Livres Hebdo : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots, nous dire d'où est venue l'idée de ce festival, et nous en raconter la genèse ?
Pascal Ashuza : Réunir, Réfléchir, Connecter, ces trois verbes résument l’ambition qui m’a porté pour organiser ce festival. Réunir, en un même lieu les maillons de la chaîne du livre : lecteurs, auteurs, éditeurs, libraires et diffuseurs. Réfléchir aux enjeux contemporains de nos industries culturelles. Connecter les acteurs locaux et construire ensemble des solutions concrètes aux défis du secteur. Mon entrée dans le secteur du livre remonte à 2017, quand je publie Cri de mon inspi (Poèmes) suivi en 2021 de Plume terrorisée (Publibook). Ces expériences me confrontent à la réalité brutale du terrain : la complexité de l’édition, la fragilité des circuits de distribution locale et le manque de visibilité des auteurs. C’est pour pallier ce déficit que j’ai fondé en 2022 Le live du livre, initialement comme un blog littéraire et aujourd’hui développé en un média (podcasts, magazines, newsletter). Pour revenir au festival, c’est après avoir observé des initiatives comme le salon du livre africain de Paris (où notre huitième magazine a été exposé), que j’ai pris conscience de l’urgence de créer, directement depuis Kinshasa, une plateforme ouverte vers le monde, mais pensée par et pour les acteurs du continent.
Comment s'est-il monté concrètement, sans financement ni partenaires ? Quelles ont été les principales difficultés ?
Porter un tel projet en autoproduction a été une expérience stressante, qui ne verrait pas le jour sans l’accompagnement des personnes formidables qui m’ont épaulé. Toute notre gratitude s’adresse à Celena Ngoy de la structure Art Majeur et aux autres personnes qui n’ont pas voulu être citées nommément. Notre principal problème a été de trouver un espace à la hauteur de nos exigences. Cela nous a poussés à réajuster notre calendrier et à choisir finalement le Musée National. Sur le plan financier, nous nous appuyons sur les fonds propres générés à travers les ventes de notre magazine, combinés au soutien de notre communauté.
À quoi ressemblera cette première édition, les 31 octobre et 1er novembre, avec une grande place donnée au thème de la circulation du livre ? Quel est aujourd'hui l'état de cette circulation entre pays africains, puis entre l'Afrique et le reste du monde ?
Cette première édition se tiendra sous le thème : « Exposer le livre, célébrer ses acteurs » articulé autour du concept « Littérature et Oralité ». Nous estimons la fréquentation à une centaine de participants par jour. Le choix de la circulation du livre parmi nos panels découle du problème logistique constaté : la difficulté d’expédier un livre entre pays africains, les barrières douanières, les coûts logistiques et l’absence des réseaux de connexion intercontinentaux freinent considérablement la diffusion des œuvres. Pour notre magazine par exemple, nous avons dû contourner ce problème en adoptant un modèle d’impression décentralisée à la demande dans le pays de destination.
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Plusieurs conférences sont ensuite prévues en Europe. S'inscrivent-elles dans la continuité de ce festival ?
Absolument. Le festival de Kinshasa n’est pas un événement isolé, mais un point de départ d’une dynamique transcontinentale. Les conférences à Bruxelles et à Paris prolongeront notre mission d’ambassadeurs de la littérature africaine. Elles seront l’occasion de restituer les travaux menés à Kinshasa devant les acteurs de la diaspora et européens, tout en présentant les productions des auteurs participants à notre magazine.
Quels sont vos objectifs pour cette première édition, et comment imaginez-vous la suite ?
Pour cette première édition, notre priorité est de proposer un espace de dialogue entre professionnels locaux et régionaux. Notre objectif principal est de réussir à créer un réseau entre professionnels et avoir des pistes de solution durables pour la circulation du livre. Au Congo nous avons beaucoup d’initiatives isolées, notre but est de dépasser cela et d'arriver à connecter les initiatives et les professionnels. Nous partagerons le résumé de nos discussions dans un mémorandum que nous partagerons dans notre newsletter aux participants et aux institutions décideuses. Pour la suite, notre ambition est de réussir à faire de ce festival un rendez-vous professionnel et littéraire annuel à Kinshasa, avec des éditions dans plusieurs villes de la RD Congo et pourquoi pas, plusieurs pays de l’Afrique.

