Entretien

Juana Macari : "Le plus important pour BD à Bastia, c’est le mot rencontre"

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Juana Macari : "Le plus important pour BD à Bastia, c’est le mot rencontre"

Le festival BD à Bastia s'est achevé dimanche 19 septembre. Juana Macari, organisatrice de l'événement, fait le bilan pour Livres Hebdo.

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Par Thomas Faidherbe,
Créé le 20.09.2021 à 14h53,
Mis à jour le 20.09.2021 à 15h00

Les 28es rencontres de la Bande dessinée et de l'Illustration de Bastia se sont cloturées dimanche 19 septembre. Une dizaine d’événements (rencontres, expositions) ont eu lieu au cœur de la ville corse, notamment au Centre culturel Una Volta, à la galerie Noir & Blanc et à la bibliothèque centrale de Bastia. Juana Macari, directrice du centre culturel Una Volta, s'est confiée sur cette édition 2021 un peu particulière.

Qu’est ce qui a changé pour BD à Bastia avec cette crise sanitaire ?
En effet, les conditions actuelles ont tout bouleversé. Nous avons décidé de choisir pour la seconde fois une période de repli, ce qui change considérablement notre organisation. Le planning était compliqué à organiser, notamment avec les scolaires, car nous sommes en pleine période de rentrée. Habituellement, les rencontres avec les enfants sont plutôt rodées. Ce qui a changé aussi, c’est que nous sommes peut-être plus prudents, dans la programmation. On est moins ambitieux pour ce qui est d’inviter des auteurs internationaux. Enfin, l’année dernière, nous avions fait deux cycles d’expositions. Or, nous n'avons organisé que dix expositions cette année. Pour nous, ce n’est pas énorme. En temps normal, on peut aller jusqu’à 15. On a priviligié la qualité. Et puis, les deux éditions de septembre sont vraiment différentes en termes de public. Si en 2020, le public était encore prudent à cause de la crise sanitaire, cette année, on retrouve une énergie festive. Dès vendredi, à 16h dès la sortie des écoles, il y a eu énormément de passage.

Est ce que l’an prochain vous revenez au printemps ?
On a prévu du 31 mars au 3 avril, la période habituelle, avec nos quatre jours. Les scolaires seront rentrés depuis un peu plus longtemps et ils auront repris leur marque. Nous ,'attendons que ça de retrouver nos dates. Ce n’est jamais confortable de ne pas avoir sa période. Cette fois-ci nous sommes en même temps que les journées du patrimoine, le festival Gribouillis à Bordeaux, et BD-fil à Lausanne. On sent que nous sommes dans une période de compensation et j’espère qu’en 2022 on retrouvera un rythme qui est vraiment le nôtre.

Qu’est-ce qui fait l’âme de ce festival ?
C’est sa simplicité je pense. Je pense que c’est intéressant de jouer sur ce sens de la convivialité, qui nous est dans notre ADN, ici en corse. On peut avoir cette image de nous un peu bourrue. Mais c'est de la façade. Ce qui est le plus important pour BD à Bastia, c’est le mot rencontre. Là encore, il faut indiquer que nous ne sommes pas un salon. On arrive à se départir de cette relation commerciale à l’album. On fonctionne beaucoup plus sur la rencontre, qui va amener à acheter un livre comme un objet et qui aura aussi une histoire plus intime. Cette vie que l’on va construire tout autour des albums, c’est ça qui fait l’âme de BD à Bastia. 

Vous avez invité 28 auteurs, organisé 11 rencontres et monté 10 expositions pour les festivaliers. Que retenez-vous de cette édition ?
Le samedi est un moment important. Je retiens surtout cette ambiance palpable d'un public heureux de pouvoir revenir. En fin de compte, le plus important a été d’avoir tenu la barre. On voit que c’est important pour le public.

En regardant de plus près votre programme, on peut voir que vous accueillez seulement 8 femmes durant le festival. Cette sélection est-elle représentative de la situation actuelle de la bande dessinée ?
Oui. Et on aurait pu en avoir neuf avec Marion Fayotte, qui n’a pas pu venir en raison de soucis de santé. cependant, quand j’ai constitué les tables de partenaires, je me suis aussi dit qu'il n’y a pas assez de femmes. Lorsque nous constituons notre programmation, nous n’avons pas envie d’être guidé de cette manière-là, en se disant il faut absolument une présence féminine, à tel pourcentage du nombre d’auteurs. C’est tout à fait typique de la situation actuelle de la BD. A contrario, la situation est totalement contraire pour l’illustration jeunesse.

Depuis 2016, quand les autrices de BD s’étaient levées contre le sexisme historique du secteur à Angoulême, faites-vous plus attention au choix des invités ?
Heureusement, ça se fait un peu tout seul. C’est difficile de s’astreindre et de se dire qu’il faut impérativement programmer telle ou telle personne. Nous programmons des auteurs et auteures que nous aimons. Même si j'ai une sensibilité naturelle envers des travaux/albums réalisés par des femmes, il faut continuer à fonctionner en termes de contenu et non en termes de quota.

Vous avez invité Cy, illustratrice et bédéiste de Radium Girls (Glénat). Vous avez publié une interview dessinée, qui a fait un carton sur Instagram. Est-ce que vous vous attendiez à un tel retour ?
Nous sommes tellement à côté de ça. Elle est hyper active sur Twitch. J’avoue que c’est assez dingue. A aucun moment, on s’est dit que ça allait avoir une répercussion sur BD à Bastia. Pour autant, ça été le cas très vite.

Quelles sont les relations que le festival entretient avec son territoire ?
BD à Bastia entretient une relation très forte avec son territoire et son public, même s'il est un peu moins nombreux cette année. Chaque année, nous recevons des élèves qui viennent de Bonifacio, par exemple. Ils font près de 5 heures de route. Nous faisons cela très régulièrement. Et puis il a ce rendez-vous entre un auteur et un lieu. L’auteur passe un ou deux jours avec des classes. Pour cette édition, c'était à l'Île rousse, située au coeur de la Balagne, avec l'association Arte Libre. Simon Lamouret a accepté de passer une journée en contact des classes. A l’occasion des rencontres, il a laissé dix originaux de Bangalore (Sarbacane).  L'autre belle aventure qui illustre bien ce lien avec le territoire c’est Cosmolitude 2021. Ce spectacle est né des rencontres, qui se sont tissés pendant le festival. Avec Yann Le Borgne, qui vient d’Ajaccio, le groupe de musique Jakez Orkeztra est bastiais et Christian Humbert-Droz qui vient de Genève. Tout ce petit monde s’est rencontré ici. Au bout de quelques années, ils se sont dit de proposer un vrai projet de recréation. Je trouve que pour un festival c’est le rêve.

En cette rentrée, avez-vous eu quelques coups de cœur ?
Ce n’est pas évident. Mais dans les ouvrages que nous exposons, il y a Soleil Mécanique (Ça et là) et pour son auteur, Lukasz Wojciechowski. C’est un album que j’ai adoré. Avec l'équipe, on a rencontré un homme aussi chaleureux que son ouvrage est minimaliste et froid. C’est assez étonnant de voir cette auteur-architecte aussi ouvert et curieux de tout....

Justement, pour sa 28e édition, BD à Bastia mêle le 1er art et le 9e art. D’où vient cette idée de mélanger bd et architecture ?
Chaque année, nous avons une thématique pour notre grande exposition collective. L’architecture, cela fait déjà deux, trois ans que le sujet flottait autour de BD à Bastia. Notre idée principale était de pouvoir parler d’architecture de manière assez simple et accessible. L’actualité en BD nous a aussi aidé. Il y a eu pas mal de sorties à ce sujet ces derniers mois, ce qui est souvent déclencheur pour notre exposition thématique. Et ces deux disciplines dialoguent assez facilement de par leur méthodologie de construction, tout simplement.

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