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Décès de l’auteur suédois Per Olov Enquist

Per Olov Enquist - Photo WIKICOMMONS.

Décès de l’auteur suédois Per Olov Enquist

L'auteur suédois, romancier, biographe, dramaturge et journaliste, est mort ce week-end, laissant une œuvre mélancolique et puissante.

Par Vincy Thomas,
avec AFP,
Créé le 27.04.2020 à 10h06,
Mis à jour le 27.04.2020 à 11h00

Per Olov Enquist, une des figures marquantes de la littérature scandinave du XXe siècle, est décédé à l'âge de 85 ans, a annoncé dimanche sa famille à des médias suédois.

Romancier, dramaturge, journaliste, essayiste, ses écrits ont été traduits dans des dizaines de langues, depuis L'œil de cristal, publié en 1961, jusqu'au Livre des paraboles, en 2013 (Actes Sud), hymne à la vie, à l'écriture et à la sexualité. Ses romans Le Cinquième hiver du magnétiseur (Flammarion, réédité par Actes Sud), Hess (L’Herne), Le second (Actes Sud), Le Départ des musiciens (Actes Sud), L'Ange déchu (Actes Sud), La Bibliothèque du capitaine Nemo (Actes Sud) et Blanche et Marie (Actes Sud) ont été notamment publiés en français.

Prolifique et éclectique, il a aussi publié un recueil de nouvelles (Récits du temps des révoltes ajournées, Critérion), deux livres pour la jeunesse (Grand-père et les loups et La montagne aux trois grottes, à La joie de lire), plusieurs pièces de théâtre, et des essais dont la biographie August Strindberg (Flammarion). De nombreux ouvrages restent inédits en France.

Auteur récompensé

Son roman sur la folie du roi Christian VII de Danemark, Le médecin personnel du roi, lui a valu en 1999 le prix August, la plus haute récompense littéraire suédoise et, en 2001, en France, le prix du Meilleur livre étranger. Son autobiographie Une autre vie, parue en Suède en 2008 et en France chez Actes Sud en 2010, a été couronnée par un second prix August. L'auteur y narre sa jeunesse solitaire dans l'extrême nord de la Suède auprès de sa mère institutrice, veuve, luthérienne rigoriste qui rêvait pour lui du séminaire.

Né le 23 septembre 1934, figure dominante de la littérature scandinave du XXe siècle, le Suédois Per Olov Enquist a produit une œuvre puissante en plongeant dans les ombres de l'histoire et de sa propre biographie, mélancolique et tonitruante. Il a grandi dans un décor bergmanien avec le souvenir d'avoir hérité du lit destiné à son frère mort à la naissance, de l'absence d'un père décédé alors qu'il n'avait pas un an et de sa mère qui le poussait à inventer des péchés à confesser.

Journaliste sportif

Il avait accédé à la reconnaissance internationale en 1968 avec L'extradition des Baltes (Actes Sud), une enquête à charge contre la Suède qui, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, a renvoyé en Union soviétique des soldats des pays Baltes réfugiés. Il est distingué par le Grand prix de littérature du conseil nordique.

"Rares sont ceux qui ont inspiré tant d'autres écrivains, renouvelé comme lui le roman documentaire et vitalisé l'art dramatique suédois", ont réagi dimanche ses éditeurs suédois de la maison Norstedts.

Il manque de peu la qualification pour les Jeux olympiques de Rome en 1960 et se retrouve, comme journaliste, au cœur des JO 1972 de Munich, où onze athlètes israéliens sont tués par le commando palestinien "Septembre noir". Il décrit cet événement dans La Cathédrale olympique ou Munich 72 (Pandora).

Alcool et écrits

"Je crois que toute ma vie j'ai voulu être écrivain et je n'ai jamais laissé tomber. Il n'a pas été facile de survivre...", racontait Enquist à l'AFP en 2011. Dans son appartement de Stockholm où il recevait alors, un pan entier de mur était masqué par des livres de poésie, de théâtre, par des romans ou des contes: son œuvre, rien que son œuvre, en suédois, anglais, français, russe, etc.

"C'est ma bibliothèque égocentrique, expliquait-il. A chaque fois que je perds le moral parce que je ne parviens pas à écrire, je la regarde et je me dis ‘allez, ce mur fait sept mètres de long, j'ai donc fait un petit quelque chose dans ma vie, alors je peux mourir’".

Per Olov Enquist, c'est aussi une lutte à mort contre l'alcoolisme. Il passe trois ans à Paris, sans quasiment dessoûler. "Je vivais dans un somptueux appartement sur les Champs-Elysées, mais je ne pouvais rien écrire (...) Je me souviens de la magnifique vue que j'avais depuis le balcon, Paris était très beau à regarder, mais je n'arrivais pas à l'utiliser". La troisième cure est la bonne, parce qu'on lui laisse son ordinateur et qu'un beau jour, il se rend compte qu'il est "toujours un écrivain".

"Le plus terrible pour un écrivain, ce n'est pas d'écrire, mais de ne pas écrire. C'est une période de ma vie qui est maintenant derrière moi et que j'ai été content de raconter", expliquait-il.
 

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