pédagogie en primaire, le marché du livre scolaire, en berne depuis plusieurs années, devrait connaitre un dynamisme salutaire. Les dernières réformes dataient, pour le lycée, de 2019 et pour le collège et primaire de 2016.

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