RNL vol. 3

Rencontres de la librairie : les enjeux de Lille

La grand-place de Lille. - Photo VELVET CCBYSA 3.0

Rencontres de la librairie : les enjeux de Lille

Sur le thème "Libraire, un métier d’avenir !", qui doit susciter des réflexions sur l’évolution des pratiques professionnelles, les 3es Rencontres nationales de la librairie attendent plus de 700 professionnels, dont plus de 500 libraires, les 21 et 22 juin à Lille.

J’achète l’article 4.5 €

Par Clarisse Normand, Cécile Charonnat,
Créé le 19.06.2015 à 00h00,
Mis à jour le 22.06.2015 à 18h14

Devenues tous les deux ans le rendez-vous majeur de la profession, voire même de l’interprofession, les Rencontres nationales de la librairie (RNL) réuniront pour leur troisième édition, les 21 et 22 juin au complexe Nouveau Siècle à Lille, plus de 700 participants, dont plus de 500 libraires. Après celles de Lyon en 2011 et de Bordeaux en 2013, les RNL confirment leur attractivité, à la grande satisfaction de son principal organisateur, le Syndicat de la librairie française (SLF), soutenu pour cela par une vingtaine de partenaires institutionnels et professionnels, nationaux et locaux (1). "Nous devrions réunir quelque 750 personnes au moins comme à Bordeaux", se réjouit Matthieu de Montchalin, le P-DG de L’Armitière à Rouen, président du SLF. L’ampleur de la mobilisation traduit l’intérêt des libraires pour une manifestation qui leur permet des échanges d’expériences à grande échelle et qui sait se renouveler dans son contenu.

"Le modèle commercial de la librairie correspond à une évolution qualitative de la consommation, en quête de conseils, d’éthique." Matthieu de Montchalin, SLF - Photo OLIVIER DION

Croire en l’avenir

La première édition, à Lyon, avait permis à la profession de montrer sa capacité à se rassembler, à discuter et à mettre en avant ses problèmes, notamment économiques, ainsi que ses revendications vis-à-vis des fournisseurs. La deuxième, à Bordeaux, s’était révélée plus institutionnelle et plus politique avec la présentation par la ministre de la Culture de l’époque, Aurélie Filippetti, des mesures de son Plan librairie, ainsi que l’intervention du président du Syndicat national de l’édition, Vincent Montagne, P-DG de Média-Participations, qui avait annoncé une aide exceptionnelle des éditeurs à la librairie pour un montant total de 7 millions d’euros.

Cette année, les Rencontres se veulent davantage tournées vers les pratiques professionnelles. Sous le titre "Libraire, un métier d’avenir !", elles sont clairement placées sous le signe du volontarisme et de la résistance. "Il y a de nombreuses raisons de croire en l’avenir, et c’est précisément ce qui sera démontré au cours de ces rencontres", promet Matthieu de Montchalin. Une orientation en phase avec la reprise de l’activité perceptible depuis la fin de 2014, en particulier chez les libraires indépendants.

Un modèle attractif

Premier circuit de vente de livres en France, "la librairie indépendante fait mieux que résister, assure le président du SLF. Son modèle commercial demeure très attractif, tant par la pertinence et la diversité de son offre que par la relation humaine ou encore l’implication de la librairie dans la vie locale et culturelle d’une ville. Il correspond à une évolution qualitative de la consommation, en quête de conseils, d’éthique." Cette dimension qualitative crée cependant des exigences et appelle des actions individuelles et collectives aptes à la conforter. D’où les efforts du SLF pour mettre en place des outils collectifs comme l’Observatoire de la librairie qui sera officiellement lancé lors des Rencontres.

"Le qualitatif se révèle rémunérateur. Plus la librairie est qualitative, mieux elle se porte économiquement." Guillaume Husson, SLF - Photo OLIVIER DION

Mettant en lumière les forces de la librairie indépendante sans occulter ses difficultés financières et les multiples défis qu’elle doit relever face au numérique, les RNL visent à objectiver la situation de la profession et à ouvrir le champ des réflexions et des actions pour renforcer son professionalisme. Le mouvement est d’autant plus légitime que "le qualitatif se révèle rémunérateur, observe Guillaume Husson, délégué général du SLF. Plus la librairie est qualitative, mieux elle se porte économiquement."

Les chiffres de la librairie en France

2 500 à 3 000 : le nombre de points de vente exercant la vente de livres à titre principal

750 000 € : le chiffre d’affaires moyen des librairies + 0,5 % et +0, 3 % : la progression du CA des grandes et petites librairies en 2014, alors que le marché connaissait une érosion

+ 1,3 % : la prévision de l’évolution du marché du livre en 2015

14 000 : le nombre d’emplois dans les librairies indépendantes

6,5 : le personnel moyen d’une librairie

37 % : la part des librairies qui pratiquent la vente en ligne

(Sources : URSSAF - Rapport de branche de la librairie 2013 - Livres Hebdo/I+C - Extrapolation de données Livres Hebbdo/I+C - Rapport de branche de la librairie 2013 - idem - SLF.)

Les Rencontres s’organiseront cette année autour de trois formats de rendez-vous (2), clairement orientés vers l’opérationnel, comme en témoigne l’absence, cette fois, d’une grande étude macroéconomique. Sept séances plénières programmées le dimanche matin et le lundi après-midi auront d’abord une vocation informative. Il s’agira notamment de présenter l’Observatoire de la librairie, de dresser un premier bilan du Plan librairie, ou encore, sous le titre "La force du lieu, la force du livre", d’identifier les points forts du livre de la librairie physique face au numérique.

Des sujets concrets

A côté, des ateliers thématiques seront proposés le dimanche après-midi et le lundi matin. Se déroulant simultanément deux par deux, ils visent à aborder de manière interactive des sujets professionnels, concrets, comme la place des libraires sur les marchés publics, la formation et l’accompagnement, la distribution ou encore la diffusion des sciences humaines. Un atelier dédié aux petites librairies qui font face à des problématiques spécifiques sera également proposé en réponse à une demande perçue à l’issue des Rencontres de Bordeaux. Reprenant une formule engagée il y a deux ans, ces ateliers ont été davantage travaillés en amont par les intervenants afin de dépasser le simple témoignage individuel pour faire émerger des pistes de réflexion et des propositions.

Enfin, pour la première fois, des ateliers parallèles seront proposés afin de permettre aux libraires d’échanger en plus petit comité et avec différents prestataires sur des sujets précis comme la campagne de communication des libraires indépendants, les outils de fidélisation des clients ou les nouveaux services d’Electre.

Faire bouger les choses

Comme Frédéric Mitterrand et Aurélie Filippetti lors des précédentes RNL, la ministre de la Culture, Fleur Pellerin, interviendra le lundi en fin de matinée. Aucune information n’a filtré sur le contenu de son allocution, mais certains attendent des annonces, notamment autour de la formation. La mobilisation suscitée par les Rencontres en fait un moment exceptionnel pour la visibilité de la librairie indépendante, qui s’y rassemble en dépit de la diversité de ses points de vente, autour d’une même volonté d’échange et d’action. D’après les témoignages des participants aux précédentes éditions, les RNL jouent un rôle dynamisant tant à l’échelle individuelle qu’au niveau collectif. Elles ont d’ailleurs chaque fois permis de faire bouger un certain nombre de choses.

A la suite des Rencontres de Lyon et du choc qu’avait constitué la présentation de l’étude Xerfi, qui révélait un niveau de rentabilité nette moyenne des librairies de seulement 0,3 %, les relations commerciales avec les éditeurs et diffuseurs ont évolué de manière inédite et suscité divers dispositifs en faveur de la librairie. Deux ans plus tard, les Rencontres de Bordeaux ont, elles, servi de catalyseur au Plan librairie, avec l’annonce de différentes mesures à la fois financières et réglementaires. Salués avec beaucoup d’enthousiasme par les libraires, tous ces engagements ont bien sûr créé pour l’avenir des attentes, et parfois aussi des frustrations, qui conduisent certains à pronostiquer des RNL 2015 sous tension. Pour Matthieu de Montchalin, en tout cas, l’objectif reste le même : relever à moyen terme la rentabilité moyenne des librairies à 2 %. C. N.

(1) Centre national du livre (CNL), Sofia, La Copie privée, ministère de la Culture et de la Communication, Région Nord-Pas-de-Calais, département du Nord, Ville de Lille, Prisme, Electre, OCIRP, Humanis, Dilicom, Libr’aire, L’Ecole des loisirs, WebTV Culture, Livres Hebdo et Page des libraires.

(2) Voir le programme complet sur le site www.lesrencontresnationalesdelalibrairie.fr.

Les librairies lilloises à l’ombre du Furet

Les RNL de Lille offrent une belle occasion de visiter les librairies de la ville. Un réseau diversifié et dynamique, malgré le poids du navire amiral de la chaîne nordiste.

L’équipe de la librairie Le Bateau livre. - Photo CHARLES DELCOURT/LIGHT MOTIV

Comment vit-on à Lille quand on est libraire et que le principal concurrent abrite 135 000 références de livres réparties sur 4 700 m2 et 9 niveaux donnant directement sur la grand-place ? Avec ses 19 millions d’euros de chiffre d’affaires réalisés grâce au livre, soit les deux tiers de son chiffre d’affaires total, le Furet du nord, ancien magasin de fourrure transformée en librairie en 1936, pèse très lourd sur le marché lillois. Sa position a façonné le paysage de la librairie dans la Capitale des Flandres, qui n’a pu faire autrement que de se développer à l’ombre du navire amiral de l’enseigne, entièrement remodelé à l’été 2014.

Pour trouver leur place, les libraires lillois ont choisi depuis une quinzaine d’années de jouer la carte de la spécialisation ou de l’éloignement. Une stratégie gagnante puisque le réseau n’a enregistré, sur cette période, que deux fermetures, celle de L’Arbre à lettres (généraliste) et celle de la librairie L’Harmattan. "Dans les années 1980 et 1990, le paysage était plutôt tristounet, mais aujourd’hui, malgré nos tailles souvent modestes, nous offrons un visage riche et varié", estime Gonzague Steenkiste, qui est devenu le premier challenger indépendant du Furet avec son Bateau Livre, repris en 1998. Cette librairie, à l’origine spécialisée jeunesse, a intégré une offre plus généraliste lors de son déménagement dans un quartier légèrement excentré en 2003. Elle dégage désormais un CA moyen de 1,6 million sur 200 m2.

Le déplacement a aussi constitué un facteur de développement pour Autour du monde, l’une des plus riches librairies de voyage avec 10 000 références, et plus récemment pour V.O., le temple de la littérature étrangère non traduite, dont le CA a bondi de 50 % depuis son installation il y a un an dans un nouveau local.

Caminite Mendy et Christophe Coquelet, librairie des Quatre Chemins. - Photo CHARLES DELCOURT/LIGHT MOTIV

Dédiée aux littératures de l’imaginaire, la librairie des Quatre Chemins a suivi la même piste en décembre 2013. Avec un nouvel emplacement, à quelques encablures du Furet mais une surface presque deux fois plus grande (100 m2), Christophe Coquelet, fondateur de la librairie, compte doubler son CA pour le porter à 300 000 euros d’ici à la fin 2016. Il envisage également l’ouverture d’un second niveau, qui devrait lui permettre de proposer un rayon mythologie-contes et légendes, et d’élargir son offre d’occasion.

Un peu plus excentrée mais avec les mêmes problématiques, Lilya Aït Menguellet songe elle aussi à trouver un nouvel écrin pour Meura, l’institution lilloise de 40 m2 consacrée aux sciences humaines qu’elle a rachetée en 2009. En attendant, elle place beaucoup d’espoir dans le retour à sa porte de Sciences po, prévu pour la rentrée 2016.

Soazic Courbet, librairie Dialogues Théâtre.

Plus près de la grand-place, Soazic Courbet, à la tête depuis 2012 de Dialogues Théâtre, l’une des cinq librairies françaises dédiées aux arts vivants, a parié sur l’originalité de ses animations pour se différencier. "Plus c’est fou, plus ça fonctionne", assure celle qui n’hésite pas à programmer des speed datings, des speed actings ou des massages littéraires. Une stratégie qui, conjuguée à une réorganisation de l’assortiment pour privilégier l’autonomie des clients, a permis à la jeune libraire de stopper l'hémorragie de son activité.

Sans oublier

La Fnac et la Librairie Saint-Michel, généralistes, BD + Café et Manga no Yume, spécialisées en BD et manga, L’Espace du dedans, librairie-galerie dédiée aux arts, La Clé et Le Monde d’Uranie, centrées sur l’ésotérisme, L’Olivier, qui couvre le Maghreb, le Proche et le Moyen-Orient et l’Asie.

La plus vieille librairie lilloise

Charlotte Valois (à gauche) et ses collaboratrices, librairie Tirloy - Photo CHARLES DELCOURT / LIGHT MOTIV


Innover est également l’option choisie par Charlotte Valois. Propriétaire depuis 2010 de Tirloy, librairie à forte tonalité religieuse et littéraire qu’elle pilote avec sa mère, elle a mis en place l’opération "Libraires en campagne", s’invitant chez les gens pour vanter ses coups de cœur. Toujours pour donner un coup de jeune à la plus vieille librairie lilloise, elle changera prochainement son mobilier. Elle mène parallèlement un travail sur son assortiment, qu’elle élargit à des secteurs porteurs, tel le développement personnel, et sur sa vitrine, outil "essentiel pour faire entrer les gens". Elle l’a particulièrement soignée pour les RNL (Rencontres nationales de la librairie), à l’occasion desquelles, comme la plupart de ses confrères, elle restera ouverte samedi 20 juin jusqu’à 21 h. C. Ch.







Commentaires (0)

Espace réservé aux abonnés

Livres Hebdo a besoin de votre voix. Nous apprécions vos commentaires sur le sujet, vos critiques et votre expertise. Les commentaires sont modérés pour la courtoisie.

Connectez-vous Pas encore abonné ? Abonnez-vous

On vous
RECOMMANDE

Les dernières
actualités