Entretien

"Kaiju n°8", le grand pari de Kazé Manga

Kazé

"Kaiju n°8", le grand pari de Kazé Manga

La saga Kaiju n°8 se lance en France. Dès le 6 octobre, le manga de Naoya Matsumoto sera disponible en librairie, porté par un tirage exceptionnel de 250 000 exemplaires. Pierre Valls, directeur éditorial de Kazé Manga, et Jérôme Manceau, Directeur Marketing Crunchyroll et Kazé, décryptent pour Livres Hebdo les attentes autour de cette série, le dispositif marketing mis en place et le succès des mangas.

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Par Thomas Faidherbe
Créé le 04.10.2021 à 16h58

En France, les amateurs de Kaijus pourront découvrir dès le 6 octobre, le premier volume de Kaiju n°8 (Kazé). Tirage à 250 000 exemplaires (et autant pour le deuxième tome à paraître le 8 décembre). Des chiffres exceptionnels (c'est davantage que One Piece ou My Hero Academia) pour un lancement de série.

A cette occasion, Jérôme Manceau, Directeur Marketing Crunchyroll et Kazé et Pierre Valls, directeur éditorial de Kazé Manga partagent avec Livres Hebdo les clés de leur nouvelle licence. 

Au Japon, le tome 1 est devenu le titre du journal Shônen Jump ayant franchi le plus rapidement le cap du million d’exemplaires vendus. Comment se sont déroulées les négociations pour l’obtention de ce phénomène éditorial ?
Pierre Valls : On a tout de suite vu le potentiel Kaiju n°8, à la fois qualitatif et commercial. Nous l’avons tout de suite identifié, dès la publication du premier chapitre, et nous avons fait une offre dans la foulée. A partir de là, on s’est réuni avec l'équipe et nous avons fait jouer notre first option avec Shueisha, pour obtenir le titre. Quelques mois après l’offre, nous avons pu commencer à travailler.

Après la fin de L'attaque des Titans chez Pika, vous avez fait le choix de publier une série similaire, où l’on peut retrouver un homme, qui peut se transformer en monstre et venir en aide à l'humanité.  Kaiju n°8 reprend le flambeau ? 
Pierre VallsL’attaque des titans et Kaiju n°8 sont deux mangas un peu différents. L’attaque des titans est un titre fantasy, dans un style steampunk. Alors que Kaiju n°8 est plus réaliste. Mais c’est vrai que ce sont des titres avec des monstres. Après j’espère bien que notre manga prendra la succession de L’attaque des titans en termes de succès. 

Pour quelles raisons croyez-vous à cette nouvelle série?
Pierre Valls : Tout simplement parce qu’elle est bien et qu'elle se distingue des séries du même genre. Kaiju n°8 propose une autre psychologie pour les personnages. Le héros de Kaiju n°8 est plus âgé, c'est un loser qui a du mal avec son passé. Il est bien loin du personnage classique du sh?nen, qui est généralement un ado devant traverser différentes épreuves et grandir à la fois psychologiquement et physiquement au fur et à mesure de l’évolution du manga. Avec Kaiju n°8, on parle vraiment d’un autre départ. Le manga de Naoya Matsumoto diffère également par son sujet. Cela faisait un moment qu’il n’y avait pas eu de Kaijus dans les mangas. Le dessin, la narration, cette ambiance, où l’on peut ressentir cette ville qui vit sous le joug de ces kaijus et qui a mis en place des moyens pour s’en sortir. Pour moi, c’est cette association entre ces différents éléments qui fait que cette série va plaire au public. 

Kaiju N° 8 reprend l’ADN des films de monstres géants japonais. Il remet au gout du jour les Kaijus, que l’on retrouve dans le cinéma japonais d’après-guerre, comme Godzilla. Comment décririez-vous ce nouveau manga pour les futurs lecteurs ?
Pierre Valls : Pour moi, je dirais que c’est l’avenir du sh?nen. Avec Kaiju n°8, on entre dans une nouvelle forme.

Jérôme Manceau : Depuis quelques années au Japon, je trouve que les sh?nen sont en train de migrer vers des histoires un peu différentes. Nous l’avions vu avec la série The Promised Neverland, édité chez nous.

Après avoir annoncé Mashle, qui est très vite devenu un succès éditorial, c'est au tour de Kaiju No. 8 d’arriver chez Kazé, avec un tirage exceptionnel de 250 000 exemplaires. On sent un renouveau de la bande dessinée japonaise...
Pierre Valls : Notre travail, c’est d’essayer de choisir les bonnes séries et de les défendre le mieux possible sur un marché donné. Je pense que Kaiju n°8 a tous les atouts pour être une nouvelle série importante sur le marché du manga. C’est pour cette raison que nous avons employé d’aussi gros moyens, pour la faire reconnaître et pour que les gens puissent la découvrir.   

Pour la première fois, le corner de la Fnac Rue de Rennes à Paris est dédié au livre. Comment s’est déroulée cette association entre Kazé et la Fnac ?
Jérôme Manceau : C’est effectivement la première fois que cet espace est dédié à un livre quel qu'il soit. Nous sommes en relation avec la Fnac depuis de nombreuses années. Notre relation ne cesse de croître. Au fur et à mesure des séries, de nos lancements, on a mis en place une confiance entre nous qui nous permet d’avoir accès à des dispositifs auxquels on ne pouvait pas forcément prétendre il y a encore quatre ans. Avec ce corner, les astres se sont bien alignés. La disponibilité du corner coïncidait avec la sortie de Kaiju n°8 et notre opération commerciale de rentrée. Tout était fait pour que l’on puisse mettre en place ce corner dans cette enseigne, avec un beau succès pour le moment et certainement encore plus fort avec la sortie de Kaiju n°8.

Comment organisez-vous cette campagne ?
Jérôme Manceau : C’est clairement la plus importante opération marketing depuis la création du label Kazé. Notre opération commence par une grande mise en avant en retail, dans beaucoup d’enseignes et librairies spécialisés, via des PLV. Dans certains points de ventes, situés partout en France, nous allons mettre en place des photocalls (Strasbourg, Bordeaux, Bretagne). Kazé va aussi déployer un dispositif de vidéo en magasin, grâce à une bande annonce créée et utilisée sur les réseaux sociaux et dans des campagnes télévisuelles et aux cinémas. D'ailleurs, our la première fois, nous avons conçu cette bande annonce comme celle d'un film. La grande force de notre opération, elle se trouve à la fois en magasin et en numérique. Nous avons un ambassadeur, en la personne de Louis San, un youtuber spécialisé dans la culture japonaise. Il va créer des vidéos dédiées. Il est accompagné par d'autres créateurs de contenus, comme Dirtybiology, Jeel, Colas Bim, Captain Popcorn, qui vont créer des vidéos en relation avec Kaiju N°8. Les réseaux de Crunchyroll et Kazé sont là pour les relayer.
 
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Depuis le début de l’année 2021, le marché du manga atteint des chiffres affolants en France. Chaque semaine, plusieurs séries battent les records d'audience sur la plateforme Wakanim et de vente dans les librairies. Comment expliquez-vous un tel engouement ?
Pierre Valls : On vit une époque particulière, dans le sens où il y a des très bonnes séries qui sortent au Japon. De leur côté, les éditeurs de mangas en France savent bien traduire et communiquent bien la-dessus. Je pense que c’est cette concordance de compétences, qui fait, qu’en ce moment, il y a de très bons titres qui sortent en France. Il y a aussi le fait qu'il y a eu le confinement, et le lancement du pass Culture. Nous arrivons à une concordance de plusieurs éléments qui font que le manga explose.

Jérôme Manceau : Je suis complètement d’accord sur le fait qu’il n’y ait pas qu’une seule explication. C’est l'ajout de plusieurs facteurs qui amène à ce dynamisme là. C’est assez exceptionnel ce que l’on est en train de vivre.

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