La balade de Jim. « Shake dreams from your hair. » (« Secoue les rêves de tes cheveux »). Seuls les chauves ne comprennent pas. Les autres ont vu en Jim Morrison (1943-1971) un prophète rock. Mais comment, pour un premier livre, aborder une icône un peu effacée à force d'avoir été touchée et vénérée ? Nathalie Dassa a choisi la sincérité. Dans cet essai biographique, elle se dévoile aussi. « J'avance avec lui », avoue-t-elle. La journaliste, fondatrice du site d'actualité sur le cinéma CineChronicle.com, l'avait découvert par le film d'Oliver Stone (The Doors, 1991) puis par ses poèmes publiés chez 10/18. Depuis, elle n'a cessé de penser à cette personnalité qui s'inscrit dans le funeste club des 27, les Jimi Hendrix, Janis Joplin, Brian Jones ou Amy Winehouse trop tôt disparus. Vingt-sept ans de vie trépidante, d'alcool, de drogues... Un chaman du rock pour des années psychédéliques.
« Son visage calme, son regard doux et son corps d'Adonis. » Nathalie Dassa décrit son adolescence en Californie, là où finit la mythique route 66. Le rêve américain se noie dans le Pacifique et la guerre du Vietnam. Puis vient la découverte du Paris des intellectuels. Des flots au Flore. Tout un symbole pour ce garçon nourri de la lecture de Nietzsche, Kafka, Beckett, Baudelaire et Rimbaud. « La vraie poésie ne dit rien, elle énumère simplement des possibilités, elle ouvre toutes les portes. » Les fameuses portes, les doors. « Dans la vie, Jim voyageait léger et souvent seul », disait un ami de James Douglas Morrison qui l'avait bien connu à Los Angeles. Il a suffi de six albums studio en cinq ans pour graver la légende. Ajoutons-y trois recueils autoédités, trois bréviaires de la vie errante inspirés par Sur la route de Kerouac. Voilà pourquoi Joan Didion, grande observatrice des hippies, voyait les Doors comme « les Norman Mailer du Top 50 ». Mais Jim le vagabond, Jim l'errant chérubinique sent que sa balade touche à sa fin. L'auto-stoppeur ne lève plus le pouce. Il quitte Los Angeles, la cité des anges déchus, pour le 17 de la rue Beautreillis, dans le Marais, où une plaque rappelle qu'il y est mort.
Pour cet essai biographique, Nathalie Dassa n'a retenu que quelques photos et les moments forts d'une vie fulgurante. Elle a eu raison. Ce sont eux qui balisent bien mieux que des détails les inflexions d'une existence. En transparence, on y voit aussi une Amérique touchant le fond après les assassinats de Martin Luther King, John Fitzgerald puis Robert Kennedy, une Amérique qui sera bientôt celle de Nixon. Morrison demeure aujourd'hui une légende, mais sans doute lui-même aurait-il préféré un autre destin. C'est en tout cas ce qu'il exprimait lors d'un entretien en 1970 : « Je ne peux pas dire que j'ai des regrets, mais si c'était à refaire, je crois que je choisirais la voie du petit artiste discret qui cultive son jardin. » Nathalie Dassa n'a pas écrit que le livre d'une fan, mais le livre de quelqu'un qui veut comprendre ce voyage de Los Angeles à Paris, ces « voies impénétrables » qu'on ne peut ressentir qu'en musique, celle des mots ou celle des Doors.
Jim Morrison. Les voies impénétrables
Double ligne
Tirage: 1 500 ex.
Prix: 24 € ; 184 p.
ISBN: 9782970186120
