Francfort à la recherche de nouveaux circuits de vente du livre | Livres Hebdo

Par Hervé Hugueny, à Francfort, le 07.10.2014 à 21h34 (mis à jour le 07.10.2014 à 22h00) Francfort 2014

Francfort à la recherche de nouveaux circuits de vente du livre

La mode est au livre gonflable cette année e-à Francfort - Photo FRANKFURT BOOK FAIR / PETER HIRTH

Consacrée à la diffusion numérique et aux nouvelles technologies, la pré-journée d'ouverture de la foire de Francfort s'est focalisée sur la recherche de nouveaux marchés, la vente directe et l'accès au livre sur abonnement.

La foire de Francfort a repris en direct l'organisation de la pré-journée d'ouverture consacrée au numérique, dont le principe avait été lancé par l'éditeur américain O'Reilly avec son programme Tools of change for publishing (TOC), rejoint par le consultant Mike Shatzkin qui avait créé le forum concurrent Publishers Launch. Les deux ont maintenant tout abandonné.

Les organisateurs de la Foire de Francfort se sont voulus résolument pratiques en cherchant une formule baptisée "Business club" qui privilégie l'échange d'expériences et de contacts, à travers des tables rondes thématiques dont les participants sont invités à changer d'interlocuteurs toutes les 10 minutes, et avec des conférences plus classiques mais en général basées sur les témoignages de professionnels. Les messages délivrés d'une tribune par des représentants d'Amazon, Google ou des dirigeants de grands groupes d'édition n'étaient plus de mise.

Au hasard de ces discussions, on pouvait ainsi croiser Anne Trager, co-fondatrice de Le French Book, qui anime depuis Toulouse une maison américaine spécialisée dans la traduction de polars français ; Simon Dunlop, co-fondateur de Bookmate, une librairie numérique partie à la conquête de marchés émergeant en commençant par la Russie, ou encore Dan McFarland, P-DG créateur de Page Foundry, une entreprise ayant pour ambition de vendre des livres via des partenaires et marques dont ce n'est pas la vocation à l'origine. Il commence avec la presse, et les opérateurs de téléphonie mobile.

Michael Healy, qui fut des des consultants de Google dans son programme de numérisation et dans son projet de registre des livres numérisés, est maintenant responsable du Copyright Clearance Center (équivalent du centre français du droit de copie, CFC) et participait à une table ronde sur la rentabilisation du fonds numérisé : une tâche presque impossible maintenant sans le secours de l'automatisation des cessions de licences, en raison de l'immensité des catalogues, tout particulièrement en anglais. 

Dans une discussion consacrée aux gens assez téméraires pour investir dans le livre, Michael Bhaskar, directeur éditorial de Profile Books (UK) et intervenant enthousiaste a cité bien sûr l'exemple d'Amazon, dont le cours de bourse s'est envolé depuis une dizaine d'années, et a évoqué des exemples d'autres créations, toutes sur Internet, et spécialisées dans la vente sur abonnement, l'auto-édition, le recommandation.

Viktor Mayer-Schönberger, gourou du big data, une des nouvelles lunes du monde numérique, et dont le livre est traduit en français chez Robert Laffont, a expliqué que les données rassemblées sur les individus sont tellement nombreuses qu'elles permettent de prédire ce dont ils auront envie dans tous les domaines, y compris dans l'achat de livres - mais encore faut-il avoir la capacité de les traiter.

Jonas Lennermo, "chief creatice officer" de Publit a présenté le fonctionnement de cette entreprise suédoise qui se propose d'aider les éditeurs et les auteurs auto-édités à vendre en direct, sans intermédiaire - il y en a quand même un en l'occurence, mais qui promet d'être totalement transparent et de communiquer à l'éditeur tout ce qu'il sait des clients, avec seulement 10% de marge sur les livres numériques, et 20% sur ceux qui sont en impression à la demande.

Richard Charkin, P-DG de Bloomsbury, vieux sage facétieux habitué de tous ces forums, a remis la table sur ses pieds : "Nos clients ne sont pas les lecteurs, mais les auteurs, qui peuvent faire leur marché où ils veulent maintenant. Donc c'est d'eux dont on doit se préoccuper, pour conserver notre valeur" a-t-il expliqué en substance, en ajoutant qu'il investirait bien quelques millions de roupies dans le livre en Inde.

Revenue sur un terrain classique aussi, Marga Kleinenberg, une des responsables de la Bibliothèque nouvelle d'Almere, une ville des années 60-70 sortie de l'eau aux Pays-Bas, a montré comment elle et ses collègues, confrontés au déclin de leur établissement, l'avait entièrement repensé en s'inspirant... d'une librairie dans l'organisation et l'utilisation de techniques de merchandising pour la présentation des livres, l'animation autour de lectures, l'ajout d'un café, etc. C'est devenu la première institution culturelle de la ville, avec plus d'un million de visiteurs l'an dernier. Ses responsables se préoccupent maintenant de fournir aussi les contenus numériques que les lecteurs attendent.

Si la plupart de ces interventions ont présenté des expériences de recherches de nouveaux marchés reposant sur la globalisation de la diffusion du livre numérique, en anglais et sur de nouveaux marchés dans le monde entier, via la vente directe, ou par abonnement, la journée a été clôturée par une interview du directeur Europe du groupe japonais Rakuten et de sa filiale Kobo, qui doit tout au livre papier : Adrian Diaconu a effet relancé ADS, l'ancienne filiale de logistique du Grand livre du mois, qu'il a totalement redressée, transformée en centre de traitement de sites de vente sur Internet, et qui a été rachetée par Rakuten. Il était chargé de discuter du "client 3.0"

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