Une ambiance chaleureuse, des allées animées et une affluence toujours aussi importante, la Foire du livre de Brive a une nouvelle fois attiré les foules du 6 au 8 novembre. Pour cette 44e édition, les Halles Brassens ont même gagné 1 000 m², portant leur superficie à 10 000 m². Sous la présidence de Dominique Bona, plus de 500 autrices et auteurs ont rencontré les visiteurs venus célébrer le livre, entre deux dégustations de foie gras et de cèpes, ou une rencontre avec le Corrézien François Hollande, présent dans les allées avec son épouse Julie Gayet.
« Il y a un climat de résistance à Brive en cette saison, a déclaré Dominique Bona. D’abord, c’est dans l’ADN de cette ville, dans son histoire, puisque l’on sait très bien qu’il y a eu des maquis importants et une véritable résistance, des martyrs. Cette résistance-là prend aujourd’hui tout son sens parce que le livre, qui était une part si naturelle de notre vie, notre air, notre oxygène, se trouve presque menacé. »
À Brive, la résistance s'est incarnée dans la lutte contre le recul de la lecture et l’irruption de l’intelligence artificielle dans les processus d’écriture. Mais aussi dans la figure tutélaire d’André Malraux, grand résistant, ancien ministre de la Culture, écrivain, dessinateur, mis à l’honneur pour le cinquantenaire de sa disparition. Et enfin dans l'engagement des autrices, oubliées des grands prix d'automne et signataires d'une tribune dénonçant le « sexisme » des jurys littéraires (lire infra), nombreuses à dédicacer dans les halles Brassens.
Lire aussi : Jaenada, Désérable, Godard… les lauréats et lauréates des prix littéraires seront à la Foire de Brive
Entre concurrence des écrans, développement de l’intelligence artificielle, tensions économiques et risque de disparition du Centre national du livre, la filière traverse en effet une période de fragilité qui était dans toutes les pensées à Brive. À la Foire de Francfort, Vincent Montagne, président du Syndicat national de l’édition (SNE), avait déjà résumé ce climat inquiétant en citant Paul Valéry, « C’est un vent mauvais ». Un constat partagé en Corrèze par Dominique Bona : « la Foire de Brive s'affirme contre cette morosité avec une volonté de mettre en valeur la lecture ».
Lire aussi : La SGDL alerte sur la menace de disparition du Centre national du livre
L'ancien président de la République François Hollande, venu pour présenter son livre Unir : Nouveau monde, nouvelle gauche, paru le 3 septembre chez Robert Laffont, mais aussi, a-t-il plaisanté, pour « mesurer (sa) popularité ! », n'a pas manqué de rappeler l'importance du livre et de la lecture. « Une Foire du livre, c’est d’une certaine façon militant, au sens où on milite pour la liberté, pour le pluralisme, pour l’indépendance. »
La Foire de Brive a notamment proposé « Désir de lire, désir de livre », des rencontres professionnelles consacrées aux incertitudes du marché et aux moyens de maintenir le lien avec les lecteurs et les lectrices. Étaient présents, entre autres, Louis Delas (L’École des loisirs), Marine Siguier (LT2D) et Nicolas Poret (GIE des libraires).
La résistance des autrices
Alors que la Foire battait son plein, une tribune signée par 200 autrices a été publiée dans Libération pour dénoncer « le vieux système de l’entre-soi patriarcal » et « le sexisme des grands prix », co-rédigée par Camille Froidevaux-Metterie, Louise Chennevière et Anne Godard, cette dernière étant présente à Brive pour son livre Nous aussi (Actes Sud), couronné du prix Décembre.
« C’est un système qu’il faut totalement changer, a réitéré Anne Godard. Les femmes sont récompensées dans des prix un petit peu plus modestes. Il y a un seuil de capacité à écrire que les autrices n’atteignent pas. Et là, il y a une profonde injustice quand on sait que 50 %, et même un peu plus, des livres actuellement publiés le sont par des femmes, y compris des ouvrages très salués par la presse et reconnus par les lecteurs et les lectrices. »
Lire aussi : Prix littéraires : plus de 200 écrivaines dénoncent le « sexisme » des jurys
Marie Vareille en dédicace - Photo EMMA CLAVELPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Alors que les lauréats des grands prix d’automne étaient également présents, les autrices ont suscité un important engouement auprès du public. Virginie Grimaldi, Lilia Hassaine, Emma Green ou encore Marie Vareille ont reçu un très bel accueil de la part des visiteurs de Brive. Côté jeunesse et bande dessinée, Audrey Alwett, Anne Goscinny et Cassandra O’Donnell ont également séduit le public avec Le Grimoire d’Elfie (Drakoo), Je reviens !, Les Nouvelles Aventures du Petit Nicolas (Gallimard) et Love at the Whisper Shop (Flammarion jeunesse).
Malraux 50 ans après, toujours un symbole de résistance
À l’occasion du cinquantième anniversaire de la disparition d'André Malraux, qui entretint des liens étroits avec Brive-la-Gaillarde, la Foire du livre a souhaité lui rendre hommage en lui consacrant un cycle de conférences intitulé « Temps présent ». Au programme : des tables rondes réunissant Dominique Bona, Céline Malraux et Janine Mossuz-Lavau autour des femmes qui ont partagé la vie de l’écrivain, mais aussi des rencontres consacrées à la relation entre le général de Gaulle et Malraux, avec Hervé Gaymard et Jean-Luc Barré, directeur des éditions Plon. Le cycle s'est poursuivi avec la projection de son film Espoir, Sierra de Teruel, sorti en 1940, suivie d’un débat animé par Alain Malraux, Romain Grosjean et Éric Fottorino.
Cette mise à l’honneur a aussi été l’occasion pour Céline Malraux, petite-fille de l’auteur, de rappeler à quel point son grand-père était un homme complexe et profondément actuel. « C'est une joie, un honneur et surtout beaucoup d'espoir pour l'époque qu'on traverse actuellement, qui je pense a besoin de prendre un peu de distance, de hauteur et de retrouver des figures inspirantes, qui ont eu des fulgurances, qui ont été visionnaires, qui ont prédit les choses que nous vivons actuellement. Et donc de retrouver, peut-être, un peu de complexité dans la pensée », a-t-elle déclaré.
Céline Malraux et Alain Malraux / Les Dyables - Photo EMMA CLAVEL
Installée sous les Halles Brassens, elle présentait notamment un nouvel ouvrage aux éditions Denoël, Les Dyables, un recueil de dessins d’André Malraux. « Tous ceux qui sont dans ce livre ont été offerts à ma grand-mère, Madeleine. C’est très touchant parce qu’elle était pianiste, elle était artiste, et lui, c’était un intellectuel », explique Céline Malraux. D’un seul trait, l’auteur crée un mode de communication à travers des personnages à poil, à plume ou à écaille, qu’il appelait « ses petits dyables ». Ces dessins croquent une humeur et saisissent l’air du temps.
Pour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.


