Avant-critique Roman

Toshikazu Kawaguchi, "Le café du temps retrouvé" (Albin Michel) : Odeur du temps et de café

Toshikazu Kawaguchi, "Le café du temps retrouvé" (Albin Michel) : Odeur du temps et de café

Toshikazu Kawaguchi - Photo © Photo publiée avec l'aimable autorisation de Sunmark Publishing, Co (Tokyo, Japon)

Toshikazu Kawaguchi, "Le café du temps retrouvé" (Albin Michel) : Odeur du temps et de café

Toshikazu Kawaguchi retrouve l'inspiration au fond de sa tasse de café et en agite le marc pour de nouvelles histoires teintées de nostalgie.

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Par Sean Rose,
Créé le 17.11.2022 à 14h00

Le rationalisme européen, longtemps hégémonique, et qui l'est toujours un peu quand même dans les cerveaux occidentaux, ne croit ni aux fantômes ni à une quelconque manifestation de vie au-delà de la vie. Mais pour un Indien d'Amazonie, « réalisme magique » est une sorte de pléonasme : le monde est ouvert, qui bruisse de mille signes dans la nature et la magie fait partie intégrante du réel. De même, les Japonais, de culture shintoïste, c'est-à-dire d'une religion animiste qui envisage l'âme en toutes choses, n'auront sans doute pas été autant surpris qu'un public cartésien de voir les jouets dans Toy Story prendre leur autonomie. La littérature de l'archipel est peuplée d'objets ou de yokai, êtres surnaturels qui se meuvent parmi nous et nous jouent des tours. Alors une histoire de café où, en consommant la boisson chaude, on voyage littéralement dans le passé, ne semble pas plus tirée par les cheveux que ça. Ce fantastique quasi prosaïque, où rêve et quotidien se mêlent, a un goût familier qui plaît. Tant que le café est encore chaud de Toshikazu Kawaguchi a fait florès avec plus d'un million d'exemplaires vendus au Japon et de nombreuses traductions dans le monde. Ici, l'auteur à succès rempile avec la même recette où, le temps d'une tasse, les clients embarquent pour le passé. Le café du temps retrouvé est une manière de suite. On replonge dans le décor du Funiculi Funicula de Tant que le café est encore chaud (qui ressort au Livre de Poche), l'échoppe tokyoïte coincée dans une ruelle près de la gare. La règle n'a pas changé : s'asseoir à la place assignée à la télétransportation vers les jours enfuis, attendre que la personne qui s'y est installée aille aux toilettes et occuper en son absence ce siège spécial.

Un homme veut revoir ce meilleur ami mort il y a vingt-deux ans et dont il a élevé la fille comme la sienne sans lui révéler la vérité du décès accidentel de ses parents biologiques. Un fils regrette de n'avoir pu assister aux funérailles de sa mère, un autre client souhaite revoir cet amour qu'il n'a pu épouser, un vieux policier aurait voulu faire ce cadeau à sa femme, le plus beau qui soit... Chacun a ses raisons. Attention, « une fois de retour dans le passé, quoique l'on fasse, on ne peut pas changer le présent ». D'où une certaine déception de ceux qui entreprennent l'étrange odyssée. On ne fait que se confronter aux événements révolus et rencontrer ses chers disparus. Boire le noir breuvage n'est-ce pas en vérité faire un retour sur soi, en assumer l'amertume ? Pour retrouver enfin quelque douceur dans les effluves du souvenir.

Toshikazu Kawaguchi
Le café du temps retrouvé Traduit du japonais par Mathilde Tamae-Bouhon
Albin Michel
Tirage: 25 000 ex.
Prix: 18,90 € ; 224 p.
ISBN: 9782226475343

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