Polémique

Salman Rushdie déplore "des renoncements" à la liberté d'expression

Salman Rushdie - Photo PHOTO OLIVIER DION

Salman Rushdie déplore "des renoncements" à la liberté d'expression

Dans une interview à L'Express ce mercredi 22 juillet, le romancier et essayiste britannique revient sur l'affaire des Versets sataniques vingt-cinq ans plus tard, en regard des attentats de Charlie Hebdo.

J’achète l’article 1.50 €

Par Marine Durand,
avec AFP,
Créé le 22.07.2015 à 14h00,
Mis à jour le 22.07.2015 à 14h31

Salman Rushdie était déjà monté au créneau contre les auteurs boycottant l'hommage du PEN à Charlie Hebdo, il réaffirme aujourd'hui ses propos. Dans une longue interview donnée au magazine L'Express et publiée ce mercredi 22 juillet, l'écrivain britannique Salman Rushdie estime que de "mauvaises leçons" ont été tirées de l'affaire des Versets sataniques (paru chez Bourgois en 1998), regrettant face à l'extrémisme "des compromis et des renoncements" en matière de liberté d'expression.

"Plus de vingt-cinq ans après Les Versets sataniques, il semble qu'on en ait tiré de mauvaises leçons. Au lieu d'en déduire qu'il faut s'opposer à ces attaques contre la liberté de s'exprimer, on a cru qu'il fallait les calmer par des compromis et des renoncements", déclare le romancier et essayiste d'origine indienne, qui avait été visé en 1989 par une fatwa émise par l'ayatollah Khomeini et levée par l'Iran en 1998. "L'extrémisme constitue une attaque contre le monde occidental autant que contre les musulmans eux-mêmes", estime également Salman Rushdie. "Garder le silence ne rend pas service aux musulmans."

Choqué par les réactions post-Charlie Hebdo

"Qui fait-on souffrir en Irak aujourd'hui ?", interroge Salman Rushdie quelques pages plus loin. "Ce sont avant tout des musulmans qui massacrent d'autres musulmans (...). Lors de l'affaire des Versets sataniques, les partisans des ayatollahs menaçaient d'abord, à Londres ou ailleurs, ceux qui n'approuvaient pas la fatwa lancée contre moi. (...) Combattre l’extrémisme, ce n'est pas combattre l'islam. Au contraire, c'est le défendre", ajoute l'écrivain.

Comme il l'avait fait publiquement début mai, Salman Rushdie se dit à nouveau "choqué", dans cet entretien, par le fait que certains écrivains aient boycotté la dernière cérémonie du PEN American Center à New York au prétexte que deux journalistes de Charlie Hebdo y recevaient un prix célébrant la liberté d'expression.

"J'ai eu la sensation que si les attaques contre les Versets sataniques avaient lieu aujourd'hui, ces gens ne prendraient pas ma défense et useraient de ces mêmes arguments contre moi en m'accusant d'insulter une minorité ethnique et culturelle", explique plus loin l'auteur britannique. Reconnaissant avoir "beaucoup souffert d'être condamné à la pénombre et à la clandestinité" après la parution du roman en 1989, Salman Rushdie souligne toutefois "apprécie(r) tout de même qu'avec le temps, on ait dépassé tout ce tumulte pour enfin s'intéresser au fond de l'ouvrage, que l'on étudie dans toutes les universités."
 

Commentaires (0)

Espace réservé aux abonnés

Livres Hebdo a besoin de votre voix. Nous apprécions vos commentaires sur le sujet, vos critiques et votre expertise. Les commentaires sont modérés pour la courtoisie.

Connectez-vous Pas encore abonné ? Abonnez-vous

On vous
RECOMMANDE

Les dernières
actualités