Elie Wiesel entre dans la nuit | Livres Hebdo

Par Vincy Thomas, avec afp, le 03.07.2016 à 01h06 (mis à jour le 03.07.2016 à 02h00) Décès

Elie Wiesel entre dans la nuit

Elie Wiesel

Prix Nobel de la paix, infatigable conteur, Elie Wiesel, survivant de la Shoah, est mort le samedi 2  juillet à 87 ans.

L'écrivain américain Elie Wiesel, rescapé des camps de la mort nazis et Prix Nobel de la Paix 1986, est décédé samedi 2 juillet à l’âge de 87 ans. Il avait consacré sa vie à la mémoire de la Shoah.

Pour "empêcher l'oubli" de la Shoah et favoriser la compréhension entre les peuples, ce "messager de l'humanité", comme l'a qualifié le comité Nobel, a créé la Fondation Elie Wiesel pour l'Humanité, avec son épouse, et l'Académie universelle des cultures.

Un être humain est libre, non quand l'autre ne l'est pas, mais quand l'autre l'est aussi. Elie Wiesel

Elie Wiesel a souvent dénoncé la responsabilité des dirigeants qui "savaient" le sort des juifs déportés, notamment Roosevelt et Churchill: en 1979, le président Carter lui avait montré les photos prises, fin 1942, par des avions militaires américains survolant Auschwitz.
Il s'est engagé pour de multiples causes car il avait "fait un voeu après la guerre: que toujours, partout où un être humain serait persécuté, je ne demeurerai pas silencieux".

Né le 30 septembre 1928 à Sighet, en Roumanie (alors Transylvanie), Elie Wiesel est déporté à 15 ans à Auschwitz-Birkenau, en Pologne occupée par les nazis, où sa mère et sa plus jeune sœur sont assassinées. Son père meurt devant lui à Buchenwald (Allemagne) où ils ont été transférés.
A sa sortie du camp, en 1945, il est recueilli en France par l'OSE (oeuvre juive de secours aux enfants) et y vit jusqu'en 1956. Après des études de philosophie à la Sorbonne, il devient journaliste et écrivain.



L'écrivain français François Mauriac préface son premier roman La nuit (1958, Les éditions de minuit), son chef-d'oeuvre basé sur ses souvenirs de déportation, qui sera suivi d'une quinzaine d'autres (en français, en anglais, en hébreu et en yiddish), de trois pièces de théâtre et de nombreux essais. La nuit, avec Si c'est un Homme de Primo Levi et L'Univers concentrationnaire de David Rousset, reste l’une des œuvres littéraires les plus mémorables sur les camps allemands.

Pirx Médicis et Prix du Livre Inter

Ses dons de conteur se confirment dans Le Mendiant de Jérusalem, inspiré de la guerre des Six jours. Le testament d'un poète juif assassiné (1980), Le cinquième fils (1983) et Signes d'exode (1985) questionnent le silence de Dieu. Le temps des déracinés (2003) et Un désir fou de danser (2006) comptent également parmi ses succès. En France, la première partie de son œuvre a été publiée au Seuil, de L’aube en 1960 à Paroles d’étranger en 1982. Il a reçu le Prix Médicis en 1968 pour Le Mendiant de Jérusalem et le Prix du Livre Inter en 1980 pour Le testament d’un poète juif assassiné.  Par la suite ses ouvrages ont été édités au Rochet, chez Grasset, dont son Discours d’Oslo lorsqu’il a reçu le Prix Nobel de la paix, au Seuil ou chez Odile Jacob (Mémoire à deux voix, avec François Mitterrand, 1995).
Au total il a écrit des dizaines de livres mais il a aussi été l’objet de plusieurs biographies et ouvrages, dont certains ne manquaient pas de le critiquer sur ses positions politiques.

Jamais je n'oublierai cette nuit, la première nuit de camp qui a fait de ma vie une nuit longue et sept fois verrouillée. Jamais je n'oublierai cette fumée. Jamais je n'oublierai les petits visages des enfants dont j'avais vu les corps se transformer en volutes sous un azur muet. Jamais je n'oublierai ces flammes qui consumèrent pour toujours ma foi. Jamais je n'oublierai ce silence nocturne qui m'a privé pour l'éternité du désir de vivre. Jamais je n'oublierai ces instants qui assassinèrent mon Dieu et mon âme, et mes rêves qui prirent le visage du désert. Jamais je n'oublierai cela, même si j'étais condamné à vivre aussi longtemps que Dieu lui-même. Jamais. Elie Wiesel, la nuit


Citoyen américain depuis 1963, Elie Wiesel a occupé longtemps la chaire en Sciences Humaines de l'Université de Boston et partagé sa vie entre les Etats-Unis, la France et Israël.

Grand Croix de la Légion d'Honneur en France, il a également reçu la médaille d'or du Congrès américain pour son travail à la tête de l'Holocaust Memorial Council des Etats-Unis. Il est également chevalier commandeur honoraire de l'Ordre de l'Empire britannique. « Messager de la paix » des Nations Unies, il est docteur honoris cuasa de dizaines d’Université, y compris la Sorbonne en France.

Elie Wiesel qui, en 2006, avait refusé la présidence de l'Etat d'Israël, soulignant qu'il n'était "qu'un écrivain" a confirmé, six ans plus tard, un projet de livre avec le président américain Barack Obama avec lequel il était retourné à Buchenwald en 2009.

Dans son livre avec Mitterrand, il écrivait "La mort, c’est le regard des vivants."
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