Edition

A la prison pour femmes de Roanne : écrire et exister

Autoportrait, collages... l'écriture s'est révélée à travers différents ateliers - Photo Robert Laffont

A la prison pour femmes de Roanne : écrire et exister

En mars, Robert Laffont publiait Histoires de femmes : écrits de prison. Un ouvrage intégralement réalisé dans la prison pour femmes de Roanne (Loire) par une quinzaine de détenues. Retour sur une aventure éditoriale unique. 

Par Pauline Gabinari ,
Créé le 02.05.2022 à 19h17 ,
Mis à jour le 03.05.2022 à 20h50

Parmi les histoires sombres parcourant la collection de la Bête noire, une œuvre se distingue. Obscure par le lieu dans lequel elle se déroule - une prison – mais lumineuse par ce que l’on peut y lire à l’intérieur – « Nous détenues, nous sommes vivantes » - Histoires de femmes est un recueil de textes écrit par les détenues du centre de détention de Roanne, dans la Loire. Publié par Robert Laffont le 3 mars, l’ouvrage découle de quatre mois d’atelier d’écriture avec les auteurs Lisette Lombé, Elvira Masson, Fabrice Rose et Delphine de Vigan. Un exercice qui, s’il a ouvert les portes de l’écriture à de nouvelles voix, a aussi impliqué une approche éditoriale nouvelle.

3h30 d’atelier

Le projet est né il y a déjà quelques années, durant le confinement. « A cette période, j’ai découvert le spectacle d'Angelin Preljocaj, Danser avec sa peine. Le chorégraphe proposait à des détenues des Baumettes de danser, raconte la responsable éditoriale de la Bête noire, Camille Racine, je me suis alors dis que moi, je pourrais les faire écrire ».

Contacté par Robert Laffont, c’est la prison de Roanne, l’une des seules prisons de femmes de France, qui répond à l’appel. Rapidement, l’association « Lire pour en sortir » se joint à l’aventure. Résultat, les ateliers sont un vrai succès, engrangeant, session après session davantage de participantes. « Au début nous avions deux heures pile mais l’enthousiasme était tel que nous les dépassions souvent pour atteindre les 3h30 d’atelier », se souvient Camille Racine régulièrement présente durant les séances.

Une approche adaptée

Bien loin d’une vie à l’extérieur, certaines difficultés inexistantes dans un système classique d’édition apparaissent. « Étonnement, le plus dur n’était qu’elles se confient mais toute l’organisation liée à un tel projet », explique Camille Racine. Ciseaux à bouts ronds, colle soumise à autorisation, ordinateur vérifié en amont… tout est inspecté jusqu’aux cahiers d’écriture des détenues minutieusement lus avant leur voyage jusqu’aux locaux de Robert Laffont. « Rien ne peut être laissé au hasard dans ce type de lieu », résume la responsable éditoriale.

A travers l’écriture, c’est autre chose qui apparait. Par volonté d’ouverture, les ateliers ne nécessitent pas de prérequis. Cela implique des niveaux d'écriture très disparates dont certains proches de la phonétique. « Il y avait aussi cette femme dont le diabète avait abimé la vue. Comme elle ne pouvait plus écrire, nous avons retranscrit ces paroles. Quand j’y repense, tout ceci a été un vrai coup de poker », insiste Camille Racine, avant de rappeler : «cette aventure extraordinaire a été possible grâce à la particularité du centre où nous étions : un établissement sans surpopulation avec une direction engagée dans des projets de réinsertion ».  

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