Rentrée littéraire

Dossier rentrée littéraire : la vie comme elle va

Suzanne Azmayesh, Pierre Demarty, Clotilde Coquet, Alain Guiraudie, Frederika Amalia Finkelstein et Karine Silla, six des primo-romanciers 2014. - Photo PHOTOS OLIVIER DION

Dossier rentrée littéraire : la vie comme elle va

Porteuse de tous les espoirs pour la deuxième partie de l’année, la rentrée littéraire joue l’empathie avec les lecteurs en utilisant la carte du réalisme et en cherchant à élucider le monde d’aujourd’hui. A peine un peu plus riche qu’en 2013, la production reste resserrée autour d’auteurs déjà bien repérés.

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Par Anne-Laure Walter,
Créé le 27.06.2014 à 00h00,
Mis à jour le 26.06.2015 à 12h00

"Une rentrée sous tension." C’est ainsi qu’Olivier Nora, P-DG de Grasset, qualifiait le rendez-vous d’automne il y a deux mois, alors qu’il venait de boucler le programme des 16 romans qu’il publiera en août prochain. Après un premier semestre sinistré en librairie, les éditeurs ont fait preuve de réalisme dans la programmation, avec une rentrée de haute qualité mais avec moins de prises de risques. Après trois années de décrue, la production romanesque de l’automne remonte un peu avec 607 romans français et étrangers annoncés entre août et octobre, contre 555 l’an passé. Ce cru 2014 est marqué par une stabilisation des traductions - 203 contre 198 -, mais surtout par une hausse des romans français (404 nouveaux titres contre 357 en 2013) et une baisse du nombre de premiers romans qui chute à un an d’intervalle à 75 titres. Ces indicateurs montrent une prudence des éditeurs qui préfèrent proposer des auteurs ayant déjà fait leur preuve en France ou à l’étranger.

La production française est marquée par une rentrée concentrée sur des auteurs phares, particulièrement attendus du public. Flammarion comme Actes Sud poursuivent leur régime initié il y a trois ans et restent à sept romans français. Cécile Boyer-Runge, qui mènera sa première rentrée comme P-DG de Laffont-Julliard, choisit aussi de resserrer et d’équilibrer sa rentrée avec huit titres contre onze l’an passé (cinq pour Laffont et trois pour Julliard dont le nouveau Fouad Laroui, Les tribulations du dernier Sijilmassi). Plusieurs éditeurs ont décalé leurs romans français à une autre période de l’année, notamment pour la rentrée de janvier, pour ne pas les jeter dans la fosse aux lions de septembre. Galaade se concentre donc sur sa production étrangère tout comme Allia ou Autrement, qui accueille une nouvelle éditrice pour la littérature, Raphaëlle Liebaert, venue de chez Bourgois. Calmann-Lévy préfère aussi choyer ses deux romans étrangers, pour ne pas se laisser étouffer par cette forte programmation française.

Effectivement, il va y avoir des pointures en septembre car chaque maison se recentre sur des valeurs sûres, dessinant une rentrée 2014 particulièrement enthousiasmante. P.O.L programme le nouveau roman d’Emmanuel Carrère (Le royaume), Flammarion accueille de nouvelles plumes prestigieuses (voir p. 70) mais mise sur des auteurs du catalogue récent comme Olivier Adam (Peine perdue) ou habitués des rentrées comme Serge Joncour (L’écrivain national). Actes Sud retrouve Alice Ferney (Le règne du vivant) et le Seuil place sa rentrée dans le sillage de Patrick Deville (Viva), Lydie Salvayre (Pas pleurer) et Antoine Volodine (Terminus radieux). Albin Michel, outre Amélie Nothomb (Pétronille), soutient le prochain roman de Franck Pavloff (L’enfant des marges) tandis que Lattès programme pour la première fois en septembre Grégoire Delacourt (On ne voyait que le bonheur). Pour sa première rentrée où il imprime totalement sa marque, Manuel Carcassonne chez Stock accompagne une auteure maison, Simonetta Greggio (Les nouveaux monstres), mais aussi Luc Lang (L’autoroute). Grasset sort l’artillerie lourde avec Frédéric Beigbeder (Oona & Salinger), Christophe Donner (Quiconque exerce ce métier stupide mérite tout ce qui lui arrive), Bernard-Henri Lévy (Hôtel Europe), le nouvel académicien Dany Laferrière (L’art presque perdu de ne rien faire), ou Pascal Quignard qui signe avec Mourir de penser le volume 9 de Dernier royaume. Gallimard n’est pas en reste avec David Foenkinos (Charlotte), Eric Reinhardt (L’amour et les forêts), Catherine Cusset (Une éducation catholique), Benoît Duteurtre (L’ordinateur du paradis) ou Jean-Marie Rouart (Ne pars pas avant moi).

Les maisons qui publient peu se limitent aux auteurs aguerris. Viviane Hamy publie un seul roman français, Fleur et sang de François Vallejo, prix du Livre Inter en 2007. De même pour Zulma avec le prix Médicis 2008, Jean-Marie Blas de Roblès qui revient avec L’île du Point Némo. Minuit programme Laurent Mauvignier (Autour du monde), couronné de nombreux prix dont le roman Fnac ou le prix du Livre Inter, et Verticales retrouve un autre prix Inter en ne programmant qu’Olivia Rosenthal avec Mécanismes de survie en milieu hostile. Héloïse d’Ormesson mise sur Michel Quint (J’existe à peine) et Finitude présente le nouveau texte du lauréat du prix de Flore Oscar Coop-Phane (Octobre). Sabine Wespieser accompagne pour la quatrième fois un roman de l’Haïtienne Yanick Lahens, Bain de lune, et la programme pour la première fois à la rentrée, tandis que Christian Bourgois mise doublement sur Linda Lê en publiant un roman, Œuvres vives, et un essai, Par ailleurs l’exil.

Si, à côté de ses éléments moteurs de la rentrée, les premiers romans bénéficieront d’une attention particulière due à leur arrivée dans le monde des lettres, le rendez-vous d’automne s’annonce particulièrement difficile pour les auteurs de deuxième roman. Cependant, on retrouvera des écrivains qui avaient fait un début très prometteur, remarqués par la critique et les lecteurs comme Julia Deck (Le triangle d’hiver) chez Minuit, Dalibor Frioux (Incident voyageurs) au Seuil, Aurélien Bellanger (L’aménagement du territoire) chez Gallimard, Elisabeth Filhol (Bois II) chez P.O.L ou, dans un style très différent, Jean Gab’1 (A l’Est) chez Don Quichotte. Quant aux maisons d’édition qui font leur première rentrée comme Allary éditions ou Le Tripode et Le Nouvel Attila, elles ont dû particulièrement soigner leur arrivée tant par la programmation - Allary accompagne le retour du prix Goncourt 1989 pour Un grand pas vers le bon Dieu, Jean Vautrin - que dans la forme de leur livre pour susciter une prise en main. Le Tripode à convaincu la photographe Desiree Dolron de signer pour la première fois une couverture de livre (L’homme qui s’aime de Robert Alexis) et Le Nouvel Attila illustre Debout-Payé de Gauz d’une photo de Denis Darzacq et réfléchit à un partenariat avec l’agence Vu. Autre novice qui n’en est pas un, J’ai lu, fort du succès de La tête de l’emploi de David Foenkinos en janvier, jouera aussi pour la première fois la rentrée en grand format avec L’œil du prince de Frédérique Deghelt.

Comme chaque rentrée, la moisson 2014 porte son lot d’éditeurs et de journalistes. Ainsi, l’éditeur de la revue Feuilleton, Adrien Bosc, signe son premier roman chez Stock (Constellation) tout comme Pierre Demarty (En face, Flammarion), éditeur chez Grasset. Michel Jullien qui dirige les éditions d’art L’Amateur poursuit son œuvre littéraire chez Verdier (Yparkho) et Jean-Maurice de Montremy, à la tête d’Alma éditeur, défendra Le collectionneur des lagunes chez Pierre-Guillaume de Roux. Stock programme le roman de la journaliste au MondeVanessa Schneider (Le jour où tu m’as quittée) et celui de Christian Garcin (Selon Vincent) du Nouvel Observateur et du "Masque et la plume", auquel participe régulièrement Nelly Kaprièlian des Inrockuptibles qui se lance dans un premier roman, Le manteau de Greta Garbo chez Grasset, où elle retrouve Clara Dupont-Monod de France Inter (Le roi disait que j’étais diable) et Gilles Martin-Chauffier, de Paris-Match, avec La femme qui dit non. Enfin, la médecin Marina Carrère d’Encausse, qui coanime "Le magazine de la santé" sur France 5, participera à cette rentrée littéraire aux côtés de son frère, Emmanuel Carrère. En effet, elle publiera son premier roman chez Anne Carrière, Une femme blessée. A.-L. W.

Les poids lourds de la rentrée

Emmanuel Carrère

Helene Bamberger/POL

Le royaume (P.O.L)

En 2011, Limonov, couronné du prix Renaudot, marquait déjà la montée en puissance d’Emmanuel Carrère, qui a acquis le statut d’écrivain incontournable, aimé de la critique et du public. Sa "visite guidée du Nouveau Testament" arrivera en librairie avec un tirage de 100 000 exemplaires et devrait être bien placé pour un Goncourt.

Amélie Nothomb

Olivier Dion

Pétronille (Albin Michel)

Fidèle au poste pour sa 22e rentrée littéraire, Amélie Nothomb, avec sa cohorte de fans, son chapeau et son premier tirage à 200 000 exemplaires, s’intéresse, dans Pétronille, à la relation entre deux romancières.

Olivier Adam

Ignaszewski Koboy.

Peine perdue (Flammarion)

Deux ans après le succès populaire des Lisières, Olivier Adam quitte le récit à la première personne, et la Manche pour la Côte d’Azur. Un roman polyphonique, tiré à 85 000 exemplaires, qui donne de nouveau la parole aux marges, dans une société en crise.

Frédéric Beigbeder

J.-F. PAGA/Grasset

Oona & Salinger (Grasset)

Personnalité médiatique et auteur attendu, Frédéric Beigbeder poursuit son rôle de passeur après avoir dressé un Dernier inventaire avant liquidation, hit-parade intime de la littérature. Cette fois-ci, il opte pour la forme romanesque, et, soutenu par un tirage à 120 000 exemplaires, il évoque les amours de J. D. Salinger, l’auteur de L’attrape-cœurs, et de Oona O’Neill, fille du Nobel de littérature Eugene O’Neill et future Mrs Chaplin.

David Foenkinos

C. Hélie/Gallimard

Charlotte (Gallimard)

Chouchou du public, l’auteur de La délicatesse propose un roman plus grave sur la jeune peintre allemande, Charlotte Salomon, morte à Auschwitz en 1943. Plus gros tirage de Gallimard, l’ouvrage est imprimé à 60 000 exemplaires.

Eric Reinhardt

C. Hélie/Gallimard

L’amour et les forêts (Gallimard)

Arrivant de Stock chez Gallimard, l’auteur de Cendrillon devrait être particulièrement choyé par son nouvel éditeur qui imprime à 25 000 exemplaires ce nouveau roman réinventant le mélo avec une Emma Bovary moderne.

Patrick Deville

Jean-Luc Bertini

Viva (Seuil)

Ayant touché un public beaucoup plus large que son lectorat habituel avec Peste & choléra, qui avait reçu le prix Femina en 2012, Patrick Deville, qui désormais bénéficie d’un premier tirage à 50 000 exemplaires, a repris la route pour entraîner ses lecteurs au Mexique, dans les années 1930, sur les pas de Trotski et de Malcolm Lowry.

Laurent Mauvignier

Roland Allard

Autour du monde (Minuit)

Auteur phare du catalogue de Minuit, Laurent Mauvignier, qui bénéficiera d’un premier tirage à 23 500 exemplaires, noue entre elles des histoires qui se sont déroulées tout autour du monde et qui ont pour fil rouge le tsunami au Japon en 2011.

Grégoire Delacourt

Bruno CHAROY

On ne voyait que le bonheur (Lattès)

Lattès programme pour la première fois à une rentrée littéraire l’un de ses romanciers vedettes. Grégoire Delacourt conserve un premier tirage ambitieux (80 000 exemplaires) mais évolue dans son écriture et son propos, livrant une histoire familiale plus noire que les comédies sociétales auxquelles il a habitué ses lecteurs.

Olivia Rosenthal

C. Hélie/Gallimard

Mécanismes de survie en milieu hostile (Verticales)

Olivia Rosenthal gravit peu à peu les échelons : un prix Wepler en 2007 pour On n’est pas là pour disparaître, un prix du Livre Inter en 2011 pour Que font les rennes après Noël ?. Son neuvième roman chez Verticales, dont 10 000 volumes ont été imprimés, raconte comment esquiver les coups et parfois les rendre.

Les auteurs en mouvement

Les nombreux changements à la tête des maisons d’édition accélèrent les transferts d’auteurs. Parmi les mouvements retentissants de cette année, l’auteure d’Albin Michel Eliette Abécassis arrive, avec Un secret du docteur Freud, chez Flammarion, maison particulièrement attractive cette année puisqu’elle accueille aussi dans son catalogue Minh Tran Huy (Voyageur malgré lui) venue d’Actes Sud, ainsi que Laurence Tardieu (Une vie à soi) et Jean-Marc Parisis (Les inoubliables), qui ont quitté Stock après la mort de leur éditeur Jean-Marc Roberts. Eric Reinhardt s’éloigne aussi de Stock pour Gallimard où il publie L’amour et les forêts. Michela Marzano, après un long chemin chez Grasset, retrouve Manuel Carcassone chez Stock à qui elle confie Tout ce que je sais de l’amour. Actes Sud a attiré la très convoitée Caroline De Mulder, éditée jusqu’alors chez Champ Vallon, pour Bye bye Elvis. Après avoir confié ses romans à Julliard, Flammarion puis Naïve, Isabelle Desesquelles arrive chez Belfond avec Les hommes meurent, les femmes vieillissent. Robert Laffont ouvre son catalogue au deuxième roman de Jennifer Murzeau, Il bouge encore, le premier étant paru chez Léo Scheer. Suite à la faillite de Balland, Olivier Maulin rejoint Denoël pour Gueule de bois.

De plus, certains auteurs confirmés n’hésitent pas à faire confiance à de jeunes maisons d’édition. Ainsi Allary éditions accompagne le grand retour de Jean Vautrin avec Gipsy blues et Le Tripode défend L’homme qui s’aime, le neuvième roman de Robert Alexis, auparavant chez Corti. Après plusieurs romans chez Gallimard, Benjamin Berton arrive avec Le nuage radioactif chez Ring, éditeur qu’a quitté Maurice G. Dantec pour confier son ambitieux Les résidents à Inculte. A.-L. W.

Les romans français au diapason du monde

Pour cette rentrée, les romans français se font plus que jamais le miroir du réel. Les titres balayent des thématiques contemporaines telles que l’écologie, l’économie, l’histoire ou… le monde littéraire.

L’écologie, et en particulier la survie des baleines, est au cœur du nouveau roman d’Alice Ferney, Le règne du vivant (Actes Sud). - Photo XINHUA/GAMMA

Le réalisme est la tendance phare de cette rentrée littéraire. De nombreux titres traitent de sujets en lien avec l’actualité et les problèmes de société, ou tirent leur matière de personnages et d’événements historiques.

L’écologie est ainsi fortement représentée. Le règne du vivant d’Alice Ferney (Actes Sud) suit un militant écologiste qui défend les baleines contre les braconniers, tandis que l’intrigue du roman de Benjamin Berton, Le nuage radioactif (Ring), gravite autour d’un nuage de pollution. L’héroïne de Notre-Dame des Vents de Mikaël Hirsch (Intervalles) est une biologiste partie sur les îles Kerguelen afin d’étudier les effets du réchauffement climatique. Rivières de la nuit de Xavier Boissel (Inculte) est un roman post-apocalyptique, dans lequel un cataclysme planétaire n’a laissé qu’un humain sur terre.

Société et politique.

Avec la crise, social et politique s’invitent naturellement en littérature. Dans Le bonheur national brut (Albin Michel), François Roux raconte les années Mitterrand à travers le parcours de vie de quatre adolescents. La terrible perte du triple A de Corinne d’Argis (Feuillage) transpose avec ironie le déclassement économique de la France dans une maison de retraite fictive. Une crise qui prend des aspects plus graves chez Lisa Benincà qui, dans Des objets de rencontre (Joëlle Losfeld), évoque le quotidien d’un local parisien d’Emmaüs à travers les objets qui le peuplent. Troc café de Sandra Scariot (Jérôme Do Bentzinger) plonge le lecteur dans le quotidien du tramway strasbourgeois. Mais le travail le plus ambitieux sur cette réalité sociale est certainement le roman polyphonique d’Olivier Adam, Peine perdue (Flammarion), qui dresse le portrait d’un pays en crise.

People.

La vie (et la mort) de personnalités réelles continue d’inspirer les auteurs. Bye bye Elvis (Actes Sud) de la Belge Caroline De Mulder confronte deux personnages que tout oppose avec, pour toile de fond, la musique du roi du rock’n’roll. Constellation d’Adrien Bosc, qui paraîtra chez Stock, narre le crash de l’avion dans lequel se trouvait le champion de boxe et compagnon d’Edith Piaf, Marcel Cerdan.

Direction Hollywood avec Marilyn, naissance année zéro de Véronique Bergen (Al Dante) qui revisite le mythe, et Le manteau de Greta Garbo de Nelly Kaprièlian (Grasset) qui scrute la garde-robe de la légendaire actrice suédoise.

Guerres mondiales.

En cette année de commémorations, l’engouement des textes basés sur les deux guerres mondiales ne se dément pas. La prochaine rentrée ne dérogera pas à la règle. Le roman Charlotte de David Foenkinos (Gallimard) suit une artiste peintre déportée à Auschwitz. Le troisième tome du Manifeste incertain de Frédéric Pajak (Noir sur blanc) met en scène l’écrivain Walter Benjamin au début des années 1940. Ce sont des choses qui arrivent de Pauline Dreyfus (Grasset) est l’histoire d’un secret de famille gardé dans le Paris de l’Occupation, invasion nazie également subie par les protagonistes de Churchill m’a menti de Caroline Grimm (Flammarion). Aux mêmes éditions, Les inoubliables de Jean-Marc Parisis reconstitue, à partir de témoignages, la vie d’une commune de Dordogne durant la dernière guerre, où une famille juive sera déportée et douze membres de la Résistance tués. Dans le deuxième tome de sa fresque D’une guerre à l’autre (L’Arzalier), Pierre Benoist entremêle les destinées de protagonistes pris dans la violence de la Grande Guerre. Ombre de vies de Michel Dessaigne (Le Manuscrit) s’intéresse au destin d’un Malgré-Lui rongé par les remords. Changement de bord dans Nach Paris ! de Louis Dumur (Infolio). C’est du point de vue d’un soldat allemand, cette fois-ci, que sont racontées les horreurs des tranchées.

Retours à la terre

D’aucuns accusent le milieu littéraire d’être trop centré sur Paris, trop urbain. La production de la rentrée leur donne tort, tant sont nombreux les romans dont l’intrigue se déroule dans le milieu villageois ou agricole. L’un des événements de cette cuvée sera Joseph, le nouveau livre de Marie-Hélène Lafon. L’écrivaine y dresse le portrait d’un fermier du Cantal, âgé d’une soixantaine d’années, spectateur solitaire et silencieux de la vie de ceux qui l’entourent, hanté par le souvenir de son ancienne femme. La campagne est le cadre idéal de drames en huis clos, comme ceux narrés par Jean-Marie Chevrier (Madame, Albin Michel), Verena Hanf (Simon, Anna, les lunes et les soleils, Le Castor astral), Sylvie Baron (Un été à Rochegonde, Calmann-Lévy) ou de sagas familiales comme celles de Nathalie Bauer (Les indomptées, Philippe Rey), Patrick de Gmeline (Dans l’ombre des crayères, Presses de la Cité) et Jean-Luc Mousset (Le secret de Neige, Calmann-Lévy). Dans Faux nègres (Fayard), Thierry Beinstingel décrit un univers sous des teintes plus sociétales et met en scène un village de l’est de la France où l’extrême droite est à son pic de popularité.

Lieu d’isolement et de ressourcement, la nature est prétexte à des récits introspectifs. Dans La belle de l’étoile de Nadia Galy (Albin Michel), après le suicide de son amant, la narratrice part vivre à Saint-Pierre-et-Miquelon pour faire son deuil. Les habitants de la petite île l’aideront à surmonter son désespoir.

Mise en abyme.

L’un des grands sujets d’inspiration des auteurs cette année est le monde littéraire. Ainsi le prochain roman de Frédéric Beigbeder, intitulé Oona & Salinger (Grasset), fantasme sur la disparition en 1953 de l’écrivain J. D. Salinger qui est par ailleurs la figure centrale du récit de la journaliste américaine Joanna Smith Rakoff (Mon année Salinger, Albin Michel). Je suis fou de toi de Dominique Bona (Grasset) revient sur la liaison passionnée entre le poète Paul Valéry et l’écrivaine et éditrice Jean Voilier. Patrick Deville s’intéresse aux séjours de Malcolm Lowry et Léon Trotsky à Mexico (Viva, Seuil), Christian Carisey à Descartes (Le testament de Descartes, Le Cherche Midi), Alexandra Varrin à Stephen King (Une semaine dans la vie de Stephen King, Léo Scheer).

La figure du romancier fournit également d’innombrables modèles de personnages fictifs. Insaisissable dans Œuvres vives de Linda Lê (Bourgois), le romancier devient détective dans L’écrivain national de Serge Joncour (Flammarion), ou assassin dans La dévoration de Nicolas d’Estienne d’Orves (Albin Michel). Martin, l’écrivain héros du Dernier jour de José Herbert (Atria), découvre avec effroi la date de sa mort sur un site Internet. L’amour et les forêts d’Eric Reinhardt (Gallimard) dépeint la rencontre entre un écrivain et l’une de ses lectrices malade d’un cancer. Dans La langue des oiseaux de Claudie Hunzinger (Grasset), le lecteur suit la course terrifiée de deux écrivaines dans une forêt isolée. Le triangle d’hiver de Julia Deck (Minuit) narre le triangle amoureux qui relie une journaliste, une romancière et un inspecteur. Autre saison, même domaine, le roman Dialogue d’été d’Anne Serre (Mercure de France) interroge la relation de l’écrivain à son imaginaire.

Parodie.

Sur une note plus légère, Noëlle Revaz parodie la rentrée littéraire dans son Infini livre (Zoé), œuvre de SF fantaisiste où les livres ne sont plus que des objets décoratifs. Bertrand Latour (L’attraction du vide, Tatamis) livre lui aussi une satire du milieu éditorial, tandis que le romancier et directeur de la revue Décapage, Jean-Baptiste Gendarme, fait partager son expérience et celles de ses contemporains dans Splendeurs et misères de l’aspirant écrivain : conseils à l’usage de ceux qui souhaitent publier un premier roman (Flammarion). Et la grande connaisseuse de l’édition Gisèle Sapiro cale sur la rentrée la publication, dans la collection "Repères" de La Découverte, de sa Sociologie de la littérature, tandis que La rentrée littéraire de Gilles Defacque (La Contre-allée) est un recueil de textes brefs simulant la critique de livres inventés par le narrateur.

Certains titres prennent littéralement des livres pour personnages principaux. C’est le cas du Roman qui nous racontait des histoires de Jean-Paul Rigaud (Le Manuscrit), histoire d’amour entre un roman et sa lectrice, et de Sous les couvertures de Bertrand Guillot (Rue Fromentin). Dans ce roman, des livres, inquiets à l’arrivée de la rentrée littéraire, décident de réagir une fois la librairie fermée et essaient de se mettre d’accord sur une stratégie commune. Mais entre les premiers romans, les grands écrivains, les académiciens, les intérêts divergent. L’arrivée d’une nouvelle libraire avec des idées neuves met en émoi tous les ouvrages. La mode est décidément à la mise en abyme. F. O.

Folie, travail et secrets de famille

Moins nombreux qu’en 2013, les premiers romans de cette rentrée littéraire n’en sont pas moins intenses. Ils livrent une réflexion sur les ruptures qui jalonnent l’existence, entraînant parfois les hommes dans la folie. Ils se nourrissent aussi des non-dits au sein des familles et des travers de la société.

Clotilde Coquet, Parle-moi du sous-sol, Fayard - Photo OLIVIER DION

Cette année, les éditeurs sont moins enclins à donner leur chance aux primo-romanciers. Soixante-quinze premiers romans, dont un à quatre mains, sont attendus en août, septembre et octobre 2014 contre 86 en 2013. Si la plupart des maisons d’édition n’en publient qu’un, Gallimard et P.O.L se distinguent avec chacun quatre titres à paraître, quand trois primo-romanciers sont attendus chez Stock et Le Manuscrit.

La parité n’est toujours pas d’actualité puisque cette nouvelle cuvée compte 46 auteurs masculins pour 30 romancières. Toutes les générations sont en revanche représentées, depuis les benjamines Suzanne Azmayesh et Frederika Amalia Finkelstein, toutes deux âgées de 23 ans, jusqu’au doyen, Jean-Louis Coatrieux, 68 ans. Parmi eux, beaucoup naviguaient déjà dans le monde du livre en tant qu’auteurs (Raphaël Fejtö, Jean-Pierre Orban, Fiston Mwanza Mujila) ; éditeurs (Pierre Demarty, Adrien Bosc) ; traducteurs (Marianne Groves) ; ou tout simplement comme militants, à l’image de Ronald C. Paul qui se consacre au développement de la lecture en Haïti. Le cinéma fournit également son lot d’auteurs, à commencer par le réalisateur Alain Guiraudie, récompensé lors du Festival de Cannes 2013 pour L’inconnu du lac.

Folie.

Pour les héros de ces premiers romans, le temps est au changement de cap. Ainsi, Hedwige Jeanmart consacre Blanès (Gallimard) au parcours d’une jeune femme à la recherche de son compagnon brusquement disparu. Le personnage principal imaginé par Pierre Demarty dans En face (Flammarion) décide quant à lui de quitter sa femme et le monde, pour se consacrer à une maquette de bateau qui l’embarque dans ses délires d’aventures. Car c’est bien la folie qui guette nombre de protagonistes, qu’il s’agisse d’un professeur de philosophie qui sombre dans la démence, dans Socrate de Montceau-les-Mines d’Yves Cusset (Editions nouvelles François Bourin), ou d’une vieille dame atteinte d’un syndrome qui la pousse à transformer son appartement en poubelle géante, dans Madame Diogène d’Aurélien Delsaux (Albin Michel).

Travail.

Les auteurs s’éloignent parfois des seuls tourments de l’âme pour porter un regard acéré sur la société actuelle, notamment sur le monde du travail. Denis Michelis évoque dans La chance que tu as (Stock) la difficulté de trouver son identité, à travers un jeune homme qui travaille à un rythme effréné dans un restaurant très chic, sans oser se plaindre. Dans Parle-moi du sous-sol de Clotilde Coquet (Fayard), la narratrice décroche un emploi alimentaire au sein d’un grand magasin où, invisible aux yeux des riches clients, elle découvre un autre univers.

LES TROIS MEILLEURS TITRES

La malédiction du bandit moustachu (Irina Teodorescu, Gaïa).

La fractale des raviolis (Pierre Raufast, Alma).

Debout-Payé (Gauz, Le Nouvel Attila).

LES TROIS MEILLEURES PREMIÈRES PHRASES

"Il m’arrive encore de suivre les gens." (Patrick Wald Lasowski, La Terreur, Le Cherche Midi)

"Le plafond se gonfle d’eau comme s’il prenait une profonde inspiration." (Raluca Antonescu, Inondation, La Baconnière).

"Jeudi 22 novembre 2012 : j’ai toujours pensé qu’une héroïne était quelqu’un qui pouvait courir très vite, sauter très haut, escalader des falaises comme on éternue et manger du yak cru à pleines dents." (Marianne Groves, Baby, baby, Intervalles).

Secrets de famille.

Le thème des non-dits familiaux reste très prisé des primo-romanciers. Dans Le cercle des femmes de Sophie Brocas (Julliard), le temps des funérailles d’une arrière-grand-mère, quatre générations de femmes se trouvent confrontées à la découverte d’un terrible secret de famille. Karine Silla, dans Monsieur est mort (Plon), met en scène des retrouvailles après le décès du père, dans une atmosphère de mensonge et de culpabilité.

La production est aussi relevée d’une touche de glamour avec Le manteau de Greta Garbo, de la journaliste littéraire Nelly Kaprièlian (Grasset), qui révèle la personnalité de la célèbre actrice à travers sa garde-robe. S. L.

La littérature étrangère, une valeur refuge

Comme la rentrée française, la rentrée étrangère s’appuie sur des valeurs sûres, grands noms de la littérature anglo-saxonne et auteurs invités au festival America.

New York avant le 11 Septembre. - Photo PAT FARLEY/GAMMA

Déjà testés dans leurs pays d’origine, auréolés de prix littéraires et de bonnes ventes, les romans étrangers sont des valeurs sûres en ces temps de crise. On en retrouvera donc 203 en cette rentrée, soit un peu plus que l’an dernier (198).

America.

La rentrée 2014 sera celle du festival America à Vincennes, où 70 auteurs sont conviés, avec pour invités d’honneur, Margaret Atwood (dont Laffont publie un texte d’anticipation, MaddAddam) et Richard Ford. On en retrouvera 21 à la rentrée littéraire : Jami Attenberg (La famille Middlestein, Les Escales), Paolo Bacigalupi (L’alchimiste de Khaim, Au Diable vauvert), Rick Bass (Toute la terre qui nous possède, Bourgois), Nickolas Butler (Retour à Little Wing, Autrement), Jennifer Clement (Prières pour celles qui furent volées, Flammarion), Craig Davidson (Cataract city, Albin Michel), Rene Denfeld (En ce lieu enchanté, Fleuve éditions), Boris Fishman (Une vie d’emprunt, Buchet-Chastel), Tim Gautreaux (Nos disparus, Seuil), Robert Goolrick (La chute des princes, A. Carrière), Paul Harding (Enon, Le Cherche Midi), Jake Lamar (Postérité, Rivages), Wally Lamb (Nous sommes l’eau, Belfond), Joyce Maynard (L’homme de la montagne, P. Rey), Claire Messud (La femme d’en haut, Gallimard), Philipp Meyer (Le fils, Albin Michel), Lisa Moore (Piégé, Denoël), James Salter (Et rien d’autre, L’Olivier), David Vann, l’auteur de Sukkwan Island (Goat Mountain et Dernier jour sur terre, Gallmeister), Adelle Waldman (La vie amoureuse de Nathaniel P., Bourgois), Alexi Zentner (La légende de Loosewood Island, Lattès). Et Justin St. Germain, avec un récit autobiographique sur l’assassinat de sa mère (Son of a gun, Presses de la Cité).

Sans grand risque.

Les éditeurs jouent aussi les valeurs sûres avec des auteurs reconnus comme Alice Munro, prix Nobel de littérature 2013 (Dear life, L’Olivier), André Brink (Philida, Actes Sud), John Banville (La lumière des étoiles mortes, Laffont), John Burnside (L’été des noyés, Métailié), Per Olov Enquist (Le livre des paraboles, Actes Sud), le dissident chinois Ma Jian (La route sombre, Flammarion), Haruki Murakami (L’incolore : Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, Belfond), Lionel Shriver (Big brother, Belfond), Antonio Tabucchi (Pour Isabel, Gallimard), Thomas Pynchon (Fonds perdus, Seuil) ou Herbjorg Wassmo (Ces instants-là, Gaïa) et Gonçalo M. Tavares (Viviane Hamy).

Les lecteurs retrouveront aussi des romanciers qu’ils connaissent comme James Agee (Bourgois), Silvia Avallone (Liana Levi), Sebastian Barry (J. Losfeld), Jerome Charyn pour un recueil de nouvelles (Mercure de France), Dave Eggers (Gallimard), Robert Goddard (Sonatine), Andrea Molesini (Calmann-Lévy), Yoko Ogawa (Actes Sud), Chuck Palahniuk (Sonatine), José Saramago (Seuil), Steve Tesich (Monsieur Toussaint Louverture), Joanna Trollope, qui reviste Raison et sentiments (Terre Nova), Mo Yan (Seuil).

Un prix littéraire comme le Pulitzer 2013 de La vie volée de Jun Do d’Adam Johnson (L’Olivier), Dernier requiem pour les innocents d’Andrew Miller (Piranha, prix Costa) ou Carambole de Jens Steiner (Piranha, Schweizer Buchpreis) ; un classement "meilleur livre de l’année 2012 aux Etats-Unis" pour Comment être quelqu’un de Sheila Heti (L’Olivier), "à l’univers proche de Miranda July et de Lena Dunham, créatrice de la série Girls" (dont Belfond publie aussi un essai, Not that kind of girl), sont des éléments mis en avant par les éditeurs.

Les Anglo-Saxons en tête.

118 romans sont des traductions de l’anglais, valeur sûre par excellence, et les traductions de langues rares sont moins nombreuses que les années précédentes. Les éditeurs ménagent quand même quelques surprises à leurs lecteurs comme Calmann-Lévy avec Bureau des spéculations, un ovni littéraire de l’Américaine Jenny Offill ; Lattès, avec Etranger dans le mariage, un recueil de nouvelles du cinéaste Emir Kusturica ; Thierry Magnier, avec Sable de l’Allemand Wolfgang Herrndorf ; les Presses de la Cité, avec Schlump d’Hans Herbert Grimm, un roman perdu et… retrouvé, ou le déjanté Le grand ménage du tueur à gages de l’Islandais Hallgrimur Helgason ; Rivages, avec un roman sur le football par l’auteur de polars David Peace, Rouge ou mort. Tandis qu’on découvrira les premiers romans de Taiye Selasi (Gallimard), Chibundu Onuzo (Les Escales) et Benjamin Wood (Zulma), et la première traduction de la Britannique Nell Leyshon (Phébus). Sans compter les premiers titres de Brigitte Bouchard chez Libella, ceux du Nouvel Attila et du Tripode (après la scission), et de la nouvelle maison Super 8, satellite de Sonatine. C. C.

A ne pas manquer

Thomas Pynchon

Fonds perdus (Seuil)

Romancier mythique autant que mystérieux, Thomas Pynchon a ses adorateurs. Né en 1937, il se cache depuis cinquante ans tout en signant une œuvre que son éditeur qualifie d’"inventive et foisonnante". Fonds perdus se déroule à New York de mars à septembre 2001, entre l’éclatement de la bulle Internet et l’effondrement des tours du World Trade Center. Maxine, inspectrice des fraudes qui a perdu sa licence officielle, enquête sur la start-up du très louche Gabriel Ice, dont les comptes voient circuler des capitaux colossaux, et plonge dans les bas-fonds du Web.

Antonio Tabucchi

D. Jochaud/Gallimard

Pour Isabel (Gallimard)

L’écrivain italien, passeur de l’œuvre de Fernando Pessoa en italien, auteur de Nocturne indien et de Pereira prétend, est mort le 25 mars 2012 à Lisbonne. Inédit, Pour Isabel, ce court roman publié en Italie en 2013, raconte l’histoire d’une certaine Isabel, mystérieusement disparue… puis réapparue. Qui est Isabel ? Une communiste ? Une clandestine sous le régime de Salazar ? Une hallucination ? Un personnage digne de Pessoa, assurémment.

Siri Hustvedt

Arnaud Meyer

Un monde flamboyant (Actes Sud)

Après son essai La femme qui tremble et son roman Un été sans les hommes, l’épouse du romancier Paul Auster est désormais une auteure qui compte, très attendue par ses lecteurs. Son nouveau roman met en scène un professeur d’esthétique qui enquête sur Harriet Burden, une plasticienne méconnue de son vivant, qui a disparu.

Alice Munro

Jerry Bauer

Dear life (L’Olivier)

Prix Nobel de littérature 2013, la nouvelliste canadienne a été récompensée pour son sens de la construction et "son art subtil de la nouvelle empreint d’un style clair et de réalisme psychologique", selon le comité du Nobel. Elle est l’auteure d’un roman et de quatorze recueils de nouvelles, dont ce dernier, Dear life. Ses treize nouvelles ont en commun de mettre en scène les instants de non-retour qui influent sur nos vies : une jeune femme qui s’enfuit de chez elle, un père rongé par un désir inconvenant, une mère qui délaisse son enfant…

Haruki Murakami

Ivan Gimenez/Tusquets Editore

L’incolore : Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage (Belfond)

Phénomène mondial avec 1Q84, le romancier japonais revient avec un livre plus réaliste, nostalgique et grave, dans la lignée de La ballade de l’impossible. Le roman commence comme un conte : au lycée, Tsukuru avait quatre amis. Il se voit exclu du cercle sans explication à son départ pour Tokyo où il rencontre Sarah, qui le pousse à en chercher les raisons. Il part alors en pèlerinage jusqu’en Finlande en quête de ses amis.



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