Entretien

Sarah Rivens : « Ce n’est pas parce que je suis publiée que je vais abandonner ma communauté »

Sarah Rivens, dans les locaux de Livres Hebdo, en novembre 2023 - Photo Olivier Dion

Sarah Rivens : « Ce n’est pas parce que je suis publiée que je vais abandonner ma communauté »

Propulsée sur le devant de la scène grâce à son best-seller Captive, Sarah Rivens revient avec la version numérique de son nouveau roman Lakestone, toujours publié chez HLab.

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Par Pauline Gabinari,
Créé le 10.12.2023 à 18h00 ,
Mis à jour le 15.12.2023 à 17h49

Livres Hebdo : Il y a cinq ans vous étiez inconnue du monde de l’édition. Aujourd’hui vous cumulez plus de 700 000 exemplaires vendus de Captive en France. Pouvez-vous nous raconter le parcours qui vous a menée
à ce succès ? 

Sarah Rivens : J’ai commencé à écrire à 11 ans, mais je ne terminais jamais mes histoires. Un jour, une de mes amies m’a poussée à m’inscrire sur Wattpad. J’ai écrit quelques textes et puis j’ai commencé Captive. Le bouche-à-oreille fonctionnait bien, j’ai atteint le million de vues sur la plateforme jusqu’au jour où des influenceuses ont fait le buzz avec des vidéos TikTok. Ça a été viral et mes vues ont explosé. Tout est allé très vite ensuite, BMR m’a contactée en février et le premier tome est sorti en juin.

Sans Wattpad, auriez-vous de vous-même envoyé le manuscrit de Captive à un éditeur ? 

Pas du tout ! Quand on ne vient pas du milieu de l’édition, on se dit que c’est trop gros. Dans ma tête, j’étais juste une fille qui allait en cours et qui écrivait dans sa chambre. Jamais je n’aurais pensé en faire mon métier. Ça me fait d’ailleurs bizarre de dire ça ! 

Une fois les droits du texte achetés, quel a été le travail éditorial ? 

Pour le premier ouvrage, on a eu à peu près deux mois et demi de travail éditorial ; on a restructuré tout le texte et amélioré l’écriture. On enlève aussi ce que l’on appelle le « précédemment » sur Wattpad – des paragraphes qui permettent de rappeler ce qui s’est passé dans les chapitres précédents, comme il peut y avoir parfois quelques semaines ou quelques mois entre deux publications de chapitres. Une fois que le livre est publié, on retire l’histoire de la plateforme pour n’y laisser que les premiers chapitres.

La notion de communauté est au cœur de Wattpad. Comment l’expliquez-vous ? 

Sur ce type de plateforme, on crée un lien différent avec les lecteurs car ils peuvent interagir avec nous, commenter les chapitres, les liker… C’est un lien vraiment vivant, moins froid, plus détendu et familier. Par exemple, ma communauté est très drôle et je ris beaucoup avec elle ! 

En chiffres

Vous comptabilisez plus de 400 000 abonnés sur les réseaux. Aviez-vous déjà une communauté aussi forte avant Captive

Non, et je n’ai pas cherché à en avoir. C’est seulement vers la fin du tome 1 que j’ai commencé à avoir une « vraie communauté ». Par contre, dès le début, j’ai eu des gens qui me lisaient sur Wattpad et c’est leur fidélité qui m’a poussée à continuer d’écrire et à finir Captive.

Quel est le profil de cette communauté ? 

Au début, mes lecteurs étaient des 18-25 ans, je pouvais le voir grâce aux outils d’analyse de la plateforme ; mais maintenant, avec les publications papier, je n’arrive plus du tout à me rendre compte de qui me lit. J’ai l’impression que je vois davantage de personnes de plus de 25 ans à mes dédicaces, mais cela reste assez vague. Par contre, ce qui est sûr, c’est que ce sont majoritairement des femmes.

Lakestone, votre deuxième livre, sort en version numérique chez BMR le 1er décembre, mais vous avez quand même souhaité le finir sur Wattpad avant de le publier. Pourquoi ? 

J’avais déjà commencé Lakestone avant que BMR me contacte. Pour moi, c’est important si l’histoire a commencé sur Wattpad et si elle a déjà une communauté là-bas de ne pas briser ce pacte avec les lecteurs. D’une certaine manière, ce n’est pas parce que je suis publiée que je vais abandonner ma communauté sur la plateforme.

Vous-même, vous étiez d’ailleurs une grande lectrice sur Wattpad il y a quelques années… 

Tout à fait ! Je lis sur Wattpad depuis mes 12 ans et j’ai toujours gardé une vraie affection vis-à-vis de cette plateforme.

Avez-vous remarqué des évolutions en dix ans ? 

De mon point de vue, à ses débuts, la fanfiction était très présente sur la plateforme. Puis, peu à peu, la romance et les romans ont pris le dessus. Récemment, Wattpad a aussi mis en place une formule payante alors que, avant, l’intégralité des textes étaient gratuits.

Récemment, une sous-catégorie de la romance appelée dark romance a aussi explosé. Captive et Lakestone peuvent d’ailleurs être rangés dans ce rayon. Comment expliquez-vous cette appétence ? 

Personnellement, ce que j’aime dans la dark romance, c’est de comprendre la psychologie des personnages. Le fait d’avoir un passé très violent, de comprendre comment le personnage a pu le maîtriser, avec quoi il est sorti de son trauma, je trouve tout ceci passionnant et je pense que beaucoup de lecteurs aiment lire cette catégorie de livres pour ça.

Au-delà de la dimension psychologique, on retrouve aussi beaucoup de violence dans ces textes…

Je ne peux pas parler pour mes lecteurs, mais de mon côté, je suis d’un naturel angoissé et, paradoxalement, j’aime beaucoup les histoires d’horreur car je ressens alors une autre forme d’angoisse qui n’est plus celle que je vis. Cela me permet d’une certaine manière de prendre de la distance. 

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