Dossier histoire

Dossier histoire : retour vers le passé

Dossier histoire : retour vers le passé

Dossier histoire : retour vers le passé

Les ouvrages destinés au grand public tirent un secteur de l’édition d’histoire qui a plutôt bien traversé 2013, soutenu par le succès inattendu de quelques titres ambitieux. Pour les éditeurs, le centenaire de la Grande Guerre, qui n’a pas encore tenu toutes ses promesses, s’impose comme le défi de l’année.

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Par Charles Knappek,
Créé le 31.01.2014 à 00h43 ,
Mis à jour le 03.04.2014 à 17h10

Ce n’est pas encore la folle croissance, mais le secteur de l’édition historique s’est plutôt bien comporté en 2013. Les locomotives de l’année écoulée s’appellent Franck Ferrand, Lorànt Deutsch, Stéphane Bern, Jean Sévillia, Jean des Cars, Jean-François Kahn… mais pas seulement. Quelques ouvrages singuliers, à l’image de Quattrocento (Flammarion), écoulé à plus de 30 000 unités, Le rhinocéros d’or (Alma), autour de 9 000, ou encore Conjurer la peur de Patrick Boucheron (Seuil), à 6 000 exemplaires depuis le 24 octobre, ont déjoué les pronostics et sont parvenus à trouver leur public. "Quattrocento est quand même un livre qui raconte comment la Renaissance a émergé suite à la simple redécouverte d’un manuscrit. Ce n’est pas une thématique évidente", relève Sophie Berlin, directrice éditoriale chez Flammarion.

Croissance élevée

Plus attendue chez Perrin, l’Histoire de la Résistance d’Olivier Wieviorka a séduit 17 000 lecteurs. Un succès qui prouve que "l’histoire académique a encore une place en France quand elle propose des grandes synthèses ou des grandes biographies", se félicite l’éditeur Nicolas Gras-Payen, adjoint du directeur de la maison. Celle-ci revendique également 10 000 ventes pour la biographie de Joukov, parue en septembre. Certains éditeurs annoncent une croissance élevée. "Notre chiffre d’affaires a progressé de 5 à 7 %. Notre passage à la diffusion Harmonia Mundi nous a permis d’être présents dans 1 000 librairies, contre 400 auparavant", indique Carl Aderhold, directeur général de Vendémiaire. Au Seuil, "nous avons enregistré 25 à 30 % de hausse pour la collection “L’univers historique", révèle Séverine Nikel. L’année a été très bonne, nous publions les livres auxquels nous croyons." Même son de cloche chez Ixelles : la maison récemment fondée par Serge Martiano revendique une croissance de 30 % en concentrant sa production sur la Seconde Guerre mondiale et l’histoire narrative. Raid sur Saint-Nazaire s’est vendu à environ 4 000 exemplaires depuis janvier 2013.

Chez Perrin, Nicolas Gras-Payen annonce un chiffre d’affaires "en progression de 12 %", alors même que l’éditeur poursuit sa politique de réduction du nombre de titres publiés annuellement. Histoire passionnée de la France de Jean Sévillia est le best-seller de 2013 avec 40 000 ventes depuis octobre. Pour Sophie Berlin, Flammarion s’inscrit dans la même tendance avec, outre Quattrocento, le succès de titres aussi divers que L’Amérique avant les Etats-Unis ou L’événement Socrate. Christophe Guias, directeur littéraire chez Payot-Rivages, observe que la BD Mauvais genre de Chloé Cruchaudet (Delcourt), multiprimée, est directement inspirée de La garçonne et l’assassin que sa maison a publié. "On voit rarement un livre d’histoire adapté en bande dessinée, cela a redynamisé notre titre et ce n’est pas fini puisqu’il y aura aussi un film", se réjouit-il. Payot a par ailleurs publié La ville de l’éternel printemps, consacré à Dalat, en Indochine. Chez Armand Colin, Jérusalem 1900 de Vincent Lemire et Kennedy, une vie en clair-obscur de Thomas Snégaroff, figurent parmi les bonnes ventes, selon Stéphane Bureau, directeur délégué à l’édition.

Si l’embellie est encourageante, les acteurs sont encore loin de tirer des plans sur la comète. "2013 aura été une année de bonne résistance, mais de résistance tout de même", estime Xavier de Bartillat, P-DG de Tallandier. "Aujourd’hui, 3 000 à 4 000 exemplaires, c’est déjà bien. Mais la vente des livres d’histoire en général ne ressemble pas à ce qu’elle a été il y a dix ou vingt ans", reconnaît Ran Halévi, directeur de collections chez Gallimard, qui regrette notamment que Le pouvoir absolu d’Arlette Jouanna, paru en mars, n’ait pas trouvé plus d’écho. "En tenant une position médiane entre les ouvrages de recherche et les ouvrages grand public, on n’emprunte pas le chemin le plus facile", confirme Hélène Monsacré, éditrice chez Albin Michel. Dès lors, avec près de 3 000 exemplaires vendus, Le mystère des rois de Jérusalem d’Elisabeth Crouzet-Pavan, "aboutissement d’une vraie recherche, d’une vraie réflexion, fondées sur un travail qui se fait à partir des sources en les re-problématisant", constitue pour Albin Michel une réelle satisfaction.

Rares et âgés

"Hormis quelques titres portés par des historiens emblématiques, mais de plus en plus âgés et de plus en plus rares, l’histoire académique continue de reculer", déplore cependant Fabrice d’Almeida, directeur littéraire histoire chez Fayard. Pour lui La douceur de l’ombre d’Alain Corbin a dépassé les 11 000 exemplaires "grâce à la notoriété de Corbin et à la légitimité qu’il s’est construite au fil des ans". Fayard poursuivra sa collaboration avec l’historien puisqu’un nouvel ouvrage, au titre encore inconnu, est annoncé pour la fin de l’année. Du même auteur, en mars, Flammarion publie Sois sage, c’est la guerre, un petit livre qui compile les souvenirs d’enfance de l’historien dans le Cotentin. De son côté, le Seuil rend hommage au grand ancien, Jacques Le Goff, 90 ans en 2014, avec la parution de Faut-il vraiment découper l’histoire en tranches ?, un court essai qui postule l’existence d’un très long Moyen Age, courant jusqu’au XVIIIe siècle. Quant à Perrin, il vient de publier en grand format A l’école des anciens de l’historien Lucien Jerphagnon, disparu en 2011 et, directement en "Tempus", un recueil de texte du même auteur intitulé Les miscellanées d’un Gallo-Romain.

Le format poche se prête toujours à la parution d’inédits. "Tempus" accueille cette année un recueil d’articles du résistant Jean-Louis Crémieux-Brilhac. "L’économie du poche est fragile, on doit faire attention à nos choix, estime toutefois Nicolas Gras-Payen. Parfois, l’auteur le demande afin d’être plus accessible pour ses lecteurs. Certains sujets se défendent bien en poche inédit : les petits formats et les recueils." En "Points", le Seuil propose notamment l’inédite Histoire des Carolingiens. Tallandier continue de renforcer"Texto" avec quelque 35 parutions par an, dont beaucoup d’inédits. "Pour exister face aux grandes collections de poche, il faut avoir une certaine visibilité, justifie Xavier de Bartillat. Aujourd’hui, avec 190 titres, "Texto" est à parité avec les autres collections et elle est compétitive, avec des ventes moyennes de 2 000 à 4 000 exemplaires au titre, équivalentes à celles de ses concurrentes."

Trois maisons d’édition se sont dotées d’une collection de poche en 2013 : Ellipses, Armand Colin et Vendémiaire. "Notre catalogue est très riche, nous avions besoin de le faire vivre en poche pour toucher un public plus large", explique Anne Lacambre, chez Ellipses. L’éditeur universitaire a lancé "Poche Ellipses" en septembre, avec notamment cinq titres historiques."L’accueil en librairie est très bon", se réjouit Anne Lacambre, qui annonce au moins deux nouvelles parutions en 2014. De la même façon, Armand Colin s’appuie sur la publication de nombreux classiques du fonds pour soutenir la production d’"Armand Colin poche". L’éditeur a par ailleurs refondu sa collection "128 ", en intégrant les titres de "Récap" et a procédé à un changement des couvertures de "Cursus".

Chez Vendémiaire, la collection poche "Echo" permet"d’installer les ouvrages de référence dans la durée", selon Carl Aderhold, comme de publier directement quelques inédits tels que Qui a volé la Joconde ?. 2013 a été particulièrement riche pour Vendémiaire, puisque la maison a lancé deux autres collections : "Empires", centrée sur l’histoire coloniale et, sur le segment de l’histoire militaire, "Le temps de la guerre ". Au Seuil, une nouvelle collection pluridisciplinaire dédiée aux enjeux écologiques globaux a vu le jour sous le nom"Anthropocène", qui désigne l’époque géologique actuelle.

Autre segment en devenir : l’histoire globale. "Beaucoup de travaux intéressants publiés dans les pays anglo-saxons confirment son essor régulier (Chine, Asie du Sud-Est, Afrique), observe Hélène Monsacré, chez Albin Michel. S’il n’y avait pas le problème du coût des traductions, c’est dans cette direction qu’il faudrait regarder." Le succès rencontré par l’historien indien Sanjay Subrahmanyam chez Alma avec Vasco de Gama pourrait inspirer d’autres éditeurs. Le Seuil reprend d’ailleurs l’ouvrage en "Points " tandis qu’Alma a publié un nouveau titre, Comment être un étranger : Goa-Ispahan-Venise - XVIe-XVIIIe siècle. "Notre ligne éditoriale est caractéristique de l’histoire plurielle, rappelle Jean-Maurice de Montremy, le P-DG d’Alma. C’est également dans cette ligne que nous avons publié Le rhinocéros d’or." Avec Ni cru ni cuit, une histoire de l’aliment fermenté dans les différentes cultures à paraître en avril, la maison restera sur le même axe.

Du global au national

Toujours sous la signature de Sanjay Subrahmanyam, Fayard proposera pour sa part en avril Aux origines de l’histoire globale, qui reprend la leçon inaugurale donnée fin 2013 par l’auteur au Collège de France. Le Seuil va continuer à développer la thématique en publiant des traductions d’histoire mondiale coordonnées par Patrick Boucheron et Romain Bertrand, à raison d’un titre par an. Perrin devrait annoncer un ouvrage en 2015. De son côté, Flammarion a bénéficié des bons résultats d’Une histoire du monde en 12 cartes, paru en septembre, tandis que Belin se distinguait avec Révolutions, un beau livre tiré à 4 000 exemplaires. A l’automne, Payot-Rivages proposera le prochain livre de Frederick Cooper, sur la citoyenneté dans l’Afrique coloniale.

Malgré l’engouement pour l’histoire globale, les succès éditoriaux continuent de se construire sur l’histoire nationale. Aux Puf, la P-DG Monique Labrune affiche sa "grande satisfaction" devant les résultats de la collection"Une histoire personnelle de la France", dirigée par Claude Gauvard, "qui a reçu un accueil très favorable et dont les ventes correspondent parfaitement aux attentes". Les premiers volumes, réimprimés, deviennent déjà des titres de fond. De la même façon, l’"Histoire de France" de Belin s’installe de plus en plus comme une collection de référence. "C’est notre meilleure vente en histoire de France, indique Cédric Neuser, libraire chez Maupetit, à Marseille. La qualité du contenu et de l’iconographie a fait la différence." Au Seuil l’"Histoire de France contemporaine" tire, elle aussi, son épingle du jeu. Armand Colin a réalisé sa meilleure vente de l’année avec la réédition d’Histoire de France de la Gaule à nos jours d’Ernest Lavisse, complétée par Dimitri Casali.

2014 sera aussi l’année des biographies. Belin renforce sa collection "Portraits historiques" avec des titres consacrés à Jean Zay, Toussaint Louverture et Philippe Auguste. "Les biographies servent souvent de prétexte. Dans cette collection, nous partons du personnage pour comprendre comment il a façonné la période", explique la P-DG, Sylvie Marcé. L’an dernier, Robespierre, Louis XV et Mahomet se sont distingués chez l’éditeur. Perrin proposera Salan, Lawrence d’Arabie, Gorbatchev. Après avoir publié des titres sur Nixon, Jean Bart, André Lenôtre ou encore Willy Brandt, Fayard annonce un Pie XII par Pierre Milza. Mais pour Fabrice d’Almeida, le livre fondamental de Fayard en 2014 sera Une histoire de la pédophilie, XIXe-XXe siècles, à paraître en avril. "L’auteure montre comment on est passé d’un déni complet à une prise de conscience progressive. Elle se livre aussi à une attaque en règle de Gide, pédophile protégé par tous", raconte l’éditeur. Au Seuil, Séverine Nikel signale A toutes voiles vers la vérité, qui "aborde l’histoire de la révolution philosophique par l’histoire des pratiques, des lieux de savoir ou des réseaux d’amitié". La maison publie aussi en mars Le génocide au village, sur la réalité horizontale du génocide rwandais. Une thématique abordée également chez Belin dans Rwanda : racisme et génocide, paru en septembre. Preuve que les éditeurs n’ont pas renoncé à l’exigence, Albin Michel publiera Les légendes du sang, sur cinq siècles d’antisémitisme en Pologne ; Flammarion propose le nouveau livre de Stephen Greenblatt, Theatro mundi ; Tallandier a lancé en janvier Sous le feu, une réflexion pratique sur la manière dont un soldat réagit face au danger extrême, et dans laquelle Xavier de Bartillat "croit beaucoup" ; et Payot parie sur Hiver : histoire d’une saison. En 2014, il y en aura pour tous les goûts.

L’histoire en chiffres

La femme est l’avenir de l’histoire

Longtemps très masculine, l’histoire au féminin inspire les éditeurs et dynamise leurs ventes. Pygmalion a obtenu l’un de ses meilleurs succès avec 12 couturières qui ont changé l’histoire. First a publié fin 2013 L’histoire des femmes pour les nuls. "Cette thématique manquait cruellement à notre catalogue, nous avons vendu 1 500 exemplaires dès le premier mois", se félicite Marie-Anne Jost-Kotik, directrice éditoriale du pôle référence. Autres marques d’Edi 8, au sein du groupe Editis, Gründ a fait sa meilleure vente de l’année avec l’ouvrage traduit de l’allemand Les femmes qui pensent sont dangereuses, écoulé à 10 000 unités ; et Perrin surfe sur la mode lancée par Diane Ducret, l’auteure de Femmes de dictateur, avec en mars Reines d’Afrique, le roman vrai des premières dames, signé par Vincent Hugeux, grand reporter à L’Express.

Chez Tallandier, les 7 000 exemplaires de Madame Elisabeth, sœur de Louis XVI constitue l’une des "bonnes surprises de 2013", selon le P-DG Xavier de Bartillat. La maison a également publié Les femmes et le sexe dans la Rome antique en août dernier et revendique les bonnes performances de la biographie d’Angela Merkel, portée par les élections allemandes de l’automne. Tallandier a aussi lancé Olympe de Gouges le 2 janvier. Chez Larousse, Elles au 20e siècle est venu enrichir la collection de fac-similés "Les documents de l’histoire". Ellipses a proposé une Histoire des femmes dans la France des XIXe et XXe siècles, un titre qui se "comporte bien", selon l’éditrice Anne Lacambre. Enfin, Armand Colin va consacrer un ouvrage aux mères dans sa collection "Vies d’autrefois".

Tous dans les tranchées

 

Alors que le centenaire de la Première Guerre mondiale suscite déjà plus de 200 nouveautés parues ou à paraître, et que les ventes restent modestes, les éditeurs rivalisent d’imagination pour faire émerger leurs titres du lot.

 

D’un strict point de vue calendaire, le centenaire de la Première Guerre mondiale a beau ne démarrer qu’au mois d’août prochain, il y a longtemps que les éditeurs ont ouvert des hostilités qui devraient perdurer jusqu’en 2018, et investi les librairies avec un déluge de nouveaux titres. Plus de 200 sont déjà parus depuis septembre ou sont annoncés d’ici mars (voir la bibliographie p. 74). Or, si certains ouvrages tirent leur épingle du jeu, l’effet de mode se concrétise difficilement en termes de ventes. "Les commémorations marchent de moins en moins et, pour la Première Guerre mondiale, les gens ont déjà un sentiment d’overdose", observe Cédric Neuser, responsable des rayons sciences humaines-histoire chez Maupetit, à Marseille. "Peu de livres se sont encore vendus pour le centenaire, confirme Anthony Boyer, à la librairie Saint-Pierre (Senlis). Le succès du dernier Goncourt, qui traite le sujet, a sans doute vampirisé une part de l’activité."

Les éditeurs ont pourtant multiplié les initiatives et les angles d’attaque. Aux classiques synthèses de Fayard (La Première Guerre mondiale en 2 tomes de Jay Winter), de Perrin (La Grande Guerre et Encyclopédie de la Grande Guerre, également en 2 tomes), d’Armand Colin (l’édition en poche de L’année 14) ou de Belin (La France en guerre, extrait d’un volume de la collection "Histoire de France"), sont venus s’ajouter quantité d’ouvrages abordant 14-18 sous un aspect particulier. Fayard consacre des titres aux vitraux dans la Grande Guerre, mais aussi à l’Amérique latine ou aux religions. Le Seuil se penche sur les rapports de classe entre soldats dans Tous unis dans la tranchée ? et proposera en juin une chronique culturelle de l’avant-guerre : Les derniers feux de la Belle Epoque de Michel Winock.

Avec C’étaient les poilus ! (Ixelles), Pierre Stéphany raconte la guerre des sans-grade. Alma propose une histoire de la folie dans le conflit avec Du front à l’asile. Payot publie une édition mise à jour des Femmes au temps de la guerre 14, tandis que Vendémiaire a opté pour Comment meurent les civilisations de Jean-Jacques Becker. Dans sa célèbre collection "Les journées qui ont fait la France", Gallimard a publié Verdun de Pierre Jankowski et prévoit Août 1914 de Bruno Cabanes pour l’été prochain. Perrin retrace la carrière du maréchal Joffre dans une biographie de Rémy Porte. Belin s’intéresse aux Permissionnaires dans la Grande Guerre. Armand Colin prépare une biographie de Charles Péguy. Pygmalion s’appuie sur 1914, enquête sur une guerre programmée et sur le Dictionnaire de la Grande Guerre. Les Puf, qui n’ont "pas voulu multiplier les publications ", selon leur présidente Monique Labrune, se contentent des 100 mots de la Grande Guerre en "Que sais-je ?".

Tallandier déploie sans doute l’offre la plus protéiforme, avec une biographie de Foch chef de guerre par l’Australienne Elizabeth Greenhalgh, le premier tome des Mémoires de la Grande Guerre de Winston Churchill, ou encore un titre consacré à la Bataille de la Marne dans la collection "L’histoire en batailles". L’éditeur spécialisé a également lancé La mort du lieutenant Péguy et Journal de guerre d’un Juif patriote, et décrypte la disparition de l’Empire austro-hongrois dans Agonie d’une monarchie. "Etant donné l’abondance de la production sur le centenaire, il y aura sans doute peu d’élus, reconnaît Xavier de Bartillat, le P-DG de Tallandier. Mais ce n’est pas un problème pour nous : en tant qu’éditeur d’histoire, nous nous inscrivons dans la durée." Pour se distinguer, Tallandier compte aussi sur La Première Guerre de Charles de Gaulle, un inédit réalisé grâce aux correspondances des quatre frères de Gaulle. Dans la même veine, c’est la jeunesse d’une autre figure de la Seconde Guerre mondiale qui a inspiré le Rocher avec 1914-1918 : la Grande Guerre du général Giraud.

 

Faire preuve d’imagination

Parmi les ouvrages qui parviennent à percer en librairie figure Les somnambules : été 1914, comment l’Europe a marché vers la guerre de Christopher Clark (Flammarion). "Nous avons dépassé les 10 000 ventes, c’est une bonne surprise étant donné que l’auteur est inconnu en France", se réjouit Sophie Berlin, directrice éditoriale. La librairie Maupetit signale également les bonnes performances de Quelle histoire : un récit de filiation de Stéphane Audoin-Rouzeau (Seuil-Gallimard) et du livre illustré Ce que j’ai vu de la Grande Guerre (La Découverte). Côté beaux livres, le Seuil a atteint les 10 000 ventes avec La Grande Guerre expliquée en images. "Notre programmation sur le centenaire a trouvé sa place ", se félicite Séverine Nikel, éditrice de la maison.

 

Pour sortir du lot, les éditeurs cherchent à faire preuve d’imagination. Les Arènes ont publié Les poilus. Perrin a noué un partenariat avec la Défense pour réaliser La Grande Guerre vue du ciel. Tallandier propose La bataille de la Marne par le président de l’UMP, Jean-François Copé. Gallimard lance 1914-1918, la violence de guerre. Larousse réédite Ma Grande Guerre : récits et dessins par le soldat Gaston Lavy. First propose La Première Guerre mondiale illustrée pour les nuls et Gründ aligne deux beaux livres, dont un Baïonnette aux crayons consacré aux caricatures et à la propagande pendant le conflit. Cette dernière thématique séduit d’ailleurs très largement les éditeurs. Ils mettent en vente Images de propagande (Hugo Desinge), La guerre des affiches (Atlas) ou encore Le rire des tranchées (Balland), illustrant à la fois l’abondance et la diversité de la production.

Les meilleures ventes en histoire en 2013 : un succès hexagonal

Pour son grand retour sur la scène éditoriale, Lorànt Deutsch écrase littéralement la concurrence avec Hexagone (Michel Lafon), dont les ventes représentent plus du double de celles d’Un long chemin vers la liberté de Nelson Mandela au Livre de poche, 2e titre sur notre classement annuel Ipsos/Livres Hebdo des meilleures ventes de livres d’histoire. Tout va bien aussi pour Stéphane Bern, dont Secrets d’histoire, vol. 4 (Albin Michel) occupe la 8e place du classement 2013 après seulement trois mois d’exploitation, et qui place trois autres ouvrages dans le Top 50. La vulgarisation historique continue de séduire, incarnée par Le grand bêtisier de l’histoire de France et Les grands scandales de l’histoire de France (Larousse), ou Les grands mensonges de l’histoire (Hugo Doc-France Inter).

La célébration du centenaire de la Première Guerre mondiale commence elle aussi à faire sentir ses effets avec Paroles de poilus et Les poilus (Librio), respectivement 5e et 21e, ou encore 1914, le destin du monde et Une histoire de la Première Guerre mondiale, vol. 2, de Max Gallo (XO), 9e et 17e. Les Arènes placent deux titres sur la Grande Guerre : Les poilus, 28e, et Jours de guerre (1914-1918), 49e, tandis que Flammarion réalise un bon démarrage avec Les somnambules de Christopher Clark (46e).

La disparition de Nelson Mandela a également suscité un regain d’intérêt pour les ouvrages de Madiba. Derrière Un long chemin vers la liberté, Conversations avec moi-même et Pensées pour moi-même (Seuil) se classent respectivement 7e et 16e. Le roman de Saint Louis de Philippe de Villiers (Albin Michel, 23e), Une si belle image de Katherine Pancol (Seuil, 40e) et les "romans" de Vladimir Fédorovski consacrés à Raspoutine et aux tsars témoignent pour leur part du succès d’ouvrages qui mélangent les genres, entre l’essai et le roman historique.


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