D'aussi loin que je me rappelle, la bande dessinée a fait partie de ma vie. Elle a empli mon imaginaire d'enfant et façonné celui de l'adulte à venir. On m'a d'ailleurs souvent dit que je pourrais être un personnage de BD. Il n'y a pas de hasard.
« On va faire Lyon BD à Beyrouth mais avec tous les livres ! »
À 12 ans, j'écrivais avec mon frère aux auteurs de nos héros préférés. Nous adressions nos courriers aux maison d'édition et certains nous répondaient avec en retour des signatures, et parfois des dessins. J'ai encore dans mes cartons quelques croquis ainsi obtenus de François Walthéry, Willy Lambil, ou Albert Uderzo.
En 2006, nous avons lancé avec quelques copains le Lyon BD festival, une fantaisie devenue projet pour lequel j'ai œuvré pendant une quinzaine d'années. Si les signatures étaient présentes, elles passaient au second plan face à l'exploration que nous menions avec les auteurs et autrices auxquelles nous offrions la ville comme terrain de jeu. Terrain qui m'a longtemps semblé inépuisable, jusqu'à ce que la crise sanitaire passe par là et que je commence à en voir se dessiner les frontières.
J'ai alors eu envie d'ailleurs et l'ailleurs a pris la forme d'un poste à l'ambassade de France au Liban. Là-bas j'ai eu le privilège de redessiner le salon du livre francophone, interrompu depuis quatre ans, pour en faire le festival littéraire Beyrouth Livres. De signatures, il a été question à nouveau mais, encore une fois, elles étaient loin d'être au cœur de ce nouveau projet. Je le décrivais à l'époque en disant : « On va faire Lyon BD à Beyrouth mais avec tous les livres ! » Et c'est à peu près ce qui s'est passé.
De ce festival on retient les lectures dessinées devant le musée Sursock encore marqué par l'explosion du port, des pieds de nez à la guerre tels que le « Rendez-vous des enfants » ou l'exposition Mais fichez-nous la paix ! de Serge Bloch et Chaker Bou Abdalla, tenus dans un pays en proie aux bombardements israéliens.
Peu de signatures dans tout ça. C'est tout le reste qui a mis du piment dans ces années que j'aurai passées à marcher autour de ce qui m'avait toujours habité.
Ah si, une signature quand même. Celle de mon premier contrat d'édition, celle de ma première BD chez Delcourt. Elle sortira dans quelques mois, et j'y raconterai mes années au pays du cèdre. La boucle est ainsi bouclée et l'enfant de 12 ans que j'étais m'adresse un clin d'œil. Lui qui aurait voulu devenir auteur de bande dessinée mais qui pensait que ce n'était pas un vrai métier.
