RNL 2022

Etude : une embellie temporaire pour les libraires

Olivier Dion

Etude : une embellie temporaire pour les libraires

Face aux difficultés structurelles auxquelles font face les librairies, l’année 2020 a provoqué une "embellie" temporaire sans remettre "en cause la trajectoire financière de long terme", révèle l’étude "Quel impact de la crise sanitaire sur l’économie des librairies ?" réalisée par l’institut d’études Xerfi pour le Syndicat de la librairie française (SLF) à l’occasion des Rencontres nationales de la librairies (RNL).

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Par Cécilia Lacour ,
Créé le 01.07.2022 à 13h36

Année "atypique" et "exceptionnelle", 2020 a provoqué une "embellie" en librairie malgré les fermetures imposées par la crise sanitaire, sans toutefois impacter les trajectoires économiques sur le long terme, selon l’étude "Quel impact de la crise sanitaire sur l’économie des librairies ?" réalisée par l’institut d’études Xerfi pour le Syndicat de la librairie française (SLF) à l’occasion des Rencontres nationales de la librairies (RNL) organisées à Angers les 3 et 4 juillet.

L’étude pointe une baisse des ventes de livres "de façon quasi continue" depuis 2010 avec un recul de "plus de 16 % en volume et près de 10% en valeur". Sans surprise, la seule année 2020 enregistre une chute record de -4,5% en valeur et de -5% en volume à cause de la fermeture imposée aux enseignes pendant la crise sanitaire.

En revanche, le poids du livre dans les dépenses culturelles des Français, en baisse depuis 2015, a légèrement augmenté en 2020 (5,3% contre 5% les deux années précédentes). Cette embellie ne permet toutefois pas d’atteindre le niveau de 2005 (6,1% du poids du livre dans les dépenses culturelles) . Ce phénomène risque d’être exceptionnel puisqu’il n’y a "pas de rebond attendu dans les prochaines années".

Jeunesse et BD au top

La chute des ventes affecte quasiment tous les segments éditoriaux. Sans surprise, la jeunesse et la bande dessinée sont les seuls secteurs à enregistrer une hausse, respectivement de 1,9 % et de 1,6 % de taux de croissance annuel moyen en valeur entre 2014 et 2020. Le niveau des formats poche et les romans reste relativement stable tandis que les beaux livres et les dictionnaires s’effondrent avec une baisse respective de -4,4% et -4,7%.

L’étude pointe également des "pressions déflationnistes structurellement à l’œuvre sur le marché du livre". Sur les années 2019 et 2020, le prix à la consommation de livres a été un peu plus important que l’inflation générale (+1,2% contre +1,1% en 2019 et +0,7% contre +0,4% en 2020).

Dans ce contexte particulier, le taux de défaillance "s’est établi à son niveau le plus bas des dix dernières années". Il s’établi à 1,1% en 2020 et reste en dessous de celui de l’ensemble du commerce de détail depuis trois ans. Les performances financières sont en retrait avec un taux de résultat net de 1,6% du CA. Les librairies sont loin de la maroquinerie (7,1% du taux de résultat net), de la parfumerie (6,8 %) et de l’optique (6,4%).

Malgré la crise sanitaire, le tissu économique de librairies s’est redressé avec 2 372 enseignes spécialisées dans le commerce de détail de livres, contre 2 316 l’année précédente. Le nombre de librairies ayant au moins un salarié atteint son niveau de 2014.

Marge commercial en baisse

2020 "ne remet pas en cause la trajectoire financière de long terme". En raison d’une contraction du panel d’entreprises étudié, les enseignes ont "sur-performé" ces dernières années par rapport au marché global.

Confirmant une tendance à long terme, la marge commerciale baisse légèrement entre 2019 et 2020 pour les grandes et moyennes entreprises. Mais elle reste plus importante pour les petites enseignes (30,4% en 2020 contre 33,5% l’année précédente).

Entre 2017 et 2020, le poids des autres achats et charges externes (AACE) des librairies s’est "globalement maintenu" (15,5% pour les petites librairies, 11,9% pour les moyennes entreprises et 11,7% pour les grandes entreprises). Mais depuis 2005, le poids de l’AACE a « beaucoup progressé », surtout pour les petites enseignes (15,5% en 2020 contre 12,3% en 2005).

Peu importe la taille de la librairie, le poids des frais de personnel (hors Crédit d'impôt pour la compétitivité et l’emploi - CICE) enregistre un recul entre 2017 et 2020. Sur la période 2005-2020, ce phénomène est "particulièrement flagrant" pour les petites librairies (13,4% en 2020 contre 16,1% entre 2005). Malgré tout, le CICE "reste une belle bouffée d’oxygène", représentant en depuis trois ans entre 0,5% et 0,7% du chiffres d’affaires.

Rebond artificiel

Alors que, depuis 2005, "la tendance est au mieux à la stabilisation du taux d’excédent brut d’exploitation", celui grimpe pour toutes les enseignes en 2020 : 8% pour les petites librairies (contre 3,8 % en 2019), 7,7% pour les moyennes entreprises (contre 3,4% en 2019) et 6,1 % pour les grandes enseignes (contre 3,4% en 2019). De même, le taux de résultat net enregistre une forte hausse (environ +4 point pour toutes les enseignes) mais est "artificiellement gonflé" par les aides de l’Etat durant la crise sanitaire. La crise sanitaire masque ainsi "des difficultés financières structurelles".

Ayant enregistré une forte baisse en 2020 pour toutes les enseignes, l’allongement des délais de paiement fournisseurs a profité aux librairies. Mais l’étude note une "méfiance structurelles des fournisseurs vis-à-vis des petites librairies" avec un besoin en fonds de roulement bien plus fort pour celles-ci.

Enfin, l’endettement des enseignes a augmenté. Ce phénomène est particulièrement fort pour les grandes librairies dont le taux d’endettement "a augmenté de plus de 14 points en 2020" pour s’établir à 35 %. Il reste cependant en dessous de celui des petites enseignes (36,7 %) et des moyennes entreprises (52,6 %).

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