À la hussarde. On a connu Frédéric Andrau éditeur des journaux intimes d'Yves Navarre, biographe d'Hervé Guibert et de Régine Deforges (laquelle, dans les années 1980 est devenue l'improbable complice de Geneviève Dormann, cosignant avec elle plusieurs best-sellers sur le point de croix). Aujourd'hui, son volumineux travail sur Geneviève Dormann (1933-2015) est, conformément à la devise des éditions Séguier, une « curiosité ».
Biographie littéraire qui suit l'écrivaine et journaliste de ses débuts en littérature, dès 1957 (La première pierre, un recueil de nouvelles publié par Jean Cayrol au Seuil) à son dernier roman, Adieu, phénomène, paru en 1999 - après quoi, Dormann, menacée par la maladie d'Alzheimer, ne pouvait plus guère écrire, et ne signa que trois préfaces. Biographie tout court, où, sans rien celer mais sans voyeurisme, tout le « misérable petit tas de secrets » (Malraux) d'une vie humaine est dit, notamment ses rapports plus que complexes avec les hommes, qu'elle aimait fort. Hommage à une autrice presque totalement oubliée, alors que, tout au long de son parcours ou presque, Geneviève Dormann a enchaîné les succès en librairie, avec, pour acmé, Le bal du dodo, son grand roman mauricien (elle s'était amourachée de la belle île de l'océan Indien) qui reçut le Grand Prix du roman de l'Académie française en 1989 et se vendit à plus d'un million d'exemplaires. Rappel d'une femme hors du commun, star des médias, anar de droite aussi attachante qu'horripilante, pauvre petite fille riche rebelle, qui connut la gloire et la fortune avant de finir ses jours dans une maison de santé chic de Neuilly. On ne se refait pas.
Pour ce faire, Frédéric Andrau a conçu un livre en deux parties. Une moitié biographie, élégamment écrite, où l'on suit le destin de Geneviève Dormann pas à pas, mais sans érudition excessive. Et une moitié anthologie, où le biographe nous donne à relire des articles de son modèle, quelques critiques consacrées à ses livres, ainsi que quelques lettres qu'elle avait envoyées à untel ou unetelle. Ainsi la dernière, troussée à un rédacteur en chef (on ne saura hélas pas lequel), qu'elle traite d'emblée de « suppositoire fondu, doublé d'un Judas fielleux », parce qu'il lui avait refusé « un petit papier » sur un livre de Pierre Desproges, sous prétexte que « ce n'est pas de la littérature ».
Jusque-là, on suit volontiers Andrau. En revanche, essayer d'expliquer les idées politiques de Geneviève Dormann, royaliste traditionaliste, pétainiste revendiquée, sa mauvaise foi et son agressivité, par un simple goût de la provocation, façon Gainsbarre, nous convainc moins. Mais on a bien envie de relire Le bal du dodo.
Geneviève Dormann. La femme phénomène
Séguier
Tirage: 1 500 ex.
Prix: 24 € ; 384 p.
ISBN: 9782386360626
